© INTERNEDes chercheurs ont reconstruit et redonné vie au virus de la grippe "espagnole" de 1918, dans un laboratoire de haute sécurité américain, pour percer les secrets de sa virulence, dans l'espoir de contribuer au combat contre une éventuelle pandémie de grippe d'origine aviaire. Leurs travaux, publiés jeudi dans les revues Science et Nature, apportent des informations pour la recherche vaccinale et le développement d'antiviraux ainsi que pour la surveillance des virus aviaires.
Pour ranimer le virus, les chercheurs américains sont allés en Alaska exhumer des tissus gelés d'une femme enterrée dans le permafrost en novembre 1918. Des tissus pulmonaires, archivés dans le formol, provenant d'autres victimes de la grippe "espagnole" ont également contribué à reconstituer le code génétique du virus. Leur analyse suggère que le virus de 1918 (H1N1), responsable de 20 à 50 millions de morts, dont beaucoup de jeunes adultes en bonne santé, était un virus d'origine aviaire ayant réussi à s'adapter à l'homme. C'est justement une telle adaptation de l'un des virus H5N1 de la grippe aviaire, qui se propagent actuellement chez les oiseaux, susceptibles de déclencher la première pandémie grippale de ce siècle, que redoutent les spécialistes.
"Génétique inverse"
Disposant de la quasi-intégralité de son génome, les chercheurs ont recréé le virus à l'aide d'une technique dite de "génétique inverse". Après des décennies, le virus a ainsi retrouvé vie dans un laboratoire de haute sécurité des Centres de contrôle des maladies américains (CDC), où il reste confiné. Ses effets ont été étudiés sur des souris, des embryons de poulet, des cellules pulmonaires humaines. Les chercheurs en ont fabriqué différentes versions, avec des gènes d'autres virus grippaux, pour effectuer des comparaisons et déterminer ainsi quels éléments le rendaient si meurtrier.
Comme l'original, le virus reconstitué a tué en quelques jours les souris. Il tue également les embryons de poulet, comme le virus aviaire H5N1. L'un des gènes associés à sa virulence est celui d'une protéine de surface du virus, l'hémagglutinine (HA) qui lui permet de s'accrocher aux cellules. Trouver le mécanisme de cette agressivité de la HA, ravageuse pour les poumons, pourrait, en le bloquant, contribuer au développement d'antiviraux, relève Terrence Tumpey (CDC d'Atlanta), co-auteur de l'article de Science.
L'équipe du Dr Jeffery Taubenberger de l'Institut de pathologie des forces armées américaines, co-signataire dans les deux revues, après avoir publié la séquence de cinq des huit gènes du virus, décrit maintenant dans Nature celles des trois gènes restants, essentiels à sa multiplication. Les chercheurs ont identifié des petits changements sur ces gènes de polymérases, suspects d'être déterminants dans le processus d'adaptation à l'homme des virus aviaires. Le virus de 1918 partage certaines de ces mutations — portant sur des composants de base, les acides aminés, notamment le 627 — avec les virus aviaires H5N1 (une soixantaine de morts depuis 2003) et H7N7 (1 mort aux Pays-Bas en 2003).
Par Brigitte CASTELNAU (AFP)
photo : archives TF1
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