
"Le remède pire que le mal", proclamait une des banderoles brandies mercredi par un "collectif de citoyens respectueux" devant la préfecture de La Réunion. Les manifestants, composés notamment d'écologistes, d'altermondialistes, d'apiculteurs et d'agriculteurs de l'île "exigent l'arrêt immédiat du traitement chimique [contre les moustiques porteurs du Chikungunya] au profit de la lutte biologique", selon le Journal de l'Ile de la Réunion (JIR). Parmi les personnes présentes — "un peu moins d'une centaine", a rapporté le JIR —, certaines évoquent la découverte d'animaux (lézards, caméléons, tortues, oiseaux...) retrouvés morts ; d'autres expriment leurs craintes pour la flore. Des inquiétudes évoquées également par quelques internautes de TF1.fr sur place.
Directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), Vincent Robert est spécialiste du paludisme et des maladies transmises par les moustiques. Il se veut rassurant.
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Vincent Robert : Je ne suis pas du tout inquiet d'un éventuel emploi erroné des insecticides. Une bavure est toujours possible mais pas au point de mettre en danger la santé de la population. Maintenant, utiliser des insecticides à grande échelle comme on le fait actuellement à la Réunion signifie qu'outre les moustiques porteurs du Chikungunya, d'autres insectes seront tués. Quant à d'autres animaux, je ne sais pas. Attention, je ne dis pas que les gens mentent mais il faut être sûr que ces animaux morts sont liés à la désinsectisation.
tf1.fr : En quoi consiste cette démoustication ?
V. R. : Contre le chikungunya, la lutte antivectorielle [contre les moustiques porteurs de la maladie, NDLR] est la seule chose à faire. Le moustique en question, l'aedes albopictus, est redoutable par sa biologie. Il est extrêmement envahissant. Il voyage souvent à l'état d'œufs dans les pneus. On peut réduire la densité de sa population mais on ne peut pas l'éradiquer. Au cours de sa vie, qui dure environ un mois, la femelle pond 1.000 œufs. Les larves vivent dans l'eau puis se transforment en adultes au bout de dix jours.
Les œufs et les larves se trouvent dans des petits gîtes bien cachés : trous de rochers, creux d'arbres, pots de fleurs... partout où il y a collection d'eau. Pour détruire les larves, un insecticide de type organophosphoré est utilisé. Selon l'Institut national de veille sanitaire (INVS), il sera bientôt remplacé par le Bacillus thuringiensis israeliensis, d'origine biologique. Ce dernier offre l'avantage de ne s'attaquer qu'aux larves de l'aedes albopictus. Contre les moustiques adultes, on utilise un insecticide à base de pyréthrinoïdes. Quand ces produits sont utilisés correctement, il n'y a pas de problème ! Je constate qu'il n'y a pas d'épandage par avion et c'est rassurant car ce n'est pas efficace.
tf1.fr : Comment expliquez-vous une telle épidémie ?
V. R. : Ce qui se passe à la Réunion interpelle tout le monde. 200.000 de nos Français sont dans un endroit où il y avait tout ce qu'il fallait pour qu'une épidémie se propage. L'île est très peuplée et largement déboisée. L'éradication du paludisme a fait baisser les précautions prises contre les moustiques. C'est normal, tout responsable politique se serait fait avoir : les priorités sont celles du moment. Le virus est connu en Afrique mais le fait nouveau, à la Réunion, c'est que les symptômes peuvent durer des semaines et des semaines. Sur 100.000 cas, il y aura forcément des morts associées à la maladie mais le chikungunya [en tant que tel] ne tue pas.
Photo d'ouverture : campagne de démoustication - archives
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