
tf1.fr : La greffe du visage réalisée il y a plus d'une semaine par une équipe française a suscité beaucoup d'éloges mais aussi des inquiétudes, voire des critiques. Certains experts ont souligné que toucher au visage n'était pas anodin...
Maurice Mimoun (1) : Il n'est jamais anodin d'avoir une cicatrice sur le corps. J'ai connu des personnes défigurées qui le vivaient très bien et d'autres qui ne supportaient pas d'avoir une cicatrice de trois centimètres. Ici, il ne s'agit pas d'une greffe du visage mais de la face. Comme je dis toujours : "le chirurgien s'occupe de la face et Dieu du visage". Très souvent, l'avancée scientifique est une transgression. La première dans ce domaine a été d'avoir greffé un cœur. A l'époque [en 1967, NDLR], le cœur, c'était presque l'âme ; aujourd'hui, on l'a réduit à une pompe. Je suis très content que cette opération fasse réfléchir les gens. On peut avoir un point de vue bienveillant ou malveillant sur le sujet. Moi, je veux avoir beaucoup d'espérance : il y a une éthique avant cette tentative et une éthique après.
Le gros contresens, c'est de confondre problème éthique et problème psychologique. Je n'émets aucune réserve [sur la greffe de la face, NDLR], je pose des interrogations : sur le plan psychologique, est-ce qu'un homme ou une femme va pouvoir vivre avec le visage d'un mort ? Aucun scientifique ne peut répondre à cette question aujourd'hui. Mon hypothèse, c'est que ce sera obligatoirement variable selon les personnes et qu'il y aura un temps d'adaptation long et difficile. La patiente devra aussi faire le deuil de son ancien visage pour accepter le nouveau.
tf1.fr : La presse britannique a indiqué que la patiente greffée aurait été défigurée à la suite d'une tentative de suicide, ce que le professeur Dubernard [le responsable de la transplantation] a formellement démenti. Cette polémique peut-elle perturber ce temps d'adaptation dont vous parlez ?
M. M. : Quand bien même il y aurait eu tentative de suicide, et alors ? J'ai constaté que les grands défigurés ont été victimes d'accidents ou ont essayé de se suicider. Mais il y a la vie avant et après le drame : on peut vouloir vivre après avoir voulu se suicider et vouloir mourir après un accident.
tf1.fr : Le professeur Dubernard explique avoir perdu ses doutes lorsqu'il a rencontré la patiente...
Le professeur Maurice Mimoun
(crédit : Jean-Michel Girand)
M. M. : Bien sûr ! Les comités d'éthique, les philosophes, les médecins doivent réfléchir sur ces questions de greffes mais à un moment donné, malgré tout, en tant que chirurgien, je suis face à un patient. En chirurgie du corps, c'est toujours le patient qui doit vous convaincre de faire une intervention. La difficulté était que cette greffe était attendue avant d'avoir eu lieu. Pour les plasticiens — et je ne dis pas ça pour atténuer la portée de ce qui a été réalisé — l'acte [la greffe de la face, NDLR] est difficile, pointilleux mais faisable. Mais le faire avec toute cette pression derrière, c'est autre chose. Les chirurgiens devaient garder leur lucidité dans l'intérêt de la patiente. Car il ne faut pas oublier que pour la patiente aussi, c'est une aventure.
tf1.fr : Cette opération aura-t-elle des applications en chirurgie "courante" ?
M. M. : Etonnamment, les avancées de la chirurgie réparatrice ont amené à la chirurgie esthétique. Les prothèses sont aujourd'hui passées dans les mœurs. Si cette greffe marche, des applications vont s'ouvrir. Le problème éthique actuel concerne le prélèvement d'organes sur un mort. Si on arrive à mieux maîtriser le rejet [de la greffe, NDLR] et à limiter les complications, je ne suis pas du tout sûr que le fait que les donneurs soient morts continue d'être un facteur limitant en chirurgie réparatrice.
tf1.fr : Pensez-vous que certains de vos patients défigurés vous demanderont désormais de recourir à une greffe de visage ?
M. M. : C'est déjà arrivé avant que l'opération n'ait lieu. Mais il faudra que les patients arrivent à me convaincre et que les techniques classiques apparaissent insuffisantes.
(1) Le professeur Maurice Mimoun est chef du service de chirurgie plastique, reconstructrice, esthétique à l'hôpital Rothschild et chef du centre de grands brûlés à l'hôpital Saint-Antoine. Il a notamment écrit un témoignage fort et poignant sur ses missions humanitaires au Vietnam (S'empêcher d'en faire trop, éditions Albin Michel). La greffée du visage se sent "très bien" La femme de 38 ans qui a bénéficié de la première greffe partielle de visage dit se sentir "très bien", mais se sent également "bousculée" et souhaite que sa famille soit laissée en dehors de l'intense médiatisation dont a fait l'objet l'opération, dans une interview publiée mercredi par Le Parisien. Elle remercie toute l'équipe qui a participé à l'opération, "de la femme de ménage aux infirmières". "Ils sont tous formidables", conclut-elle.
La greffée du visage se sent "très bien" La femme de 38 ans qui a bénéficié de la première greffe partielle de visage dit se sentir "très bien", mais se sent également "bousculée" et souhaite que sa famille soit laissée en dehors de l'intense médiatisation dont a fait l'objet l'opération, dans une interview publiée mercredi par Le Parisien. Elle remercie toute l'équipe qui a participé à l'opération, "de la femme de ménage aux infirmières". "Ils sont tous formidables", conclut-elle.
La greffée du visage se sent "très bien" La femme de 38 ans qui a bénéficié de la première greffe partielle de visage dit se sentir "très bien", mais se sent également "bousculée" et souhaite que sa famille soit laissée en dehors de l'intense médiatisation dont a fait l'objet l'opération, dans une interview publiée mercredi par Le Parisien. Elle remercie toute l'équipe qui a participé à l'opération, "de la femme de ménage aux infirmières". "Ils sont tous formidables", conclut-elle.
La greffée du visage se sent "très bien" La femme de 38 ans qui a bénéficié de la première greffe partielle de visage dit se sentir "très bien", mais se sent également "bousculée" et souhaite que sa famille soit laissée en dehors de l'intense médiatisation dont a fait l'objet l'opération, dans une interview publiée mercredi par Le Parisien. Elle remercie toute l'équipe qui a participé à l'opération, "de la femme de ménage aux infirmières". "Ils sont tous formidables", conclut-elle.
photo : le professeur Devauchelle examine la patiente qui a reçu une greffe du visage (LCI)
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