© LCILe prix Nobel de chimie 2005 a été attribué au Français Yves Chauvin et aux Américains Robert H. Grubbs et Richard R. Schrock "pour le développement de la métathèse en synthèse organique", a déclaré mercredi l'Académie royale suédoise des sciences. "Les prix Nobel de chimie de l'année ont développé la métathèse pour en faire l'une des réactions les plus utiles en chimie organique", a-t-elle précisé. "Leurs travaux ont ouvert des possibilités fantastiques pour, entre autres, la fabrication de médicaments. La création de nouvelles molécules n'est bientôt plus limitée que par notre imagination !", a souligné l'Académie.
La métathèse est, selon la définition élégante qu'en donne l'académie suédoise, "une danse avec changement de partenaire". Elle est couramment utilisée dans l'industrie chimique, surtout dans la production de médicaments et de matériaux plastiques élaborés. "Les substances organiques contiennent du carbone élémentaire. Les atomes de carbone peuvent former de longues chaînes ou des anneaux, se combiner à d'autres éléments tels que l'hydrogène et l'oxygène, former des liaisons doubles, etc. Toute vie sur terre est basée sur de tels composés carboniques mais on peut également les créer artificiellement, ce qu'on appelle synthèse organique", explique l'académie. "Métathèse signifie changer de place. Dans les réactions métathèse, les liaisons doubles entre les atomes sont rompues et recomposées d'une façon qui provoque le changement de place de groupes d'atomes", poursuit l'académie, ajoutant : "On obtient ce réarrangement grâce à l'action de molécules catalytiques spécifiques qui permettent la réaction sans subir de modification chimique".
C'est en 1971 qu'Yves Chauvin, né en 1930, directeur de recherche honoraire à l'Institut Français du Pétrole (IFP), a réussi à expliquer en détail le fonctionnement des réactions. Dans la phase suivante, les chercheurs s'efforcèrent d'appliquer la "recette" pour développer, dans la limite du possible, les catalyseurs. Richard Schrock, né en 1942, professeur en chimie au Massachusetts Institute of Technology (MIT), fut le premier chercheur à "produire un composé métalloïde jouant un rôle efficace de catalyseur dans les métathèses". C'était en 1990 et quelques années après, que Robert Grubbs, professeur au California Institute of Technology, a mis au point un catalyseur encore plus performant, stable dans l'air et qui s'est donc révélé d'une grande utilité pratique.
"Pas ému outre mesure"
Contacté par tf1.fr, Yves Chauvin indique "ne pas être ému outre mesure". Il a même affirmé à la radio suédoise SR être "embarrassé" par la récompense d'un travail datant de 40 ans et a déjà prévenu qu'il ne prévoyait pas, en raison de son âge, de se rendre à Stockholm afin de chercher le prix, selon la radio suédoise. Difficile de savoir si l'homme est modeste, intimidé par cette gloire médiatique soudaine ou s'il est au-dessus de ces honneurs terrestres. "Il y a plusieurs prix équivalents au Nobel", déclare-t-il à tf1.fr avant de lâcher qu'il y a "des gens opportunistes comme [lui]". Il connaît les deux confrères américains également nobélisés, à qui il rend hommage : "Ce sont eux qui ont fait toute cette recherche, brillante, à partir de mon hypothèse", élaborée il y a plus de 30 ans. Interrogé sur la nature de ses travaux, il déclare "être incapable d'en parler au grand public, excusez-moi". Puis il raccroche pour accueillir une équipe de télévision.
"Je me sens assez bouleversé, cela signifie que je ne peux pas bien parler", a pour sa part déclaré Richard R. Schrock, 60 ans, professeur en chimie au Massachussets Institute of Technology (MIT). "Je venais de me lever et prenais un petit café, et naturellement, j'ai pensé que cela ne pouvait être vrai, mais ça l'est et j'étais très très excité (...) mon coeur bat à environ 200 pulsations par seconde", a-t-il plaisanté, à bout de souffle. Professeur au California Institute of Technology, Robert H. Grubbs, 63 ans, qui se trouvait en Nouvelle-Zélande au moment de l'annonce, a tout de suite appelé ses enfants. "Ils sont tous très excités. Cela a été quelque chose de très drôle à partager avec eux", a-t-il expliqué, ajoutant que "cela est une grande surprise et je dois maintenant penser à ce que je vais faire".
Les trois lauréats vont se partager la dotation de dix millions de couronnes suédoises (1,1 million d'euros) et recevront chacun une médaille d'or et un diplôme lors d'une cérémonie à Stockholm le 10 décembre, date anniversaire de la mort en 1896 d'Alfred Nobel, inventeur de la dynamite à l'origine des prix.
Huitième prix Nobel de chimie pour la France |
M.D. avec AFP
photo : Yves Chauvin (LCI)
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