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"On prend bien des abeilles pour faire la guerre, alors pourquoi pas des moustiques?", s'interroge Simon Govindana, 42 ans, qui vend des objets en bois et des essences au marché populaire de Saint-Denis. "Mais c'est pas sûr", tempère-t-il. Marque de la rumeur, chacun la colporte, mais nul n'en assume la responsabilité ou n'en identifie les auteurs. "Ils disent que ça vient du bateau qui a été mis en quarantaine" au port il y a quelques mois, intervient sa nièce Lalita Govindana, 21 ans, étudiante en agriculture. "Il y en a qui disent que le chikungunya vient des Comores", importante source d'immigration à La Réunion. "Ils n'ont pas dit que les Américains avaient inventé le chikungunya ?", s'amuse Jean-François Lafitte, 41 ans. "Ils ont même inventé le vaccin", affirme cet agent d'entretien, qui feuillette un journal local, avant d'évoquer "les essais qu'ils ont faits dernièrement dans l'Océan indien pour la nouvelle fusée".
"Comme des cobayes"
Beaucoup disculpent le moustique Aedes rayé, vecteur de la contamination. "Je me demande si ce n'est pas un virus dans l'air, parce que les moustiques ne peuvent pas choisir les gens qu'ils piquent", estime Sylviane, qui tient un étal de fruits et légumes. "Par contre, les gens parlent du tsunami, peut-être que c'est ça aussi", hasarde-t-elle. Selon le responsable de la salubrité à la mairie de Saint-Denis, Emmanuel Esposito, "quand on arrive pour démoustiquer, il y a parfois un seul membre de la famille qui est touché par le chikungunya et ils ne comprennent pas pourquoi, alors qu'ils sont tous piqués par les moustiques". "Beaucoup ici disent qu'on est comme des cobayes : on a lâché un virus et on nous teste pour voir comment on réagit", poursuit-il.
"C'est des bruits de couloir, des bruits de trottoir, parce qu'il n'y a pas assez d'informations, c'est pour ça que les gens racontent n'importe quoi", reconnaît Jean-François Lafitte. "Les médecins donnent l'impression qu'on n'en sait pas plus que ça", confirme Camille Sudre, directeur de Radio Free Dom, principale radio de l'île, qui a ouvert ses ondes aux auditeurs paniqués par l'épidémie. Mais l'information commence à passer, selon lui. "Je pense qu'ils ont bien compris : en une semaine, ça a été une razzia dans les grandes surfaces sur les produits anti-moustiques".
Par Selim SAHEB ETTABA (AFP)
photo : TF1
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