20 septembre - A la rentrée, le fournisseur d’accès Free propose un abonnement ADSL haut-débit à 30€. 9Telecom suit rapidement, mais le reste de la concurrence garde ses tarifs élevés. Le haut-débit se démocratise, plus d’un million de Français y sont abonnés. © INTERNE"Une science totale (...) qui, si on la mène jusqu'au bout, peut bouleverser l'ensemble des sciences humaines, en particulier la sociologie, la psychologie, la linguistique, l'ethnologie, l'économie, l'histoire, l'épistémologie, la philosophie,, la théologie, sans parler des sciences politiques, des neurosciences, de l'informatique et de l'intelligence artificielle pour ne citer que les principales". C'est en ces termes que Pascal Jouxtel décrit l'impact possible de la mémétique dans le livre Comment les systèmes pondent (1).
tf1.fr : Qu'est-ce que la mémétique ?
Pascal Jouxtel : C'est une science qui a l'ambition d'analyser, de regarder, d'étudier la culture humaine comme si les créations de cette culture — les modes, les technologies, les façons de faire... — se développaient de façon autonome. Les supports de ces créations, appelées mèmes, sont à la culture ce que les gènes sont à la nature. Prenons l'exemple du speed dating, le fait que des personnes fassent connaissance pendant un temps très limité : si cette pratique se généralise, on pourra dire que le mème a réussi à se reproduire ; sinon, ce sera un mème dormant ou éteint, comme le mème du hula hoop.
tf1.fr : N'y a-t-il pas un risque de voir des mèmes partout ? De vouloir "surexpliquer" des phénomènes culturels ?
P. J. : Aujourd'hui, il n'existe pas d'explication générale pour comprendre comment les manières de faire évoluent. La mémétique interprète avec les mêmes théories des choses aussi diverses que les modes vestimentaires, le christianisme et la trottinette.
tf1.fr : Avec la mémétique, l'homme devient passif puisqu'il ne fait qu'héberger des codes — les mèmes — qui se reproduisent grâce à lui...
P. J. : Non car la "créature" mémétique est une solution qui essaie de se reproduire avec un terrain humain. Les gens sont des petites machines à faire des choix orientés par un système de valeurs : ils peuvent accueillir ou non les mèmes. Le fait de bien connaître ces créations qui consomment notre temps de vie permet de réveiller notre capacité à faire de vrais choix, à ne pas subir. La mémétique fait retrouver la valeur de notre propre vie.
tf1.fr : Dans votre livre, vous évoquez deux périodes-clés de la mémétique : la naissance d'Internet et les attentats du 11 septembre 2001. Pourquoi ?
P. J. : Le lancement d'Internet Explorer et de Netscape, en 1995-1996, a permis de répandre les réflexions des méméticiens. Les attentats du 11 septembre sont davantage liés à la naissance de la Société francophone de mémétique : dans le contrecoup des attentats et dans les débats qui ont suivi, nous sommes plusieurs à nous être dit qu'il n'y avait pas d'un côté des bons, et de l'autre des méchants mais des systèmes idéologiques et religieux qui manipulent les gens. On s'est dit que pour lutter contre le fanatisme et le terrorisme, il fallait lutter avec des idées et en comprenant comment elles se propagent. Et pas avec des flingues.
tf1.fr : La mémétique a-t-elle des applications concrètes ?
P. J. : Oui, dans la gestion des conflits, des risques et la conduite du changement. Les gens du marketing font aussi de la mémétique sans le savoir : elle peut être très efficace pour manipuler les consciences. L'objectif des méméticiens est de toucher le grand public et les universitaires avant que la mémétique ne soit utilisée pour cultiver des besoins chez les gens afin qu'ils consomment davantage.
tf1.fr : Comment la mémétique est-elle perçue par les scientifiques ?
P. J. : Elle est ignorée par les universitaires même si de plus en plus en font sans le dire. Beaucoup de méméticiens ont un métier et ne sont affiliés à aucun organisme scientifique, ni à aucune école de pensée (2) : c'est en soi une révolution scientifique.
(1) Pascal Jouxtel : Comment les systèmes pondent, une introduction à la mémétique (éditions Le Pommier, 333 pp., 24€)
(2) C'est le cas de Pascal Jouxtel qui est consultant en conduite du changement.
photo : DR
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