© TF1En 2000, 3.393 bébés de moins d'un an sont morts en France, selon des statistiques de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). La tendance est à la baisse mais cette mortalité reste importante et "plus élevée qu'à tous les autres âges de l'enfance", souligne l'Institut. Or, la mort subite du nourrisson tend souvent à occulter ou à englober des décès qualifiés d'"inattendus" chez des bébés de moins d'un an pourtant exempts de pathologie ou de malformation. A la demande de la Direction générale de l'action sociale (DGAS), des chercheurs de l'Inserm se sont donc intéressés à la question. Leurs travaux font l'objet d'un rapport rendu public mercredi.
L'équipe dirigée par Anne Tursz a ainsi épluché différentes sources officielles, notamment des enquêtes hospitalières et judiciaires, sur une période de cinq ans (1996-2000). Les chercheurs ont identifiés 218 cas de décès inattendus. Il s'agit en majorité de garçons (plus de six enfants sur dix) très jeunes (77% ont moins de six mois). Dans 15% des cas, les décès sont intervenus à la naissance. La mort suspecte ou violente a été identifiée pour 67 cas sur 218 (31%). Parmi les autres causes avancées : la mort subite inexpliquée après investigation approfondie et autopsie (27%) et la mort accidentelle (17%).
Isolement et immaturité
Les trois quarts des morts suspectes ou violentes "relèvent de deux causes : le ‘syndrome du bébé secoué' [31 cas] et la mort à la naissance par asphyxie, noyade ou abandon sans soins", précisent les chercheurs. Là encore, les bébés secoués sont à plus de 70% des très jeunes garçons, des premiers nés pour près de la moitié. Un tiers environ a "des antécédents de maltraitance (généralement connus de la PMI [Protection de la petite enfance, NDLR] ou de la justice", souligne le rapport.
Seuls ou avec une autre personne, 52 mères et 34 pères ont été mis en causes dans ces cas de morts suspectes. Toutes les catégories socioprofessionnelles sont concernées. "L'isolement social et affectif, l'immaturité affective jouent un rôle prédominant", davantage que "d'éventuelles difficultés socio-économiques", selon l'équipe de l'Inserm. Les répétitions des décès dans la même famille ne sont pas rares, malgré les signalements à la PMI. D'où "la question de la coordination entre les différents secteurs intervenant dans la protection de l'enfance". Par ailleurs, les poursuites judiciaires sont souvent classées sans suite par "manque de preuves médicales, ambiguïté sur l'auteur, abolition du discernement de [ce dernier], auteur inconnu, extinction de l'action publique..."
A partir de ce sombre tableau, le rapport propose d'améliorer les investigations sur ce type de décès et les pratiques des professionnels de la protection de la petite enfance. Les chercheurs appellent également à privilégier "certaines actions de prévention de la maltraitance" à l'attention de toute la population : soutenir la parentalité, rompre l'isolement de certains parents, rencontrer les parents au 4e mois de grossesse...
photo : archives TF1
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