Le prix Nobel de chimie attribué à un Français et deux Américains

le 05 octobre 2005 à 12h03 , mis à jour le 14 décembre 2005 à 11h50

L'Académie royale suédoise des sciences a décerné son prix Nobel de chimie au Français Yves Chauvin et aux Américains Robert H. Grubbs et Richard R. Schrock. "Leurs travaux ont ouvert des possibilités fantastiques pour la fabrication de médicaments", s'enthousiasme l'Académie.

prix Nobel chimie Yves Chauvin © LCI

Le prix Nobel de chimie 2005 a été attribué au Français Yves Chauvin et aux Américains Robert H. Grubbs et Richard R. Schrock "pour le développement de la métathèse en synthèse organique", a déclaré mercredi l'Académie royale suédoise des sciences. "Les prix Nobel de chimie de l'année ont développé la métathèse pour en faire l'une des réactions les plus utiles en chimie organique", a-t-elle précisé. "Leurs travaux ont ouvert des possibilités fantastiques pour, entre autres, la fabrication de médicaments. La création de nouvelles molécules n'est bientôt plus limitée que par notre imagination !", a souligné l'Académie.

La métathèse est, selon la définition élégante qu'en donne l'académie suédoise, "une danse avec changement de partenaire". Elle est couramment utilisée dans l'industrie chimique, surtout dans la production de médicaments et de matériaux plastiques élaborés. "Les substances organiques contiennent du carbone élémentaire. Les atomes de carbone peuvent former de longues chaînes ou des anneaux, se combiner à d'autres éléments tels que l'hydrogène et l'oxygène, former des liaisons doubles, etc. Toute vie sur terre est basée sur de tels composés carboniques mais on peut également les créer artificiellement, ce qu'on appelle synthèse organique", explique l'académie. "Métathèse signifie changer de place. Dans les réactions métathèse, les liaisons doubles entre les atomes sont rompues et recomposées d'une façon qui provoque le changement de place de groupes d'atomes", poursuit l'académie, ajoutant : "On obtient ce réarrangement grâce à l'action de molécules catalytiques spécifiques qui permettent la réaction sans subir de modification chimique". 

C'est en 1971 qu'Yves Chauvin, né en 1930, directeur de recherche honoraire à l'Institut Français du Pétrole (IFP), a réussi à expliquer en détail le fonctionnement des réactions. Dans la phase suivante, les chercheurs s'efforcèrent d'appliquer la "recette" pour développer, dans la limite du possible, les catalyseurs. Richard Schrock, né en 1942, professeur en chimie au Massachusetts Institute of Technology (MIT), fut le premier chercheur à "produire un composé métalloïde jouant un rôle efficace de catalyseur dans les métathèses". C'était en 1990 et quelques années après, que Robert Grubbs, professeur au California Institute of Technology, a mis au point un catalyseur encore plus performant, stable dans l'air et qui s'est donc révélé d'une grande utilité pratique.

"Pas ému outre mesure"

Contacté par tf1.fr, Yves Chauvin indique "ne pas être ému outre mesure". Il a même affirmé à la radio suédoise SR être "embarrassé" par la récompense d'un travail datant de 40 ans et a déjà prévenu qu'il ne prévoyait pas, en raison de son âge, de se rendre à Stockholm afin de chercher le prix, selon la radio suédoise. Difficile de savoir si l'homme est modeste, intimidé par cette gloire médiatique soudaine ou s'il est au-dessus de ces honneurs terrestres. "Il y a plusieurs prix équivalents au Nobel", déclare-t-il à tf1.fr avant de lâcher qu'il y a "des gens opportunistes comme [lui]". Il connaît les deux confrères américains également nobélisés, à qui il rend hommage : "Ce sont eux qui ont fait toute cette recherche, brillante, à partir de mon hypothèse", élaborée il y a plus de 30 ans. Interrogé sur la nature de ses travaux, il déclare "être incapable d'en parler au grand public, excusez-moi". Puis il raccroche pour accueillir une équipe de télévision.

