
L'expédition doit d'abord rejoindre en bateau la localité Kultuk, au sud de Listvianka, au bord du lac Baïkal, d'où elle commencera son périple sibérien pour l'achever fin mars sur la place Rouge, à Moscou. L'explorateur sera accompagné par des cameramen et photographes qui filmeront l'avancement de son aventure. Avant de chausser ses, raquettes, Nicolas Vanier a bien voulu répondre à nos questions.
TF1.fr : Cette expédition nécessite des conditions humaines et physiques importantes. Comment vous êtes-vous préparé ?
Nicolas Vanier : Il faut des conditions physiques importantes surtout pour les chiens. Je pense qu'il y a beaucoup de gens et surtout beaucoup de mushers qui seraient capable de faire ce que je vais faire cet hiver, par contre il y a peu de chiens qui sont capable de faire ça. Le plus grand exploit sera celui des chiens. Je coure 50 à 60 kilomètres par semaine mais c'est le mental qu'il faut surtout travailler. Il faut avoir l'envie et l'envie de me retrouver au bord du lac Baïkal avec mes chiens, je peux vous dire, que je l'ai !
TF1.fr : A travers cette aventure vous voulez une nouvelle fois sensibiliser l'opinion publique. Vous n'en êtes pas à votre premier coup d'essai et malgré vos efforts, nous n'arrivons pas à endiguer le processus de dégradation de notre Terre. Vous n'avez pas envie parfois de baisser les bras ?
NV : Surtout pas ! Je crois qu'il y a quand même des raisons d'être optimiste. Mais, j'ai de la tristesse parce qu'il y a des choses qui sont cassées pour toujours. Quand une espèce disparaît par exemple, elle ne peut pas revenir. Je suis en colère aussi. Le phénomène est grave surtout qu'il va aller en s'aggravant et on ne fait pas grand-chose. Je suis quand même enthousiaste parce que je sens, et je ne suis pas le seul, qu'il y a une vraie prise de conscience. Des paroles se sont transformées en actes. Je pars en Russie qui vient de sauver le protocole de Kyoto. C'est un petit début mais il faut un début à tout. La plupart des entreprises et même des politiques n'ont pas anticipé le mouvement qui est en train de se faire. Les constructeurs automobiles n'auraient jamais imaginé qu'il y aurait autant de commandes de voitures hybrides et écologiques. L'agriculture n'aurait jamais imaginé que le bio, aujourd'hui, connaîtrait un tel succès, etc... Mais je suis aussi enthousiaste à l'idée de vivre une période absolument fascinante où il va falloir véritablement changer. Je crois qu'on a fait de lourdes erreurs. Il n'y a pas de quoi être fier du demi-siècle qui vient de s'écouler. On va peut-être, démarrer un siècle dont pourra être fier. Il y a un véritable changement de mentalité qui doit être fait et j'espère qu'on va y arriver.
TF1.fr : Quel énième message aimeriez-vous faire passer pour que les hommes prennent soin de la planète bleue ?
NV : Je veux continuer à montrer la beauté des endroits visités. Je me suis rendu compte que le grand public imagine que ces lieux sont purs, totalement préservés de ce qui se passe actuellement alors que c'est l'inverse. Ce sont des milieux fragiles et fragilisés. Au travers de l'action pédagogique que l'on a montée autour du Dernier trappeur, je me suis aperçu que les gens étaient touchés lorsqu'on leur montrait concrètement les problèmes. Les notions de développement durable, de réchauffement climatique restent abstraites. Je peux montrer concrètement ce qui se passe déjà et dire que chaque mètre carré de neige du Grand Nord est touché. Je pense pouvoir toucher la conscience des gens et leur donner les moyens d'agir. Ce projet va permettre de donner des clés pour pouvoir de chez soi agir pour préserver la planète et surtout envoyer des signaux à ceux qui nous gouvernent. Les politiques et les industriels doivent aussi remonter leurs manches.
TF1.fr : Vous sillonnez la terre depuis plus de 20 ans, vous avez écrit plus de 20 livres et réalisé des films. Avez-vous encore des rêves, des envies, des projets ?
NV : Oui heureusement. Ce sera la dernière grande odyssée de ce type avec tout ce que ça implique de préparation, de médiatisation. Demain, mes grands projets sont plus tournés autour d'autres films et je vais essayer de m'impliquer davantage dans les années à venir auprès des enfants. Je crois qu'il y a énormément à faire de ce côté-là. Les enfants sont les premiers sensibilisés par ce qui se passe et seront les premières victimes...
TF1.fr : Qu'est-ce qui vous a donné envie de voyager, de protéger la terre et ses peuples ?
NV : J'ai toujours eu envie de voyager mais je ne sais pas pourquoi. L'envie de protéger la terre et ses peuples, c'est assez nouveau, ça date de quatre ou cinq ans. Pendant les vingt premières années de mes pérégrinations dans les pays " d'en haut ", je n'ai pas vu de choses qui pouvaient m'alarmer. Par contre depuis cinq ans, j'ai vu des dégradations concrètes qui m'ont fait mal et il m'est absolument impossible aujourd'hui de ne pas essayer de rendre à la nature tout ce qu'elle m'a donné pendant vingt ans.
Propos recueillis par Florence Loyal.
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