Chikungunya : "Nous devons souffrir en silence"

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 31 janvier 2006 à 07h00 , mis à jour le 31 janvier 2006 à 12h08

Alors que l'épidémie de Chikungunya bat son plein à La Réunion, de nombreux internautes nous ont apporté leur témoignage. Colère, souffrance, incompréhension caractérisent quelques-uns de ces messages sélectionnés par TF1.FR.

La Réunion : une épidémie qui affaiblit de nombreuses personnes

Cyril, St-Joseph (La Réunion)

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"J'ai été piqué par un moustique porteur du virus en assistant un ami sur Le Grand raid [une course locale de montagne, NDLR], vers le 21-22 octobre. La maladie était présente sur l'île depuis mars mais on commençait seulement à en parler dans les médias locaux. Je n'avais pas mis de crème anti-moustique, le Sud de La Réunion n'était pas touché. Les premiers symptômes sont apparus cinq jours plus tard : une très grosse fièvre pendant six jours, des douleurs aux muscles et aux articulations, j'avais des difficultés pour me lever. J'ai pensé rapidement au Chikungunya, le médecin aussi et cela a été confirmé après une sérologie. J'ai été arrêté deux semaines, j'en ai passé une au lit. Au début, j'ai été traité au paracétamol puis aux anti-inflammatoires pendant deux mois.

Depuis, j'ai des rechutes régulières. J'ai été récemment bloqué du dos pendant deux jours, j'ai aussi de grosses fatigues. J'étais en métropole pour les vacances de Noël, je suis allé voir un médecin pour faire renouveler mon ordonnance. Il était au courant de la maladie, cela m'a surpris. Chez certaines personnes, la maladie est passée très vite mais j'en connais d'autres qui sont toujours malades depuis six mois.

"Pas une seule famille
qui n'ait pas un
membre touché"
La rentrée scolaire devait avoir lieu ce lundi [Cyril est professeur, NDLR] mais elle a été repoussée à lundi prochain afin de permettre la démoustication de tous les établissements. Ici, on se dit que si on avait pris cette mesure plus tôt, l'épidémie n'aurait pas eu la même ampleur. Beaucoup de personnes pensent que l'épidémie s'arrêtera quand tout le monde aura été malade ! Je ne connais pas une seule famille qui n'ait pas un membre touché. Le problème va devenir surtout économique : beaucoup de petites entreprises sont privées de salariés, malades. On craint aussi que les touristes ne changent de destination."

Jean-David, Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine)

"Avec ma femme et mes deux enfants, nous sommes partis quinze jours en vacances à La Réunion pendant les vacances de Noël. Nous ne savions pas qu'il y avait une épidémie. Pour notre première visite, nous sommes allés voir des cascades. Au départ du chemin qui menait au site, nous avons croisé un homme très gentil qui nous a dit : "Chikungunya". On lui a répondu : "Pardon ?". Puis il nous a demandé si nous avions mis du produit anti-moustique. Mon épouse, qui est médecin, s'est entretenue un instant avec lui puis elle nous a dit : "On retourne à l'hôtel". On a passé le reste du séjour à la plage de l'hôtel, à St-Gilles, une zone épargnée par l'épidémie. Zéro randonnée, zéro excursion alors qu'on avait loué une voiture pour deux semaines.

Tous les jours, on se protégeait contre les moustiques. On a quand même été piqué, même à notre retour en métropole. Ce qui nous a surpris, c'est le décalage entre la métropole et La Réunion : là-bas, cela faisait la Une de tous les journaux ; ici, on en entendait pas parler. Je peux comprendre que les Réunionnais soient en colère : à Maurice, l'île voisine, l'épidémie a été éradiquée en deux mois. C'est d'ailleurs notre destination pour les vacances de février. Nous nous sommes renseignés, on y va sans appréhension."

Murielle, Paris

"Nous autres Réunionnais,
sous-Français, compterons
bientôt nos morts..."

"Mon grand-père souffrait d'une leucémie mais il lui restait quelques mois à vivre. C'était sans compter sur le "chik", comme on l'appelle là-bas. "Chik" qui lui a donné plus de 40 de fièvre, l'a fait hospitaliser avec des douleurs atroces. Et bien ce matin, il a rendu l'âme. Qu'est-ce que le décès d'un petit Réunionnais pour le gouvernement français qui était alerté depuis mai de la catastrophe qui pointait son nez ? (...) A chacun de prendre ses précautions ? Quand les pharmacies sont en rupture de stock d'anti-moustiques, facile à dire. (...) Nous autres Réunionnais, sous-Français, compterons bientôt nos morts, nos paralysés, nos bébés nés avec une encéphalite (beau départ dans la vie), et nous nous souviendrons que ce gouvernement, prévenu depuis mai, a préféré fermer les yeux et attendre de se débarrasser des plus faibles. (...) Une Réunionnaise = sous-Française en colère."

