Chikungunya : quand la démoustication inquiète

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 17 février 2006 à 07h00 , mis à jour le 16 février 2006 à 21h57

A la Réunion, frappée par l'épidémie de chikungunya, des voix s'inquiètent de l'impact de la campagne de désinsectisation sur la population et l'environnement. Vincent Robert, chercheur à l'IRD, se veut rassurant.

Epidémie de chikungunya à La Réunion

"Le remède pire que le mal", proclamait une des banderoles brandies mercredi par un "collectif de citoyens respectueux" devant la préfecture de La Réunion. Les manifestants, composés notamment d'écologistes, d'altermondialistes, d'apiculteurs et d'agriculteurs de l'île "exigent l'arrêt immédiat du traitement chimique [contre les moustiques porteurs du Chikungunya] au profit de la lutte biologique", selon le Journal de l'Ile de la Réunion (JIR). Parmi les personnes présentes — "un peu moins d'une centaine", a rapporté le JIR —, certaines évoquent la découverte d'animaux (lézards, caméléons, tortues, oiseaux...) retrouvés morts ; d'autres expriment leurs craintes pour la flore. Des inquiétudes évoquées également par quelques internautes de TF1.fr sur place.

Directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), Vincent Robert est spécialiste du paludisme et des maladies transmises par les moustiques. Il se veut rassurant.

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tf1.fr : La démoustication en cours à la Réunion est-elle dangereuse, comme l'affirment certains Réunionnais ?

Vincent Robert : Je ne suis pas du tout inquiet d'un éventuel emploi erroné des insecticides. Une bavure est toujours possible mais pas au point de mettre en danger la santé de la population. Maintenant, utiliser des insecticides à grande échelle comme on le fait actuellement à la Réunion signifie qu'outre les moustiques porteurs du Chikungunya, d'autres insectes seront tués. Quant à d'autres animaux, je ne sais pas. Attention, je ne dis pas que les gens mentent mais il faut être sûr que ces animaux morts sont liés à la désinsectisation.

tf1.fr : En quoi consiste cette démoustication ?

V. R. : Contre le chikungunya, la lutte antivectorielle [contre les moustiques porteurs de la maladie, NDLR] est la seule chose à faire. Le moustique en question, l'aedes albopictus, est redoutable par sa biologie. Il est extrêmement envahissant. Il voyage souvent à l'état d'œufs dans les pneus. On peut réduire la densité de sa population mais on ne peut pas l'éradiquer. Au cours de sa vie, qui dure environ un mois, la femelle pond 1.000 œufs. Les larves vivent dans l'eau puis se transforment en adultes au bout de dix jours.

Les œufs et les larves se trouvent dans des petits gîtes bien cachés : trous de rochers, creux d'arbres, pots de fleurs... partout où il y a collection d'eau. Pour détruire les larves, un insecticide de type organophosphoré est utilisé. Selon l'Institut national de veille sanitaire (INVS), il sera bientôt remplacé par le Bacillus thuringiensis israeliensis, d'origine biologique. Ce dernier offre l'avantage de ne s'attaquer qu'aux larves de l'aedes albopictus. Contre les moustiques adultes, on utilise un insecticide à base de pyréthrinoïdes. Quand ces produits sont utilisés correctement, il n'y a pas de problème ! Je constate qu'il n'y a pas d'épandage par avion et c'est rassurant car ce n'est pas efficace.

tf1.fr : Comment expliquez-vous une telle épidémie ?

V. R. : Ce qui se passe à la Réunion interpelle tout le monde. 200.000 de nos Français sont dans un endroit où il y avait tout ce qu'il fallait pour qu'une épidémie se propage. L'île est très peuplée et largement déboisée. L'éradication du paludisme a fait baisser les précautions prises contre les moustiques. C'est normal, tout responsable politique se serait fait avoir : les priorités sont celles du moment. Le virus est connu en Afrique mais le fait nouveau, à la Réunion, c'est que les symptômes peuvent durer des semaines et des semaines. Sur 100.000 cas, il y aura forcément des morts associées à la maladie mais le chikungunya [en tant que tel] ne tue pas.

Photo d'ouverture : campagne de démoustication - archives

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 17 février 2006 à 07:00
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8 Commentaires

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  • Sully FRANCOISE, le 20/02/2006 à 07h24

    "200.000 de nos Français" cette phrase est valable pour tous il y a plus de 750.000 FRANCAIS sur ile de la Réunion. notre île est peut-être bien loin de la France métropolitaine, mais reste un département important de la France.

  • Trekker, le 18/02/2006 à 08h51

    Charly, tu me fais rire. J'ai travaillé 10 ans sur la plateforme d'Orly. Et régulièrement, des circulaires ministérielles mettaient en garde les employés contre les moustiques.... On se demande pourquoi.

  • Un métro, le 17/02/2006 à 18h56

    L'Etat français a mis beaucoup trop de temps pour intervenir à la Réunion; les réunionnais sont des gens pacifiques, avec un tres fort sens civique, et beaucoup de discipline, ce qui explique leur calme remarquable. Mais en tant que métropolitains, nous devons demander à l'Etat des comptes sur cette gestion scandaleuse de l'épidémie. Bon courage à nos amis réunionnais.

  • Mathias, le 17/02/2006 à 15h31

    Faudrait savoir ce qu'ils veulent démoustification ou pas...

  • Charly, le 17/02/2006 à 14h06

    Il n'y a pas de risque de transfert des moustiques par les avions, car les avions en provenance des pays "à risques" sont démoustiqués avant le décollage, immédiatement apès la fermeture des portes. Pour 1 avion, ce sont 4 bonbonnes qui sont pulvérisées à l'intérieur, et ce démoustiquage est contrôlé à l'arrivée à Roissy ou Orly dès l'arrivée. C'est comme ça depuis des années et c'est la législaltion, d'autant que ces insectes ne survivent généralement pas à l'altitude et à la préssurisation/dépressurisation départ-arrivée. Quant aux bateaux, un moustique ne tient pas une journée entière à bord, et il y a tellement de vent sur la mer qu'il n'arrivera jamais à destinantion.

  • Lionel Griel, le 17/02/2006 à 14h01

    V. R. : Ce qui se passe à la Réunion interpelle tout le monde. 200.000 de nos Français sont dans un endroit où il y avait tout ce qu'il fallait pour qu'une épidémie se propage.???? M Robert juste pour info La Réunion est est peuplée de 750 000 Français! et non 200 000 de nos Français...

  • Guillaume, le 17/02/2006 à 11h37

    Réponse à Jean de Lyon : ce moustique vit déjà en France, sur la Côte d'Azur.

  • Jean, le 17/02/2006 à 08h18

    Y a t il un risque de propagation à la métropole, via les avions ou les bateaux, voir les colis??? Ce moustique peut il vivre en France?

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