© LCI"J'ai besoin de vous dire certaines choses. Je remercie les médecins". C'est en ces termes qu'Isabelle Dinoire a débuté son allocution lors de la conférence de presse donné à Amiens. La jeune femme, originaire de la région de Valenciennes (Nord), a rappelé les conditions de son accident. Elle avait été défigurée en mai par son chien. "J'étais horrifiée, je ne pouvais pas croire ce que je voyais" a-t-elle expliqué, lentement.
Le 27 novembre, elle bénéficiait de la première greffe partielle de la face (triangle nez-lèvres-menton) à Amiens. Cette opération avait été réalisée par l'équipe du professeur Bernard Devauchelle, spécialiste de chirurgie maxillo-faciale au CHU d'Amiens, en étroite collaboration avec celle du professeur Jean-Michel Dubernard, chef du service de chirurgie à l'hôpital Edouard-Herriot de Lyon. Forts de ce qu'ils considèrent comme un succès, les scientifiques vont demander au ministère de la Santé l'autorisation de pratiquer cinq nouvelles greffes du visage.
"Une porte sur l'avenir"
"Les chirurgiens m'ont donné confiance en moi. J'ai tout de suite accepté la greffe et cela m'a donné du courage" a-t-elle expliqué. "Je comprend à présent toutes les personnes qui ont un handicap. Depuis le jour de l'opération j'ai un visage comme tout le monde. Depuis peu je sens mes lèvres, mon nez et ma bouche".
Isabelle Dinoire a ensuite précisé qu'elle souhaite "reprendre une vie normale", retrouver un travail et reprendre sa vie de famille. Avant de terminer son allocution, la greffée a rendu hommage à la famille du donneur. Et de conclure: "une porte sur l'avenir s'ouvre pour moi et pour d'autres."
Privilégier la solution de la donneuse
Isabelle Dinoire commence aujourd'hui à récupérer sa sensibilité : "Plus de deux mois après l'opération, elle montre des signes objectifs de récupération de la sensibilité. C'est formidable, au-delà de toute espérance", a souligné le Pr Bernard Devauchelle, spécialiste de la chirurgie maxillo-faciale, qui a opéré la jeune femme.
Le Pr Devauchelle a justifié d'autre part le recours à un donneur, plutôt qu'à une auto-tranplantation, à partir du corps de la patiente. "Une auto-transplantation aurait supposé six ou sept interventions chirurgicales, qui ne seraient pas achevées aujourd'hui", a indiqué le chirurgien, ajoutant que la patiente bénéficiait d'autre part "d'un suivi psychiatrique chaque semaine".
Le Pr Jean-Michel Dubernard, qui a travaillé avec le Pr Duvauchelle, a souligné qu'une greffe du visage était "une greffe complexe, de plusieurs sortes de tissus". Parmi ces tissus, "la peau, qui est toujours la cible d'un rejet extrêmement sévère" : Isabelle Dinoire a donc subi un traitement immunodépresseur "puissant", en plus de l'injection dans sa moëlle osseuse de "cellules souches prélevées chez la donneuse". Ces cellules souches, également utilisées lors des greffes de la main, "permettent à long terme de diminuer le rejet".
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