Marie-Thérèse, La Londe (Var)

"Je me suis rendu récemment à La Réunion pour découvrir une partie de ma famille dévastée par ce virus qui sévit là-bas, et dont personne ne parle en métropole. Je suis restée au côté de ces gens souffrant chaque jour dans l'indifférence, et je suis offusquée de voir ceci, dans un pays qui aide les autres mais ne voit même pas quand un de ses départements est en danger. Loin des yeux, loin du cœur ?"

Hervé, La Possession (La Réunion)

"Sans constater de panique de la population, j'ai pu remarquer aujourd'hui qu'il n'y a plus un flacon de spray, ni de serpentins anti-moustiques disponibles dans les grandes surfaces. La saison des pluies bat son plein et une dépression tropicale nous arrose copieusement, rinçant ainsi quasi immédiatement l'insecticide répandu par les autorités. Elle ne semble pas vouloir évoluer en cyclone hélas, ce qui aurait au moins permis de chasser ce moustique. Quant aux moyens mis en oeuvre, ils sont assez artisanaux et dépendent de la bonne volonté des habitants à autoriser les équipes de traitement à pénétrer dans leur jardin. Par conséquent, il suffit qu'un seul domicile refuse le traitement pour qu'il risque de contaminer de nouveau tout un quartier dans un rayon de 200m (zone de vol usuelle du moustique).

"La population garde
une attitude attentiste"
On peut reprocher aux autorités leur manque de réalisme quant aux quantités de malades estimées initialement, mais on ne doit pas oublier non plus que depuis huit mois, ces mêmes autorités ont diffusé plusieurs campagnes de presse pour inviter les habitants à nettoyer leurs jardins et leurs cours afin d'éliminer les gîtes larvaires, autrement dit tout objet susceptible de garder l'eau stagnante. Ce fut un échec total. Les carcasses de voiture, pneus usés et autres macro détritus pullulent à La Réunion et n'ont pas été retirés par leurs propriétaires. L'Etat ne peut être la Providence lorsque la population ne se sent pas le moins du monde concernée par la lutte et garde une attitude attentiste. Les Réunionnais sont en partie responsables de ce qui arrive."

Emmanuel, St-Pierre (La Réunion)

"Depuis le milieu de l'année dernière, notre île est atteinte par un virus qui rodait depuis longtemps dans la zone. Au début, cela avait l'air anodin, quelques cas... les humoristes en faisaient même des blagues. Au début le l'épidémie, selon les responsables de la DRASS (direction locale de la santé), le virus ne survivrait pas pendant l'hiver austral. Donc aucun moyen de lutte n'a été mis en œuvre. Puis avec le nombre croissant de malades et leur mobilisation, les choses ont enfin bougé. Heureusement, sinon cela aurait été une émeute.

J'ai présenté les symptômes de la maladie le 19 janvier. Cela a débuté par de fortes douleurs au niveau des genoux puis à l'ensemble des articulations. Le summum, ce fut la fièvre : pour moi, elle s'est limitée à 40° ; mon petit garçon, lui, a 40,8° et ma grand-mère 42°. En deux semaines, toute la famille y est passée (...) Beaucoup de monde est laissé sur le carreau par les autorités. Nous devons souffrir en silence."

photo : TF1

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 31 janvier 2006 à 07:00
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15 Commentaires

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  • Aurelie, le 04/02/2006 à 01h56

    Pour regis de paris, vous avez raison de ne pas vouloir venir a la raunion, nous n'avons pas besoin de personnes commes vous. deja vous dites une betise quand vous dites que ce virus n'est pas mortel. deuxiement, vous n'avez pas l'air d'un scientifique vu la qualité de vos propos. Vous ne savez pas ce que c'est, et pire vous parlez de quelque chose dont vous ignorez tout. Alors la prochaine fois, gardez vous de faire des commentaires aussi stupides et infondés.

  • Lechat jacky, le 02/02/2006 à 06h12

    Le chik , je l'ai chopé depuis le mois de juin 2005 mais mème mon médecin traitant n'avait pu le diagnostiquer à l'époque, il a fallu attendre le résultat des analyses sanguins éffectuées en métropole pour que celui çi découvre le mot chikungunia, et finisse par me dire " désolé mais il n'existe pas de remède" et pour me soulager depuis cette date je suis jusqu'à ce jour sous "corticoïdes" et quand on sait que ce genre de médicament est un danger je vous laisse imaginer mon état d'ame. Quand je pense qu'on est capable aujourd'hui d'envoyer des hommes sur la lune et que la science n'arrive pas à vaincre un petit moustique, permettez moi de douter de tous ces grands hommes qui soit-disant font des recherches avec notre fric, mais n'arrivent toujours pas à guérir une simple piqure, svp messieurs changez de métier...

