© INTERNEUn Français sur dix est malade de l'alcool. Hervé Chabalier, auteur de cette étude remise au ministre de la Santé, en sait quelque chose. Le fondateur et directeur de l'agence de télévision Capa, a lui-même souffert des ravages de l'alcool, comme il en témoigne dans "Le Dernier pour la route" (Editions Capa, 2004). Cinq millions de personnes ont une consommation abusive, dont 2 millions sont carrément dépendants de cette "drogue". L'alcool est aussi "la première cause de mortalité des jeunes".
Cet énième rapport sur l'alcool, moins académique dans la forme que les précédents, brocarde l'Etat dont l'engagement fait défaut et les initiatives "pousse au crime" de certains parlementaires en faveur du vin de terroir. L'auteur pointe la faiblesse de la prise en charge des malades : des hôpitaux dépourvus d'équipe spécialisée. A Paris et en Ile-de-France, il existe 245 lits d'alcoologie, représentant 5260 hospitalisations possibles, pour un peu plus de 550.000 malades alcooliques. Il évoque le "parcours du combattant" pour obtenir un rendez-vous.
45.000 décès annuels
Les chiffres sont pourtant éloquents. Parce que leurs mères ont bu pendant leur grossesse, 700 à 3000 enfants sur les 750.000 qui naissent chaque année sont susceptibles d'être atteints d'un syndrome d'alcoolisation foetale grave, et donc d'être handicapés. L'alcool tue directement, selon les experts, 23.000 personnes par an, et est impliqué dans 45.000 décès si l'on prend en compte d'autres éléments comme la violence ou les accidents. L'alcoolisation est impliquée dans 10 à 20 % des accidents du travail et à l'origine de 2700 morts sur la route par an.
"Pas un produit ordinaire"
"L'alcool, c'est aussi un fardeau financier pour la collectivité supérieur à celui du tabac et des stupéfiants réunis : 1,42% du PIB soit 17,53 milliards d'euros contre 0,8% pour le tabac et 0,16% pour les stupéfiants", écrit-il. La diminution progressive de la consommation d'alcool depuis les années 60 a été suivie d'une diminution proportionnelle et significative de la mortalité par cirrhose et par cancer (bouche, œsophage, ...).
L'ordonnance d'Hervé Chabalier comprend 9 recommandations. En premier lieu, "faire de la lutte contre l'alcoolisme une grande cause nationale" et "admettre que l'alcool n'est pas un produit ordinaire : c'est une drogue". "Reconnaître l'alcoolisme comme une maladie progressive" sans attendre ses stades extrêmes (cirrhose, greffe du foie). "Lutter contre le déni: grâce à des médecins qui veillent, des conseillers qui détectent, des groupes d'anciens buveurs qui interviennent" et "associer l'éducation à la sanction". En plus de l'aide aux proches, du rôle de l'entreprise dans la prévention, il préconise de "décider urgemment des mesures spécifiques à destination des jeunes".
A Lire :
- Alcoolisme : le parler vrai, le parler simple, Robert Laffont, 2005, 158 p.,15 euros.
- Le Dernier pour la route, Editions Capa, 2004
D'après AFP
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