© AFPCela s'appelle le "principe de précaution". Les experts vétérinaires des Etats membres de l'UE ont soutenu vendredi le renforcement des mesures de lutte contre la grippe aviaire proposé par la Commission européenne, tout en affirmant qu'à ce stade la détection du virus en Roumanie et en Turquie ne représentait pas un danger pour la santé publique.
Le renforcement des mesures consiste surtout en l'amélioration des mesures de sécurité dans les poulaillers, comme par exemple l'enfermement des poulets, ou la mise en place de systèmes de détection précoce dans les zones à risques comme les marécages, a précisé Bruxelles. Et d'ajouter : "Les mesures appropriées, en fonction des circonstances nationales".
Embargo
Si le Premier ministre français Dominique de Villepin a assuré vendredi qu'il n'était pas question, "à ce stade", "d'enfermer les poulets", Berlin a demandé aux Etats régionaux allemands de faire procéder rapidement à l'enfermement des volailles dans les régions de grands élevages. Les ministres des Affaires étrangères des 25 doivent se retrouver mardi à Luxembourg pour discuter notamment de la grippe aviaire.
La présence en Turquie du virus H5N1, qui a causé la mort en Asie depuis 2003 d'une soixantaine de personnes, a été confirmée jeudi. Un deuxième foyer du virus H5 de la grippe aviaire a été détecté vendredi en Roumanie, à une soixantaine de kilomètres du premier, dans le delta du Danube. Mais les résultats des analyses précises du virus, pour savoir s'il s'agit du H5N1, ne seront pas disponibles avant samedi après-midi, selon la Commission.
Sans attendre ces résultats, l'UE a interdit jeudi toutes les importations de Roumanie d'oiseaux vivants et de tous les produits issus de la volaille. Un embargo similaire existait déjà à l'encontre de la Turquie. Alors que le commissaire européen à la Santé Markos Kyprianou a laissé entendre jeudi que le vecteur de la maladie "pourrait être transmis par les oiseaux migrateurs", la Turquie traversée par trois grandes routes de migration a interdit vendredi la chasse aux oiseaux sauvages.
Ruée sur le Tamiflu
De son côté, l'Organisation mondiale de la santé (OMS), tout en se disant préoccupée, n'a pas jugé nécessaire vendredi de relever son niveau d'alerte épidémiologique. "Tout indique pour l'instant que le virus H5N1 ne se propage pas facilement de l'oiseau à l'homme pour infecter ce dernier", a précisé l'agence de l'Onu.
Les appels répétés des autorités à ne pas céder à la panique et les mesures de protection décidées par l'UE et les différents pays européens n'ont pas empêché une ruée sur les pharmacies. En Turquie, les habitants ont épuisé en quelques jours les stocks de 28.000 doses de Tamiflu, le seul antiviral jugé efficace pour lutter contre la grippe aviaire mais qui ne doit être pris qu'à titre curatif. En Roumanie, faute de pouvoir obtenir du Tamiflu, les habitants se sont rabattus sur le vaccin de la grippe ordinaire.
Cette ruée est désormais en passe de s'étendre au reste de l'Europe : les pharmacies ont été dévalisées en Belgique, en Allemagne ou en France. Les Etats, encouragés jeudi par Bruxelles à "faire des stocks d'antiviraux", passent également des commandes de Tamiflu aux laboratoires suisses Roche.
Le groupe pharmaceutique a fait savoir jeudi qu'il était submergé de commandes et allait multiplier sa production par huit ou dix d'ici à 2006. Mais l'hebdomadaire scientifique Nature a publié vendredi une étude qui révèle qu'une souche du H5N1, identifiée sur une fillette de 14 ans au Vietnam, est résistante au Tamiflu. Des essais en laboratoire sur des animaux ont montré que ce virus était sensible à une autre substance appelée zanamivir et commercialisée par le britannique GlaxoSmithKline sous le nom de Relenza. Pour financer notamment les achats d'antiviraux et de vaccins, Bruxelles a relancé vendredi l'idée d'étendre le recours au Fonds européen de solidarité, normalement destiné aux catastrophes naturelles, au cas où une pandémie se déclencherait.
(IMAGE AFP)
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