
L'hypothèse d'une pandémie de grippe aviaire suscite une inquiétude grandissante. Les Français assaillent pharmaciens et médecins généralistes de leurs questions, voire de leurs demandes de traitement préventif (cliquez ici pour lire l'article). Les stocks de Tamiflu sont déjà épuisés alors que la saison grippale n'a pas débuté. Le phénomène a pris une telle ampleur que l'on peut se demander si le public ne va pas se faire vacciner en masse contre la grippe classique, comme c'est déjà le cas dans certains autres pays européens.
C'est ce que recommandent d'ailleurs certains spécialistes. Motif : éviter qu'une même personne héberge en même temps le virus de la grippe classique et celui de la grippe aviaire. Car ce dernier pourrait alors muter et devenir plus facilement transmissible d'homme à homme — ce qui n'est pas le cas actuellement. La vaccination permettrait également de reconnaître plus facilement les malades de la grippe aviaire, le vaccin les protégeant du virus classique.
Contacté par tf1.fr, Camille Locht, directeur de recherche à l'Inserm, à Lille, avance une troisième raison : "En augmentant la couverture vaccinale, c'est-à-dire le nombre de personnes vaccinées contre la grippe, on augmente les capacités de production du vaccin et donc la possibilité de pouvoir produire en masse un éventuel vaccin contre la grippe aviaire". Seulement 22,6% des Français se sont faits vacciner contre la grippe l'an dernier (lire l'encadré ci-dessous). Or, en matière de vaccin antigrippal, c'est la demande qui détermine l'offre.
Production limitée
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Après avoir produit un vaccin pour l'hémisphère nord, les laboratoires produisent celui pour l'hémisphère sud. Il leur est donc impossible de reprendre la production d'un vaccin dont toutes les doses ont été fabriquées. Augmenter la couverture vaccinale en France obligerait ainsi les industriels à accroître leurs capacités de production, avance Camille Locht. Ce qui signifie qu'en cas de pandémie de grippe aviaire, les laboratoires auraient la capacité de produire en masse un éventuel vaccin. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
"Pas assez pour tout le monde"
"Dans un monde idéal, je dirais : ‘Vaccinez-vous ! Vaccinez-vous !'", déclare à tf1.fr le docteur Anne Mosnier, l'un des coordinateurs nationaux du réseau Grog (Groupes régionaux d'observation de la grippe). "Le vaccin antigrippal est relativement sûr, encore que plus on vaccinera de gens, plus des problèmes [d'effets indésirables chez certaines personnes, NDLR] risquent d'apparaître. L'opinion publique est-elle prête à l'accepter ?", demande-t-elle. "Mais surtout, poursuit-elle, le stock de vaccins pour la saison 2005-2006 est limité. Non seulement il n'y en a pas assez pour tout le monde mais il faut être sûr que les patients à risque pourront en profiter en priorité." Ce ne sera pas le cas si les Français sont plus nombreux à se faire vacciner cette année. "Il n'existe aucune recommandation officielle en faveur d'une vaccination générale", pointe encore le médecin du Grog.
Pour autant, l'idée avancée par Camille Locht lui semble intéressante. "Pour favoriser l'augmentation des capacités de production des laboratoires, il faut accroître la demande de vaccins en améliorant au maximum la couverture vaccinale... des patients à risque", insiste-t-elle. La grande majorité des Français se vaccinant contre la grippe en octobre et novembre, les semaines à venir s'annoncent cruciales.
Deux Français sur dix |
Les Français qui se font vacciner contre la grippe sont relativement peu nombreux : 22,6% l'an dernier (soit 11 millions de personnes), selon le Groupe d'études et d'information sur la grippe (GEIG). L'OMS recommande que 60% des personnes à risque (personnes âgées, certains malades...) soient vaccinées et 75% d'ici à 2010. Si le GEIG "enregistre une hausse globale de la couverture vaccinale des plus de 65 ans", passée de 65 à 68% en un an, celle des 50-65 ans "accuse une baisse préoccupante", tombant de 24 à 18%.
photo : archives TF1
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