"Je me sens assez bouleversé, cela signifie que je ne peux pas bien parler", a pour sa part déclaré Richard R. Schrock, 60 ans, professeur en chimie au Massachussets Institute of Technology (MIT). "Je venais de me lever et prenais un petit café, et naturellement, j'ai pensé que cela ne pouvait être vrai, mais ça l'est et j'étais très très excité (...) mon coeur bat à environ 200 pulsations par seconde", a-t-il plaisanté, à bout de souffle. Professeur au California Institute of Technology, Robert H. Grubbs, 63 ans, qui se trouvait en Nouvelle-Zélande au moment de l'annonce, a tout de suite appelé ses enfants. "Ils sont tous très excités. Cela a été quelque chose de très drôle à partager avec eux", a-t-il expliqué, ajoutant que "cela est une grande surprise et je dois maintenant penser à ce que je vais faire".

Les trois lauréats vont se partager la dotation de dix millions de couronnes suédoises (1,1 million d'euros) et recevront chacun une médaille d'or et un diplôme lors d'une cérémonie à Stockholm le 10 décembre, date anniversaire de la mort en 1896 d'Alfred Nobel, inventeur de la dynamite à l'origine des prix.

Huitième prix Nobel de chimie pour la France

Yves Chauvin est le 8e Français à avoir reçu le prix Nobel de chimie depuis sa première édition en 1901. L'ont précédé Jean-Marie Lehn en 1987 (avec les Américains Donald J. Cram et Charles J. Pedersen), Frédéric Joliot et Irène Joliot-Curie en 1935, Victor Grignard et Paul Sabatier en 1912, Marie Curie en 1911 et Henri Moissan en 1906.

M.D. avec AFP

photo : Yves Chauvin (LCI)

le 05 octobre 2005 à 12:03
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12 Commentaires

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  • Gafgarion, le 06/10/2005 à 10h06

    "c'est dommage de ne pas savoir ou pouvoir populariser la science auprès du public" Oui c'est dommage et c'est encore plus dommage que le grand public ne s'interesse pas à la science !

  • Davinci, le 06/10/2005 à 06h29

    Entre les réactions atterrantes de bêtise et celles relevant de l?ignorance il y en a qui pointent juste. La mise en exergue de la nationalité dans le domaine scientifique n?a absolument aucune signification et faire intervenir la fierté nationale et le chauvinisme la dedans en a encore moins. La recherche est un domaine sans frontières depuis belle lurette ! M Chauvin le dit lui-même, sa recherche remonte a plus de 30 ans et il ne se prive pas de féliciter les chercheurs Américains qui ont finalisé sa découverte en prenant bien soin de préciser que ce sont eux qui ont fait le gros du travail, il s?agit la de vraie modestie car, bien évidemment, la découverte est l?élément essentiel de la recherche. Cela étant dit, on voit le pathétique gouvernement Français se jeter la dessus comme des crocodiles affamés et immédiatement essayer d?en tirer parti, ce qui dans la situation actuelle relève de la vulgarité la plus méprisable. D?une ; même lorsqu?ils décident d?attribuer les fonds nécessaires a la recherche, les politiques ne font que leur boulot le plus élémentaire, mais quand il s?agit de ces rigolos qui au nom de reformes nécessaires grèvent considérablement les budgets de l?éducation et de la recherche et en profitent pour pratiquement s?attribuer la paternité d?un Nobel décerné pour des travaux datant de plus d?un quart de siècle, cela donne une idée plus précise du genre d?individus a qui nous avons a faire et qui dirigent ce pays. Bravo M Chauvin ! Quant au gouvernement?PATHETIQUE ! Nos politiques sont vraiment à l?image du pays qu?ils nous laissent. Ils font naufrage et en se noyant se raccrochent a tout ce qui passe a portée de la main? Très inquiétant ! Da Vinci

  • ALICE, le 05/10/2005 à 22h40

    IL DECLARE NE PAS POUVOIR EN PARLER AU GRAND PUBLIC;NORMAL C EST TRAVAUX DATENT DIT IL DE 30 ANS ALORS IL NE DOIT SE SOUVENIR DE RIEN DU TOUT

  • Marco Benatar, le 05/10/2005 à 18h29

    Toutes mes felicitations Mr Chauvin. Il faut croire que les grandes inventions de notre humanite emanent encore de notre vieille Europe de meme que cette modestie remarquable. La France a de tres grands cerveaux! Bravo

