La vanille, nouvel espoir pour soigner les grands prématurés

Par afp, le 14 janvier 2006 à 10h30 , mis à jour le 14 janvier 2006 à 15h16

Les prématurés réagissent aux odeurs. Selon une étude du CNRS, la vanille les détend et les aide à respirer. Sa diffusion dans les couveuses a permis de diminuer de 36% toutes les apnées des prématurés et de 46% les plus dangereuses.

bébé nourrisson © TF1

Des effluves sucrés de vanille se répandent dans la couveuse : bébé suçote, fait mine de mâchonner, de se lécher les lèvres, et même de tendre la bouche pour "saisir" l'odeur. Il aime, manifestement, et son bien-être se mesure à la détente de son corps et à sa respiration aisée. C'est l'une des découvertes d'une étude conduite par le CNRS et menée au sein du Centre hospitalier universitaire de Hautepierre, à Strasbourg, qui ouvre  la voie à des applicationsthérapeutiques très nouvelles. Car ce bébé aux anges, dans la couveuse odorisée, est un grand prématuré,  âgé de 26 semaines, un âge où l'une des principales préoccupations des pédiatres est l'apnée dite centrale, une pause répétitive dans la respiration causée par l'immaturité des centres nerveux respiratoires, explique le professeur Jean  Messer, néonatalogiste.

Impact physiologique 

Les prématurés détectent les odeurs, ils peuvent les différencier et ils expriment leurs préférences et leurs dégoûts par des mimiques, a découvert Luc Marlier, chercheur au laboratoire de Physiologie appliquée du CNRS, et directeur de l'étude menée de fin 1999 à 2004 à Hautepierre avec un pédiatre, le docteur Christophe Gaugler, et le Pr Messer. Ces thèmes n'avaient fait jusqu'alors l'objet que d'études rares et disparates. Un bébé soumis à une mauvaise odeur, comme le beurre rance, détourne la tête, grimace et s'agite. C'est tout le contraire pour un bébé baignant dans un parfum de vanille.

Mais ce que l'étude a mis en évidence de particulièrement novateur est l'impact physiologique des odeurs, bonnes ou mauvaises, sur la respiration des prématurés. Quand se répand une mauvaise odeur, la respiration du bébé ralentit, alors qu'elle s'accélère dans une odeur de vanille, selon Luc Marlier. L'odeur de vanille a permis de diminuer de 20 à 82% le nombre des apnées  selon les bébés, ce qui représente une diminution moyenne de 36% de toutes les  apnées des prématurés et de 46% des plus dangereuses (celles entraînant  conjointement un ralentissement du rythme cardiaque). Ces expériences ont été pratiquées sur des prématurés qui recevaient des  médicaments à base de caféine, le seul traitement connu et appliqué, mais pas toujours efficace, contre les apnées depuis 30 ans, souligne le Pr Messer. "Or ces médicaments ont des effets secondaires non négligeables :  accélération du rythme cardiaque, troubles digestifs, diminution de la  circulation sanguine cérébrale, perturbation du sommeil", énumère le pédiatre.

Nouveaux axes de recherche

De nombreuses questions restent encore sans réponse et l'équipe tente notamment de déterminer si l'effet physiologique de la vanille pourrait être obtenu avec d'autres odeurs agréables et si un traitement par vanille permettrait de réduire, voire de remplacer les traitements médicamenteux existants, selon le chercheur. La sensibilité olfactive découverte chez les prématurés aura aussi un impact immense sur leur environnement immédiat, avec en premier lieu la recherche de  produits désinfectants moins agressifs et moins désagréables pour les tout-petits.

Par afp le 14 janvier 2006 à 10:30
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