A Paris, les observateurs ont pu bénéficier d'un ciel parfaitement clair - comme en témoigne cette photographie prise par un internaute parisien lundi en milieu de matinée. © J-P Guillemot - tf1.frAlors que les Français ont pu observer lundi matin une éclipse de Soleil, "l'Education nationale (...) [a-t-elle choisi] d'ignorer ce qui se passe au-dessus de nos têtes ou [a-t-elle laissé] ses maîtres et professeurs composer le cocktail d'une matinée originale avec de l'histoire, des sciences et des observations ?" C'est Alain Cirou, directeur de la rédaction de la revue Ciel & Espace, qui pose cette question dans son éditorial du mois d'octobre.
Réponse samedi matin dernier, dans une école publique de la région parisienne. Des parents interrogent le directeur de la section élémentaire sur le dispositif sanitaire et pédagogique qui accompagnera lundi l'éclipse de Soleil. Une note a été prévue à l'attention des parents, pour les avertir de ne pas laisser leurs enfants regarder le phénomène sans protection adéquate, leur répond-il. Chaque enseignant décidera ou non de parler de l'éclipse ou de permettre à la classe de l'observer. Telle maîtresse a prévu de ramener une paire de lunettes spéciales mais elle l'utilisera "si les enfants sont sages". Quant à la directrice de la section maternelle, elle n'est pas au courant que la Lune va passer devant le Soleil. Elle appelle le rectorat puis assure que la surveillance des petits sera renforcée pendant la récréation.
"Aucune consigne"
Une anecdote révélatrice du manque de préparation, voire d'intérêt, que suscite au sein de l'Education nationale un spectacle astronomique qui a pourtant enchanté des millions de Français en 1999 et en 2003. Contacté vendredi sur ce sujet par tf1.fr, le ministère de l'Education a renvoyé vers le ministère de la Santé pour les consignes sanitaires à l'attention des élèves d'établissements scolaires. Dans trois communiqués datés du 15 septembre et destinés aux habitants de la France métropolitaine, de la Réunion et de Mayotte, la direction générale de la Santé (DGS) donne des recommandations pour observer le phénomène sans risque.
L'inspection académique (IA) des Yvelines a mis en ligne sur son site Internet le communiqué de la DGS ; celles de l'Essonne, des Hauts-de-Seine et du Val d'Oise l'ont éclipsé. Et pourtant, ces quatre inspections académiques dépendent de l'Académie de Versailles... Les inspections de Haute-Garonne et des Alpes-maritimes ont, elles, adressé un courrier aux chefs d'établissements, leur expliquant les précautions à prendre. Dans ce département de la Côte d'Azur, l'inspection a même demandé de ne pas faire sortir les élèves en récréation. A Bayonne, l'une des villes de France où la visibilité de l'éclipse était la plus importante (80%), le service municipal en charge des écoles n'a reçu "aucune consigne nationale, départementale ou régionale" alors que pour l'éclipse de 1999, le rectorat avait demandé à la mairie de participer à l'achat de lunettes de protection à destination des élèves.
"Déjà mobilisés"
Même cafouillage concernant les animations scolaires autour de l'éclipse. Aux Observatoires de Paris et de Meudon, qui ont ouvert leurs portes au public, aucun groupe scolaire n'a fait le déplacement. Une explication est avancée : les établissements ont plutôt prévu des déplacements pour la Fête de la Science, la semaine prochaine. Ailleurs, dans une municipalité, un interlocuteur évoque la grève de mardi, qui mobilise davantage les enseignants...
L'Académie de Nice, qui couvre les Alpes-maritimes et le Var, avait mis un en place en début d'année une mini-formation sur l'éclipse, destinée aux enseignants volontaires. Ces derniers ont reçu des solarscopes (dispositifs d'observation qui projettent l'ombre "grignotée" du soleil sur un écran en carton). Ce sont ainsi 1800 élèves, du primaire au lycée, qui ont pris part lundi à une animation sur mesure.
Au Musée de l'air et de l'espace, au Bourget, l'un des 137 sites d'observation ouverts au public, Olivier Las Vergnas, président de l'Association française d'astronomie (Afa), affiche sa satisfaction : "200 jeunes issus de plusieurs groupes scolaires sont présents", annonce-t-il par téléphone à tf1.fr, la voix couverte par les exclamations des enfants qui admirent l'éclipse. Via le site Interne de la revue Ciel & Espace, l'Afa avait pourtant mis en ligne des expériences à réaliser en classe en cette matinée historique. "C'était une occasion inespérée pour faire découvrir des sciences expérimentales", pointe-t-il. "Mais il ne faut pas compter sur l'administration" pour mobiliser le corps enseignant, souligne-t-il. Et de lâcher : "Une telle mobilisation ne marche qu'avec les professeurs déjà convaincus". L'Education nationale pourra toujours se rattraper le 29 mars 2006, date de la prochaine éclipse de Soleil partiellement visible en France. Mais elle sera moins spectaculaire que celle de lundi.
photo : l'éclipse de Soleil lundi matin (TF1)
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