Les accoucheurs privés d'assurance

Par Par Matthieu DURAND, le 26 janvier 2006 à 17h15 , mis à jour le 26 janvier 2006 à 18h22

Une mutuelle des professions médicales a annoncé qu'elle n'assurerait plus les gynécologues et obstétriciens. Motif : le risque est trop élevé au regard des procès potentiels. Les accoucheurs en appellent au ministre de la Santé.

accouchement naissance gynécologue hôpital © INTERNE

"Qui aidera les femmes à accoucher demain ?". La question est posée jeudi par le Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (Syngof). Elle intervient après l'annonce, la veille, de la principale mutuelle des professions médicales (Le Sou médical) de ne plus assurer de nouveaux accoucheurs et de résilier tous les contrats d'assurance au 31 décembre 2006.

Directeur général du Sou médical, Nicolas Gombault justifie cette décision par trois arrêts prononcés mardi par  la Cour de Cassation. Celle-ci a reconnu mardi le droit de bénéficier d'une indemnisation pour des parents d'enfants dont le handicap n'avait pas été décelé par le corps médical. Une indemnisation qui leur était jusqu'à lors refusée par la loi Kouchner du 4 mars 2002. Cette même loi était destinée à mettre fin à la jurisprudence "Perruche" : le 17 novembre 2000, la Cour de cassation s'était déclarée favorable à l'indemnisation de Nicolas Perruche, né lourdement handicapé et qui n'avait pas fait l'objet d'une IVG thérapeutique car ce handicap n'avait pas été détecté par le corps médical.

240 dossiers en cours 

Les arrêts de mardi mettent ainsi la France en conformité avec une décision de la Cour de Justice européenne, favorable à la jurisprudence Perruche. "Même si la décision de la Cour de Cassation ne porte pas sur de nouvelles affaires [postérieures au vote de la loi Kouchner, NDLR], indique Nicolas Gombault à tf1.fr, la répercussion économique potentielle est considérable." La mutuelle professionnelle "a fait les comptes", précise-t-il : "Nous avons 240 dossiers en cours [de demande d'indemnisations, NDLR], potentiellement concernés". Chaque dossier représente entre 3 et 5 millions d'euros d'indemnisations, souligne encore le directeur général du Sou médical

Prise en charge transférée

300 à 400 obstétriciens libéraux sont ainsi concernés par la décision du Sou médical. Or, sans assurance, ces derniers ne peuvent exercer. "Seuls deux organismes acceptent encore de nous assurer", explique à tf1.fr le docteur Guy-Marie Cousin, président du Syngof. "Si cela continue, on va se retrouver comme dans certains Etats des Etats-Unis, où il n'y a plus d'accoucheurs privés" pour des raisons d'assurance, note-t-il. "Peut-être que la solution consiste à ne garder qu'une obstétrique publique, avance-t-il, mais dans ce cas, il faut rapidement construire des maternités hospitalières."

Une autre solution a les faveurs du Dr. Cousin : extraire du risque de l'assurance classique des accoucheurs les "sinistres les plus lourds", comme les cas d'enfants dont le handicap n'a pas été diagnostiqué avant la naissance, à partir du moment où "il n'y a pas faute grave ou que l'on ne peut pas imputer la responsabilité du handicap à l'équipe médicale". Pour autant, précise le spécialiste, pas question de faire porter le coût de ces indemnisations à l'ensemble des Français. L'idée serait de transférer cette prise en charge à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (Oniam), créé en 2002. Les familles concernés pourraient ainsi recevoir leurs indemnisations plus rapidement, sans que cela empêche l'Oniam de se retourner ensuite vers l'établissement ou le professionnel mis en cause.

Accoucheurs, chirurgiens et anesthésistes, confrontés au même problème d'assurance, militent pour cette solution. Le Sou médical aussi d'ailleurs. Mais depuis 2002, la volonté politique fait défaut, pointe Guy-Marie Cousin, car "il faut trouver une enveloppe financière dans l'Assurance maladie et la transférer à l'Oniam". Le Syngof en appelle donc au ministre de la Santé. Et dans l'attente d'une réponse, le syndicat incite ses adhérents, "écœurés d'être lâchés en premier lieu par leur mutuelle professionnelle", à résilier immédiatement leurs contrats en cours au Sou médical. Commentaire de Nicolas Gombault, directeur général de la mutuelle : "Quand un obstétricien résilie son contrat, il nous fait gagner de l'argent".


Par Par Matthieu DURAND le 26 janvier 2006 à 17:15
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Sciences
  

4 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Philippe, le 27/01/2006 à 15h31

    Ils gagnent bien leur vie moi je n'ai sais rien je n'ai pas leur fiche de paie sous les yeux mais je me doute bien que ce doit être une activité rentable. Enfin quand on fait 10 ans d'études et qu'on bosse 60h par semaine en ayant de telles responsabilités on a bien le droit de toucher plus que celui qui est aux 35h à BAC-2. Mais où va t'on ma femme est enceinte de 4 mois et notre obstétricien est dans une clinique... Il va falloir que ma femme aille accoucher en belgique si je comprends bien ? Drôle de monde dans lequel on vit, l'argent prend le dessus sur la raison manifestement. Qu'a t'on besoin de payer 5 millions d'euros pour un enfant qui nait handicapé aussi... Une ferrari va arranger l'état de santé du petit ?Triste époque.

  • EDP, le 27/01/2006 à 14h12

    A Patrick. Les gynécos gagnent peut-etre bien leur vie mais pas plus que les assureurs qui eux prennent beaucoup moins de risques. A choisir, je prefère défendre les professions médicales que les financiers...

  • Patrick, le 27/01/2006 à 08h00

    Bonjour tout professionel se doit d'etre assure il n'ons qu'a se tourner vers l'etranger pour en trouver une mais seulement ses monsieurs qiu gagnent bien leur vie refusent de oayer le prix

  • L'Ami ZANTROP, le 26/01/2006 à 21h48

    Messieurs les maïeuticiens,vous croyiez donc que les assureurs étaient des philanthropes?Ne résiliez pas vos contrats d'assurance professionnelle puisque vous leur rendriez service,mais plutôt tous vos contrats annexes et connexes,c'est à dire vos cabinets,vos véhicules professionnels,et débarrassez-vous des produits financiers souscrits auprès d'eux,après moult harcèlement commercial. Peut-être que la solution serait d'arrêter le suivi des grossesses et seulement d'accoucher les parturientes,sans péridurale? Déjà que la FRANCE est le seul pays où l'on paye pour travailler-ce qui est contraire à notre constitution-puisque,grace à la CMU,l'AME...lorsque vous touchez des honoraires,ce n'est que récupération de vos contributions sociales(c'est vous qui payez les cotisations sociales qui permettent que vos actes soient pris en charge). Réflechissez et puis votez,vous saurez qui est le maillon faible!

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience