
tf1.fr : Alors que les premiers cas de grippe aviaire ont été identifiés en Turquie et en Roumanie, le réseau Grog a-t-il renforcé sa surveillance en France ?
Anne Mosnier : Nous sommes en période de pré-alerte, le réseau est en activité maximale, notre objectif étant de détecter les premiers cas de grippe "classique" le plus rapidement possible. Si nos "vigies" — médecins, pédiatres, pharmaciens — sont confrontées à un virus autre que celui de la grippe saisonnière, ils peuvent effectuer des prélèvements et les transmettre aux centres de référence nationaux. C'était déjà le cas pour le Sras [Syndrome respiratoire aigu sévère, NDLR]. Concernant la grippe aviaire, nous n'avons pas mis en place de surveillance particulière. Au jour d'aujourd'hui, c'est une maladie des volailles. Il n'existe pas de transmission interhumaine efficace sinon, depuis le temps, nous serions déjà au-delà de la pandémie.
tf1.fr : Le virus peut tout de même passer de la volaille à l'homme...
A. M. : Dans le cadre d'une épizootie — d'une épidémie de grippe aviaire chez les oiseaux —, les personnes travaillant dans des élevages risquent d'être confrontées à des fortes doses de virus. Un virus très pathogène pour l'homme car il est accidentel que le virus passe à l'homme. Et si le virus s'humanise [c'est-à-dire s'il devient transmissible entre humains, NDLR], il perdra probablement en gravité, même si bien sûr, il provoquera des morts. Dans tous les pays du monde, la surveillance s'est majorée : on repère davantage de cas de grippe aviaire mais il ne s'agit pas toujours du virus H5N1 (lire l'encadré ci-dessous). Il y a certains cas, avec d'autres virus que le H5N1, dont on n'aurait pas parlé il y a trois ans.
tf1.fr : Quelles recommandations donnez-vous au grand public ?
A. M. : Comme chaque année, nous recommandons que se fassent vacciner contre la grippe "classique" les populations à risque (1) ainsi que les personnes qui voyagent beaucoup, notamment en provenance ou à destination de l'Asie. Ce vaccin ne les protégera pas contre le virus de la grippe aviaire mais il leur évitera d'avoir deux virus grippaux ["classique" et aviaire, NDLR] en même temps et de fabriquer, à partir de ces deux virus, un virus qui pourrait devenir transmissible à l'homme et donc pandémique.
tf1.fr : Et les médicaments antiviraux, tels le Tamiflu et le Relenza, dont les commandes s'envolent, est-on certain qu'ils sont efficaces contre la grippe aviaire ?
A. M. : On n'est pas certain de leur effet sur un virus de la grippe aviaire "humanisé". C'est un pari car s'ils font un effet, ils permettront de limiter le risque de diffusion pandémique.
De la grippe du poulet au risque de pandémie humaine |
(d'après AFP)
(1) personnes âgées et malades atteints de certaines affections de longue durée : diabète, insuffisance cardiaque ou respiratoire, mucoviscidose...
Retrouvez mercredi sur TF1.FR l'analyse de Michel Métais,
directeur de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO)
photo : archives TF1
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