  • Maurice, le 05/10/2005 à 18h06

    Pourquoi vulgarisé est-il si difficile en 5 minutes pour le passage au vingt heures ? Hum... laissez moi réfléchir. 1 enfant sur 10 ne sait pas lire à l'entrée en 6ème. C'est variable suivant les tranches d'age, mais peu de gens ont un bacccalauréat scientifique. Tout le monde ne fait pas, par la suite, des études scientifiques. Encore moins de gens font des études de chimie (par rapport à l'ensemble des étudiants). Seulement 35% des étudiants arrivent en deuxième année de fac en deux ans. Peu de gens arrivent au niveau d'un master ou doctorat. Finalement, quand on arrive à ce niveau, on s'apercoit que finalement, on a des connaissances de bases supérieures à la moyenne, qu'on est relativement spécialisé dans un domaine (même si par nécessité on se tient au courant de ce qui se passe ailleurs) et que finalement, on ne connait qu'une infime partie de toutes les choses possibles de connaitre. Donc vulgariser en 5 minutes au vingt heures, sans faire un mini-cours pour comprendre le BA-BA de son domaine de prédilection relève d'une grande compétence alors qu'on préfère travailler dans notre passion. Vous croyez que les chercheurs n'ont que ça à foutre que de s'emmerder à expliquer ce qu'ils font dans la vie à des gens qui leur posent la question mais qui s'en foutent royalement ? Les journaux se sont-ils intéressé à ses travaux auparavant ou aux travaux d'autres chercheurs méritants qui n'ont pas encore été nobelisés ou ne peuvent pas l'être ? (les mathématiciens par exemple) C'est dingue ce que ce genre de truc peu susciter comme intérêt chez des personnes qui veulent l'utiliser comme exemple de la grandeur de la France, de la qualité de la recherche française, etc. Des génies, il y'en un grand nombre, venant de tous les pays de la planète. Ce n'est pas lié au pays de naissance. Maurice, chercheur dans un autre pays.

  • Yves, le 05/10/2005 à 17h03

    Moi déja, simple ingénieur en électronique, j'ai du mal à expliquer ce que je fais, alors imaginer ces gars là!

  • Lo-Ran, le 05/10/2005 à 16h53

    Je respecte l'avis de "N'importe quoi, Paris". C'est surement mieux expliqué que moi. Mais convenons que c'est dommage de ne pas savoir ou pouvoir populariser la science auprès du public. Il y aurait moins de fossé et probablement plus d'envie de découverte de la part du profane qui se dit "ouh là là, ce sont des trucs de savant" ;) J'avoue que j'ai été piqué au vif qd j'ai lu la news de TF1. Excessif ?

  • Maddy, le 05/10/2005 à 16h04

    Dis Monsieur De Villepin tu peux pas donner un peu plus de sous à la recherche... Au moins les résultats sont meilleurs qu'à la SNCM...

  • N'importe quoi, le 05/10/2005 à 16h00

    Le fait de s'avouer INCAPABLE d'en parler au grand public ne temoigne, pour moi, certainement pas de dedain ou de mepris, mais plutot d'un aveu d'incapacité personelle de popularisation. Expliquer quelque chose de tres technique a un profane est souvent difficile, imprecis et approximatif - de plus ce genre d'explication peut etre mal comprise par le non-initié, son sens peut etre alteré, voir inversé - cela s'est deja vu, resultat dans des quiproquos gigantesques. Expliquer des choses compliquees aux profanes est justement le metier du professeur, et il ne me semble pas qu'ici ce scientifique eminent intervient dans ce role. Je suis fier d'habiter un pays ayant elevé ce genre de scientifiques et hommes de lettres, ce sont eux dont l'histoire se souviendra. Ce sont eux qui batissent le rayonnement du pays dans le monde. Ils sont ce que la France a de plus precieux.

  • Lo-Ran, le 05/10/2005 à 14h17

    "être incapable d'en parler au grand public, excusez-moi"... Ptdrr moi j'appelle ça de l'orgueil et de la trop grosse estime de soi même. On est trop c... pour comprendre ? Même avec des mots simples, sans jargon ? J'aime pas les personnes dédaigneuses comme ça. Et je ne le soutiens pas. Le prix Nobel est non seulement une reconnaissance académique, mais je me demande s'il recouvre l'aspect humain du nobelisable.

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