
Une pandémie de grippe humaine d'origine aviaire "émergera un jour ou l'autre", mais tout dépend de l'échelle de temps, "l'année ou le siècle", sur laquelle on se situe, a estimé lundi dans Le Monde le professeur Didier Houssin, délégué interministériel à la lutte contre la grippe aviaire (cliquez ici pour découvrir notre dossier consacré à la grippe aviaire).
Il a indiqué "partager" l'analyse du directeur général de la santé britannique Liam Donaldson. Lequel a expliqué dimanche sur la BBC : "A un moment donné, le virus de la grippe aviaire va se combiner avec un virus de la grippe humaine et deviendra alors facilement transmissible" d'un humain à l'autre.
"Mais faire une telle prévision n'expose pas à un grand risque dès lors que l'on se situe à l'échelle de l'espèce humaine. Il en va différemment si l'on s'intéresse à une échelle de temps plus réduite", tempère le professeur Houssin. "Parler pour le siècle à venir est une chose, évoquer l'année prochaine en est une autre. Nous devons malgré tout nous préparer comme si la pandémie était pour demain", ajoute-t-il. Selon le spécialiste, la préparation de la lutte contre la grippe aviaire "a longtemps été un exercice théorique". "Désormais, c'est une entreprise très concrète, même s'il n'est pas facile d'agiter une menace importante sans générer de l'anxiété", a-t-il souligné.
Appel aux Etats européens
Dans le cadre de ce dispositif de prévention, la Commission européenne a réitéré lundi son appel aux Etats membres pour qu'ils fassent des efforts sur les stocks de médicaments anti-viraux, jugeant leur niveau insuffisant en cas de pandémie liée à la grippe aviaire. "Nous ne cherchons pas à être alarmistes, mais nous devons aider les Etats membres à se préparer", a déclaré Philip Tod, porte-parole du commissaire à la Santé, Markos Kyprianou. Bruxelles souhaite que les Etats "prévoient une couverture de 25% de la population par des médicaments antiviraux", conformément aux recommandations de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). La Commission a cependant refusé de dire quels Etats n'avaient pas de stocks suffisants, renvoyant les journalistes vers les autorités de chaque pays.
Sur ce thème de la grippe aviaire, le commissaire Kyprianou participera mardi à une réunion des ministres des Affaires étrangères à Luxembourg, ainsi qu'à celle des ministres de la Santé au Royaume-Uni jeudi et vendredi.
Ailleurs, dans le monde |
- Croatie : la Commission européenne a demandé lundi au gouvernement croate de pratiquer "aussi rapidement que possible" des examens sur dix étourneaux retrouvés morts, sans blessures, près de Zagreb et suspectés d'être porteurs du virus de la grippe aviaire.
- Macédoine : plus de 1.000 volailles mortes ont été découvertes pendant le week-end. Les autorités ont indiqué qu'il "n'y avait pas de raison pour la panique", des mesures sérieuses pour prévenir la contagion ayant été prises.
- Turquie : deux experts de la Commission européenne se sont rendus à Kiziksa, où a été découvert un cas de grippe aviaire. Les autorités européennes ont également envoyé 700 combinaisons protectrices pour les personnes travaillant sur place.
- Russie : deux villages de Sibérie sont actuellement infectés par le virus de la grippe aviaire, et 19 autres sont placés sous surveillance à la suite de cas suspects, a annoncé lundi le ministère russe de l'Agriculture.
- Thaïlande : mise au jour un nouveau foyer de grippe aviaire chez des moineaux sauvages, dans la province occidentale de Ratchaburi. Par ailleurs, la Thaïlande a annoncé lundi qu'elle allait lancer en mai 2006 des essais sur l'homme d'un vaccin contre la grippe aviaire.
- Egypte : le ministère de l'Agriculture a mis en place 27 postes d'observation le long des frontières de l'Egypte pour rassembler des données sur les oiseaux migrateurs potentiellement infectés du virus de la grippe aviaire.
- Recherche : "L'Union européenne devrait payer pour le développement et les essais cliniques faits par l'industrie, notamment parce qu'il n'y a pas de marché pour un prototype de vaccin", selon le Groupe scientifique européen de travail sur la grippe (ESWI). Le développement d'un seul prototype prendrait au moins deux ans pour un coût de 11 millions d'euros.
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