
Francis Schaffner est responsable du service Entomologie à l'Entente interdépartementale pour la démoustication (EID-Méditerranée). Il se veut rassurant sur le risque d'une épidémie de chikungunya en métropole.
Est-il vrai que l'Aedes albopictus, le moustique potentiellement vecteur du chikungunya, est présent en France métropolitaine ?
Francis Schaffner : Oui. Ce moustique a une propension à s'étendre partout dans le monde. Il est présent depuis 1990 en Italie et à Barcelone depuis deux ans. Outre les départements d'Outre-mer, une surveillance a été mise en place en métropole en 1999 sous l'égide de la direction générale de la Santé (DGS). L'Aedes voyage via le transport de pneus usagés ; on l'a retrouvé dans cinq sites d'importateurs : deux dans l'Orne, un dans la Vienne, un dans le Val d'Oise et un en Seine-et-Marne. L'Aedes peut aussi se retrouver dans les boutures de plantes comme la canne de Chine, appelée également "Lucky bambous". Il peut aussi voyager dans les véhicules. C'est ainsi que quelques spécimens ont été identifiés en Corse, dans un village de vacances, en 2002, mais il n'y a pas eu d'installation de l'espèce. En revanche, depuis 2005, il prolifère entre Nice et Menton. Pendant l'hiver, les adultes meurent tandis que les œufs sont en diapose, c'est-à-dire qu'ils survivent en se mettant en dormance. Ils écloront en mars-avril prochain.
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F. S. : Il faut que le virus soit présent, qu'il y ait des moustiques et des hôtes virémiques, animaux ou hommes. Ensuite, il faut que le moustique soit actif, c'est-à-dire adulte et femelle, qu'il pique un hôte virémique, que le virus se multiplie dans le moustique, qu'il traverse son tube digestif et se retrouve dans ses glandes salivaires et, enfin, qu'il soit réinjecté chez une autre personne. Pour qu'il y ait épidémie, il faut beaucoup de moustiques et beaucoup d'hôtes. Et la fenêtre pendant lequel une personne est un hôte virémique avant de devenir malade n'est que de quelques jours. Le risque d'épidémie en métropole est donc quasi-nul.
Avec l'épidémie de Chikungunya à La Réunion, la surveillance a-t-elle été renforcée en métropole ?
F. S. : Oui, davantage de pièges pondoirs [dans lesquels les moustiques viennent pondre, NDLR] seront installés. La démoustication en tant que telle dépend en revanche des collectivités territoriales. La première chose à faire, c'est de supprimer les petits récipients et les eaux stagnantes autour des maisons. Les services sanitaires sont alertés de toute façon mais c'est le même schéma pour le risque d'épidémie du West Nile virus ou du paludisme.
photo : archives TF1
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