© TF1Ce n'est pas encore la psychose de la grippe aviaire mais l'inquiétude grandit, alimentée par la couverture médiatique et les rumeurs. Et ce, en dépit des communications des autorités politiques et sanitaires. Lesquelles ne sont toutefois pas exemptes de cafouillages. La Commission européenne a ainsi expliqué mercredi que le virus de la grippe aviaire n'était pas présent en Roumanie, avant de revenir sur ses déclarations le lendemain.
Résultat : le public se tourne vers les médecins généralistes et les pharmaciens. Membre de la Fédération des syndicats de pharmaciens de France, Danielle Paoli reçoit davantage de clients venus lui poser des questions sur la maladie ou lui demander des masques faciaux et du Tamiflu, le médicament antiviral des laboratoires Roche (cliquez ici pour lire l'article) que certains appellent même "le fameux médicament dont on parle". "On leur explique que ce médicament n'est disponible que sur prescription médicale et qu'il n'est pas nécessaire d'en stocker à l'avance, déclare la pharmacienne à tf1.fr. On les rassure, on répond à leurs questions. Educateur sanitaire, c'est aussi notre boulot. Mais surtout, on leur dit que l'on a ni Tamiflu, ni masque." La rupture de stocks est nationale.
"Il y a un mois, il restait quelques boîtes de Tamiflu dans les pharmacies qui ont toutes été vendues lorsque le public à commencer à être informé sur la menace d'une épidémie", explique à tf1.fr Jean-Luc Delmas, le "Monsieur grippe aviaire" au Conseil national de l'Ordre des pharmaciens. "Le laboratoire Roche a récupéré quelques milliers d'unités [de Tamiflu] qui ont été réparties dans les pharmacies la semaine dernière : tous les stocks sont aussi épuisés !", souligne le spécialiste, qui poursuit : "Il n'y aura plus de Tamiflu disponible avant la fin octobre", période de réapprovisionnement "normal" dans le cadre de la saison de grippe "classique".
"Prescriptions de complaisance" ?
Chez Roche, on se borne à indiquer qu'"il y a de la demande" et que le médicament en question n'est prescrit qu'en "période épidémique" de grippe classique. La saison grippale n'a pas débuté, ce qui n'a pas empêché les médecins de prescrire du Tamiflu à certains patients. Un pharmacien évoque des "prescriptions de complaisance" totalement injustifiées (1). Le terme fait bondir Irène Kahn, présidente de la section Santé publique au Conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom). "On va encore faire porter le chapeau aux médecins", s'insurge-t-elle. "Si les médecins ne prescrivent pas du Tamiflu à leurs patients qui en réclament, ceux-ci vont aller voir un confrère", justifie-t-elle à tf1.fr. Selon elle, "l'éducation sanitaire du public doit passer par les médias".
Pierre Costes, président de la Fédération française des médecins généralistes (MG France), dénonce également le "procès d'intention" faits aux généralistes alors que le médicament n'est pas disponible en pharmacie. Le risque de pénurie pendant la saison grippale ne l'inquiète pas outre mesure : "Les médecins ne le prescrivent pas usuellement en période normale", assure-t-il à tf1.fr. Et si la demande devenait trop importante, il "présuppose que le gouvernement en limiterait la prescription" à certains malades bien identifiés.
"La même chose à chaque crise"
Reste que les médecins aussi doivent répondre aux questions que leurs patients se posent sur la grippe aviaire. "Les gens téléphonent comme des malades", pointe Irène Kahn. Les questions fusent aussi lors des consultations médicales. "Les médecins ont les éléments scientifiques pour répondre à leurs patients mais les soignants de première ligne — les généralistes, les pharmaciens... — ne bénéficient d'aucune consigne, d'aucun matériel pédagogique", regrette Pierre Costes. "L'Etat ne nous utilise pas car il ne nous reconnaît pas or, nous transmettons une information de proximité et adaptée à chaque individu", ajoute-t-il en précisant qu'une "plaquette sera diffusée [aux médecins] sur l'attitude à tenir en cas d'épidémie de grippe aviaire" mais que rien n'est fait en amont, avant que la maladie n'apparaisse. "C'est la même chose à chaque crise" sanitaire, insiste le docteur Costes qui rappellent que "les médecins accueillent chaque jour ouvrables un million de personnes et les pharmaciens, trois millions". Le Cnom devait ainsi évoquer la question de la grippe aviaire avec ses représentants départementaux lors d'une assemblée générale qui s'est tenue samedi.
Pour autant, médecins et pharmaciens appellent les Français au calme. "Il n'y a pas d'épidémie, même pas d'épizootie. Il n'y a pas de risque, vous pouvez dormir tranquilles !", précise Pierre Costes. Irène Kahn recommande pour sa part de se faire vacciner contre la grippe afin d'éviter une mutation du virus au cas où une épidémie de grippe aviaire se déclencherait pendant celle de grippe classique. "A fin décembre, les réserves de Tamiflu couvriront un quart de la population et l'essentiel de la population d'ici six à neuf mois", rassure pour sa part Jean-Luc Delmas, qui rappelle que par ailleurs l'Etat a commandé 14 millions de doses au cas où une pandémie de grippe aviaire se déclarerait. Mais selon lui, ce dont la population a surtout besoin maintenant, c'est d'informations.
(1) La Fédération suisse des médecins (FMH) a décidé d'envoyer une lettre à ses adhérents, dans laquelle elle rappelle qu'il "n'y a aucun motif justifiant de prescrire ou de remettre du Tamiflu, dans un but prophylactique ou de réserve", a indiqué dimanche le journal suisse Le Matin.
photo : archives
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