Grippe aviaire : faut-il se faire vacciner ?

Par Par Matthieu DURAND, le 24 octobre 2005 à 07h00 , mis à jour le 21 octobre 2005 à 18h50

Les Français, inquiets du risque d'une pandémie de grippe aviaire, pourraient être plus nombreux à se faire vacciner contre la grippe "classique". Une initiative lourde de conséquences, qui divise les experts.

Le vaccin contre la grippe disponible cette semaine

L'hypothèse d'une pandémie de grippe aviaire suscite une inquiétude grandissante. Les Français assaillent pharmaciens et médecins généralistes de leurs questions, voire de leurs demandes de traitement préventif (cliquez ici pour lire l'article). Les stocks de Tamiflu sont déjà épuisés alors que la saison grippale n'a pas débuté. Le phénomène a pris une telle ampleur que l'on peut se demander si le public ne va pas se faire vacciner en masse contre la grippe classique, comme c'est déjà le cas dans certains autres pays européens.

C'est ce que recommandent d'ailleurs certains spécialistes. Motif : éviter qu'une même personne héberge en même temps le virus de la grippe classique et celui de la grippe aviaire. Car ce dernier pourrait alors muter et devenir plus facilement transmissible d'homme à homme — ce qui n'est pas le cas actuellement. La vaccination permettrait également de reconnaître plus facilement les malades de la grippe aviaire, le vaccin les protégeant du virus classique.

Contacté par tf1.fr, Camille Locht, directeur de recherche à l'Inserm, à Lille, avance une troisième raison : "En augmentant la couverture vaccinale, c'est-à-dire le nombre de personnes vaccinées contre la grippe, on augmente les capacités de production du vaccin et donc la possibilité de pouvoir produire en masse un éventuel vaccin contre la grippe aviaire". Seulement 22,6% des Français se sont faits vacciner contre la grippe l'an dernier (lire l'encadré ci-dessous). Or, en matière de vaccin antigrippal, c'est la demande qui détermine l'offre.

Production limitée

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Petit rappel : le virus grippal mute. En début de chaque année, après analyse des plus de 10.000 virus grippaux isolés sur les cinq continents, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) détermine les trois souches de grippe les plus fréquentes dans l'hémisphère nord et dans l'hémisphère sud. Sur cette base, les laboratoires pharmaceutiques composent leurs vaccins — un pour chaque hémisphère. "Nous produisons le nombre de doses en fonction des commandes passées par les grossistes et les pharmacies, soit 7 millions de doses sur un total de 11 millions", précise à tf1.fr un porte-parole de Sanofi-Pasteur MSD, le leader du marché français. "Les vaccins sont écoulés en fonction de la demande, anticipée quelques mois auparavant", poursuit-il.

Après avoir produit un vaccin pour l'hémisphère nord, les laboratoires produisent celui pour l'hémisphère sud. Il leur est donc impossible de reprendre la production d'un vaccin dont toutes les doses ont été fabriquées. Augmenter la couverture vaccinale en France obligerait ainsi les industriels à accroître leurs capacités de production, avance Camille Locht. Ce qui signifie qu'en cas de pandémie de grippe aviaire, les laboratoires auraient la capacité de produire en masse un éventuel vaccin. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

"Pas assez pour tout le monde"

"Dans un monde idéal, je dirais : ‘Vaccinez-vous ! Vaccinez-vous !'", déclare à tf1.fr le docteur Anne Mosnier, l'un des coordinateurs nationaux du réseau Grog (Groupes régionaux d'observation de la grippe). "Le vaccin antigrippal est relativement sûr, encore que plus on vaccinera de gens, plus des problèmes [d'effets indésirables chez certaines personnes, NDLR] risquent d'apparaître. L'opinion publique est-elle prête à l'accepter ?", demande-t-elle. "Mais surtout, poursuit-elle, le stock de vaccins pour la saison 2005-2006 est limité. Non seulement il n'y en a pas assez pour tout le monde mais il faut être sûr que les patients à risque pourront en profiter en priorité." Ce ne sera pas le cas si les Français sont plus nombreux à se faire vacciner cette année. "Il n'existe aucune recommandation officielle en faveur d'une vaccination générale", pointe encore le médecin du Grog.

Pour autant, l'idée avancée par Camille Locht lui semble intéressante. "Pour favoriser l'augmentation des capacités de production des laboratoires, il faut accroître la demande de vaccins en améliorant au maximum la couverture vaccinale... des patients à risque", insiste-t-elle. La grande majorité des Français se vaccinant contre la grippe en octobre et novembre, les semaines à venir s'annoncent cruciales.

Deux Français sur dix

Les Français qui se font vacciner contre la grippe sont relativement peu nombreux : 22,6% l'an dernier (soit 11 millions de personnes), selon le Groupe d'études et d'information sur la grippe (GEIG). L'OMS recommande que 60% des personnes à risque (personnes âgées, certains malades...) soient vaccinées et 75% d'ici à 2010. Si le GEIG "enregistre une hausse globale de la couverture vaccinale des plus de 65 ans", passée de 65 à 68% en un an, celle des 50-65 ans "accuse une baisse préoccupante", tombant de 24 à 18%.

photo : archives TF1

Par Par Matthieu DURAND le 24 octobre 2005 à 07:00
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3 Commentaires

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  • S*, le 25/10/2005 à 01h14

    70 morts en Asie, sur 2 milliards d'habitants, c'est dramatique mais statistiquement c'est insignifiant. La grippe avaire existe depuis six siècles dans ces pays. Il n'y aura pas de pandémie, c'est un coup médiatique pour nous faire oublier le prix du pétrole. Et bien sûr quand on fait les gros titres sur la mort d'un perroquet en Angleterre (pauvre bête), on "oublie" les dizaines de milliers de Pakistanais qui sont en train de mourir de froid après le séisme.

  • Cricri, le 24/10/2005 à 23h47

    Il ne faut pas ceder a la panique.

  • Muriel, le 24/10/2005 à 13h36

    Ce que je trouve dommage c'est que l'on ne nous dit pas toute la vérité!!! En effet,j'ai entendu dire que les scientifiques étaient persuadés que nous n'échapperions pas à la pandémie. Qu'elle arriverait sur notre territoire en mars 2006 et nous serait transmise par les renards et les chiens! Le Devoir de l'Etat n'est il pas la Transparence???? Comme d'habitude, nous serons les dreniers informés, lorsque nous serons morts!!!!

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