© AFP - INRAP E. ELHAJAOUIDes centaines de sarcophages, enterrés entre le Ve et le Xe siècles, ont été mis au jour à Bondy (Seine-Saint-Denis), offrant aux archéologues un outil précieux d'étude des peuples mérovingiens et de leurs migrations. "Il est exceptionnel de trouver plus de 500 sépultures sur un même terrain", se réjouit un archéologue de l'Institut de recherches archéologiques et préventives (Inrap), l'organisme qui réalise la plupart des fouilles préventives en France. Les fouilles ont été menées entre août et décembre 2005, avant le démarrage prévu de travaux de construction de logements neufs, sur une parcelle municipale située face à l'église.
Au total, 250 sarcophages de plâtre, de calcaire et de pierre ont été patiemment dégagés par les archéologues de l'Inrap et du département. Mais 400 tombes du Bas-Empire (Ve s) répertoriées n'ont pas encore été fouillées, faisant de ce site funéraire l'un des plus riches de la région Ile-de-France. Les deux tiers des sépultures mises au jour datent de l'ère mérovingienne (VIIe), le reste est attribué au Bas-Empire et à l'ère carolingienne (Xe s). Outre quelques armes et un sarcophage massif en calcaire d'une tonne, les archéologues ont eu l'agréable surprise de découvrir une boucle de ceinture en os (montée sur une plaque de cuivre) "assez rare", puisqu'il n'en existe que 35 modèles en Europe, selon l'Inrap.
Mieux comprendre les pratiques funéraires
En attendant un éventuel feu vert pour des fouilles complémentaires, le site a été bâché et remblayé, et les éléments prélevés (300 caisses d'ossements, tessons de céramiques, traces d'habitat) envoyés au centre de Croissy-Beaubourg (Seine-et-Marne) pour y être nettoyés, datés, et - lorsque c'est possible - reconstitués. "Le nombre important de sépultures va nous permettre d'étudier de près les populations, leurs espérances de vie, leurs pratiques", explique Jean-Paul Demoule, président de l'Inrap, qui promet de rendre d'ici la fin 2006 un rapport complet sur les fouilles.
Elles ont déjà permis d'éclairer les archéologues sur certaines pratiques funéraires de "récupération des ossements" des ancêtres lors de la mise en terre d'un nouveau mort. Les os étaient souvent repoussés dans un coin du sarcophage, ou déposés dans de petits trous autour, quand ils n'ont tout simplement pas été déplacés. Les analyses chimiques des squelettes devraient aussi confirmer la première hypothèse née de l'observation des crânes: le groupe mérovingien installé à Boniaticus (l'ancien nom de Bondy) était issu d'"une population nouvelle" et "modeste". A l'image de la Seine-Saint-Denis d'aujourd'hui, département populaire qui rassemble 80 nationalités. "Cela montre que ce territoire était déjà à l'époque marqué par des migrations permanentes", s'enthousiasme Jean-Paul Demoule.
Photo d'ouverture : l'un des sarcophages mérovingiens trouvés à Bondy entre août et décembre 2005 - AFP - INRAP E. ELHAJAOUI
Retour MYTF1
Chargement en cours...




