© INTERNELe vaisseau amiral de la recherche publique française tangue. Après une démission, un limogeage et une nomination, la direction du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a été profondément modifiée en moins d'une semaine. Au cœur de ces mouvements, la réorganisation de l'établissement sur fond de débat sur la recherche en France.
"Réticulation" ou "évolution"
La physicienne Catherine Bréchignac, 49 ans, a été nommée mercredi présidente du CNRS. Ancienne directrice générale de cet organisme de 1997 à 2000, elle remplace Bernard Meunier, qui a démissionné vendredi dernier. Ce dernier, en place à ce poste depuis le 20 octobre 2004, a déploré dans une lettre une "réticulation administrative excessive (qui) ne semble pas la meilleure manière de répondre aux défis scientifiques qui attendent notre établissement". En clair : il dénonçait la lourdeur administrative qu'allait susciter la réorganisation interne menée par Bernard Larrouturou, directeur général du CNRS depuis juillet 2003.
Présentant cette réforme au printemps dernier, Bernard Larrouturou avait affirmé que le "projet d'évolution" du CNRS "allait beaucoup plus loin qu'un changement d'organisation d'établissement" et passerait par une fermeture de laboratoires, "l'abandon éventuel de certaines activités" de recherche et un partenariat fort avec les universités. Cette réorganisation, qui doit être "pleinement opérationnelle début 2006", prévoit notamment que se substitueront aux huit départements actuels, quatre départements scientifiques (Mathématiques, informatique, physique, planète et univers ; Chimie ; Vivant ; Homme et Société) et deux départements transversaux (Environnement et développement durable ; Ingénierie).
"Solidarité" et "indignation"
Le départ de Bernard Meunier semblait annoncer celui de Bernard Larrouturou. Confirmation ce mercredi par François Goulard, ministre délégué à la Recherche : "Nous nommerons prochainement un directeur général qui aura une identité de vue avec la présidente". "Nous devrons faire évoluer le statut du CNRS pour que les dissensions comme celles qui ont existé entre le président et le directeur général ne se renouvellent pas", a expliqué le ministre.
En réaction, "les membres de l'équipe de direction du CNRS" ont affirmé être "solidaires de l'action menée par Bernard Larrouturou" dans une lettre au Président de la République et au gouvernement. Les signataires "s'indignent de l'interruption brutale annoncée du mandat du directeur général et l'analysent comme une remise en cause de la réforme déjà fortement engagée". Ils rappellent que cette réforme "a été approuvée par le Comité technique paritaire des personnels, par le Conseil scientifique, par le Conseil d'administration du CNRS le 19 mai 2005 et soutenue par le ministère de tutelle". De son côté, Sauvons la Recherche, à l'origine du mouvement des chercheurs en 2004, estime qu'il y a "dans ce limogeage la même logique que dans ‘le pacte pour la recherche' [le projet de loi sur la recherche, NDLR] : la défiance vis-à-vis des institutions scientifiques et des chercheurs".
D'après AFP
photo : DR
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