  • Laurent, le 01/02/2006 à 18h02

    TOURISTES : NE VENEZ PAS DANS L'OCEAN INDIEN et surtout a la Reunion . Ici c'est le branle-bas de combat pour eradiquer les moustiques mais en pleine saison des pluies la guerre est a l'evidence perdue d'avance et on va tous y passer ....

  • Regis, le 01/02/2006 à 14h40

    C'est un virus penible, ok, mais il n'est pas mortel... et pour stopper l'epidemie, il faudrait detruire les moustiques et de toute facon le virus reviendrait... donc bon courage aux reunionnais, moi je n'irai jamais là bas, pas envie d'etre cloué au lit pour louper mes congés...

  • Fred, le 01/02/2006 à 14h39

    Pour patrick de Nice. Tu devrais vérifier l histoire de la reunion avant de parler. A la reunion tous le monde ce sent francais; il n' y a pas d'independentiste. Et ils ne critiquent pas la france mais le gouvernemnt francais car ils sont deja en france.

  • Kareen, le 01/02/2006 à 02h02

    Toute ma compassion aux habitants de la Réunion. Beaucoup de pitié aussi pour Patrick de Nice dont les propos, d'une insipidité confondante, ne reflètent heureusement pas la mentalité des Francais. Un petit cours d'Histoire lui fera le plus grand bien.

  • Marie brayelle, le 31/01/2006 à 19h10

    Je suis surprise qu'en france il y a eu branle bas combat pour la grippe aviaire et toutes les dépenses faites avant l'arrivée de l'épidémie...je ne le conteste pas la prévention évite les catastrophes...mais je suis aussi désolée de voir que cette prévention à une frontière et que pour les Doms rien n'est fait,qu'on attend 5000 cas par semaine pour agir, et on nous parle après ça du déficit de la sécu, qui va payer la note, que fait on de ses entreprises au bord de la faillite faute de personnel...qu'on fait tous ses bureaucrates de la DDASS et du ministère de la santé. Encore un qui va dire ce n'est pas sa faute je l'avais prévenu, on ne m'a pas donné le budget pour..tant qu'aux journalistes il faut que ça fasse la une et que ça rapporte à l'audimate pour en parler la grippe aviaire ils nous ont envahi d'infos avant noel, il y a eu l'afollement pour la vente du poulet de bresse, chapon et peut etre pression gouvernementale, et par miracle plus de grippe avière aux infos, ça fait du tort...alor pour la Réunion c'est pareil il faut que l'économie soit à terre pour avour une réaction de la part de notre gouvernement. Je demande la démision et la mis en examens des réponsables. c'est scandaleux

  • Christine, le 31/01/2006 à 18h09

    Après avoir consulté le N° vert mis en service au sujet du chikungunya (0800 110 000) on me dit que chacun doit prendre ses responsabilités et qu'il faut attendre que Monsieur le Ministre actuellement sur place, fasse un décret et classe la Réunion en catastrophe sanitaire pour que les agences nous empêche d'aller sur place et puisse nous rembourser. Conclusion : si vous avez réservé des billets, l'état vous déconseille vivement de vous rendre à la Réunion, mais vous ne serez pas indemnisé. Que si l'état ose prendre ses responsabilités!!!!! Que penser du comportement de Xavier Bertrand, ministre de la santé et du gouvernement? Il faudrait leur ouvrir rapidement les yeux sur la réelle situation, les risques... Ma soeur vit sur place, elle vient d'être gravement touchée et me déconseille de venir avec ma fille, les conséquences de ctte maladie sont trop mal connues. Christine de Meaux

  • Sandie, le 31/01/2006 à 17h58

    La réaction de Patrick de Nice m'indigne la colonnisation est un fait historique, le rejeter revenait à le dénigrer. Aujourd'hui on parle de gens qui souffrent et qui ont les mêmes droits qu'en métropole. Est-il nécessaire de préciser que la Réunion est un département au même titre que les Alpes Maritimes. Trouverez vous normal que des gens de votre région souffrent sans que l'on s'en préoccupe? Je ne le pense pas. Alors veuillez respecter le témoignage de gens qui sont touchés par la maladie et faites preuve de compasion au lieu de nous faire par de vos sarcasmes.

  • Isabelle, le 31/01/2006 à 14h21

    Ma belle soeur habute a mayotte..ou semble t il la maladie arrive a peine...or elle a ete atteinte ainsi que mon neveu pendant les vacnaces de toussaint (2005)....sans avoir quitte l ile.. courage a tous les malades car a ses dires c est terrible..douleurs fatigues etc!!!!!beaucoup de temps a s en remettre...

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