© AFPTf1.fr : Entre 1995 et 1996, la France a procédé, sous les huées de la communauté internationale, à sa dernière campagne d'essais nucléaires dans les atolls de Mururoa et Fangataufa, en Polynésie. En quoi ces derniers essais étaient-ils si importants ?
Didier Besnard : Pour répondre à cette question, il faut revenir aux fondamentaux de l'établissement du programme Simulation. Tant que nous avions des essais, nous avions un processus de conception et de validation des armes, au fur et à mesure que nous les mettions au point. Quand le Président de la République Jacques Chirac a décidé la fin des essais nucléaires, il a aussi dit que la pérennité de la dissuasion restait au cœur de notre Défense. Il l'a encore répété la semaine dernière lors de son discours à l'île Longue. Le problème, à l'époque, est que pour lancer un programme de Simulation qui nous permette d'assurer le renouvellement des armes sans procéder à des essais réels, il nous fallait une référence expérimentale. Une référence qui soit plus robuste que celles que nous avions, c'est-à-dire qui soit peu sensible aux évolutions technologiques des armes. C'est ce que nous avons testé en 1995 et 1996. C'est pour cela que c'était aussi important. Sans cette référence, nous ne pourrions pas, aujourd'hui, assurer le renouvellement de nos armes nucléaires dont la durée de vie est de l'ordre de 20 ans, en en garantissant la fiabilité et la sûreté.
Tf1.fr : Le programme Simulation a été lancé il y a maintenant dix ans. Où en est-il ?
D.B. : L'objectif du programme Simulation est de reproduire par le calcul le fonctionnement d'une arme nucléaire. Pour le mettre en œuvre nous avons besoin de trois outils. D'abord de logiciels de calculs très puissants. En décembre 2005, la Direction des applications militaires du CEA a reçu le TERA-10. Ce supercalculateur, capable d'effectuer 50 000 milliards d'opérations à la seconde, est le plus puissant d'Europe. Dans cinq ans, il sera remplacé par un calculateur encore plus puissant. 
Didier Besnard
Ces calculs doivent ensuite pouvoir être validés sur le plan expérimental. C'est à cela que servent les deux autres outils. Le premier, l'Airix, inauguré en 2000, est une grande machine radiographique à rayon X qui permet de valider les différents modèles relatifs au début du fonctionnement de l'arme, dans sa phase pyrotechnique. Le second et plus connu, le laser Mégajoule, implanté près de Bordeaux, permettra, à partir de sa mise en fonctionnement début 2011, de reproduire en laboratoire les conditions de température et de pression d'une explosion nucléaire, phase finale du fonctionnement de l'arme. Les premières expériences de fusion auront lieu fin 2012.
tf1.fr : Ces outils de simulation pourraient-ils servir à fabriquer une nouvelle génération d'arme ?
D.B. : Le programme Simulation repose sur les essais nucléaires souterrains de 1995-1996, nous donnant la référence expérimentale robuste sur laquelle sont basées nos armes en renouvellement. Les outils du programme Simulation sont là pour valider les écarts par rapport à cette référence, lors de l'opération de militarisation. Ceci ne changera pas dans le futur.
tf1.fr : Combien coûte ce programme Simulation et combien de personnes mobilise-t-il?
D.B. : En condition économique 2005, cela représente environ 5,5 milliards d'euros sur les 15 ans de la durée du programme. Un millier de personnes travaillent directement sur la simulation. Ce qui est rassurant pour nous, c'est que depuis le début tout se déroule comme prévu. A la fin du programme, la France pourra assurer la garantie de fiabilité et de sûreté de nos armes nucléaires sans nouveaux essais, aussi longtemps que nécessaire.
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