Comparer le Q.I. des Européens, "de la poudre aux yeux"

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 01 avril 2006 à 07h00 , mis à jour le 01 avril 2006 à 08h15

Une récente étude britannique a comparé le quotient intellectuel des Européens. Une démarche contestable par un chercheur contesté, explique à LCI.FR Michel Duyme, directeur de recherche au CNRS.

scanner cerveau IRM (DR) © INTERNE

Généticien et psychologue, Michel Duyme est directeur de recherche au CNRS en sciences de la vie. Il revient pour LCI.FR sur une étude comparée du quotient intellectuel (Q. I.) des Européens, réalisée par le chercheur britannique Richard Lynn (lire l'article : "Les Allemands les plus intelligents d'Europe").

Les médias français, dont LCI.FR, ont présenté lundi dernier les résultats d'une étude de l'Université d'Ulster sur le Q.I. des Européens. Or, son auteur, Richard Lynn, est un scientifique à la réputation controversée...

Michel Duyme : C'est un eugéniste (1), qui depuis le début travaille sur les différences entre les races et les groupes sexués. En novembre dernier, il avait fait une étude montrant que le Q.I. des femmes était inférieur de 5 points à celui des hommes. Pour Lynn, ces différences peuvent être expliquées en partie seulement par des différences d'environnement — alimentaire, sanitaire, économique... — mais, selon lui, une grande partie de ces différences est génétiquement déterminée. Richard Lynn, et d'autres chercheurs comme Jansen ou Rushton, insistent toujours sur le fait qu'ils ne font aucune proposition en matière de politique sociale.

Richard Lynn est-il un charlatan ?

M. D. : Non car ses travaux sont publiés dans des revues scientifiques sérieuses et ils amènent à réfléchir et à améliorer les propres outils et le raisonnement de la communauté scientifique. Comme toute étude scientifique, ses travaux sont contestés : il y a surtout critique et non-acceptation des glissements idéologiques. Par ailleurs, sa méthode laisse à désirer : il utilise le test de Q.I. sur des bases non scientifiques. Pour essayer d'être simple, disons que les tests de Q.I. doivent être réétalonnés pour chaque pays, c'est-à-dire qu'ils doivent être adaptés aux usages culturels propres à chaque pays, la moyenne se situant toujours à 100 points. Or, Lynn n'a pas fait de réétalonnage. Un exemple : pour un QI moyen de 100, selon les travaux de Lynn, le Q.I. pour le Ghana est de 62. En France, quand on a 62 de Q.I., on se trouve dans la zone du retard mental léger ! La majorité des Ghanéens serait donc atteinte de retard mental léger ! Les travaux de Lynn font parler d'eux mais c'est de la poudre aux yeux !

Peut-on, comme le fait Richard Lynn, comparer le Q.I. d'un peuple à celui d'un autre ? 

M. D. : En France, avec une moyenne du Q.I. à 100, lorsqu'on est en dessous de 70, il y a un retard mental. Dire cela afin d'apporter une solution, un traitement médico-psychologique, cela veut dire quelque chose. Mais comparer des résultats de Q.I d'un pays à l'autre et sans les rééchelonner, cela ne veut rien dire. Même à l'intérieur d'un pays, le Q.I. est relatif : tous les dix ans, le Q.I. augmente de 3 ou 4 points, du fait d'une meilleure éducation, de l'alimentation, etc., comme l'a démontré le chercheur James Flynn. D'où la nécessité de réétalonner régulièrement les tests. La moyenne est donc toujours de 100 et la part de la population à 70 de Q.I. est toujours de 3% et celle à 130, toujours de 3% aussi.

Le test de Q.I. n'a pas été construit pour comparer les intelligences des peuples mais pour examiner les différences individuelles à l'intérieur d'une même culture. Il existe d'autres outils pour connaître le niveau des connaissances en Europe, par exemple l'ISI [Institute for scientific information] qui offre une base de données sur les publications scientifiques. Dans ce cadre-là, la France est mal classée. Nous avons un gros problème de formation des chercheurs.

Lorsqu'un individu passe un test de Q.I., qu'est-ce que sa note peut lui apprendre sur lui-même ? 

M. D. : S'il n'a que la note, il n'apprendra pas grand-chose. En revanche, avec l'aide du psychologue qui lui a fait passer le test, il apprendra des choses sur son type de fonctionnement, sur sa façon de fonctionner pour arriver à faire quelque chose. Mais le Q.I. n'est absolument prédictif de la réussite sociale.

(1) Les eugénistes cherchent à améliorer l'espèce humaine, en favorisant l'apparition de certaines caractéristiques ou en en éliminant d'autres. Une approche qui a surtout conduit à de graves dérapages racistes, notamment au XIXe siècle puis au XXe siècle lorsque les Nazis s'en sont inspirés dans leur politique.

photo : archives (DR)
Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 01 avril 2006 à 07:00
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13 Commentaires

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  • Yvon, le 04/04/2006 à 17h43

    Beaucoup confondent connaissances et intelligence. Et le contenu des connaissances repose beaucoup sur du subjectif.

  • Eric, le 04/04/2006 à 12h41

    Ce n'est pas tant "l'intelligence" qui compte mais plutôt ce que l'on en fait. Ce genre de test stigmatise les différences entre les peuples, avec des pseudos critères scientifiques et des tests orientés pour favoriser la réponse que l'on veux obtenir. Utilser son "intelligence" pour prouver qu'un peuple est meilleur que l'autre, quelle réussite ! (sic). pathétique.

  • Bvali, le 04/04/2006 à 11h50

    Bravo pour cette interview et vive l'esprit critique ! d'autant plus qu'elle tombe à pic.

  • Claire, le 03/04/2006 à 19h09

    Cette étude est largement confirmée actuellement par le mouvement contre le CPE.... Et même lorqu'on a un QI élévé il faut savoir l'utiliser!! Je pense que notre jeunesse à besoin d'un mode d'emploi pour tout... bientot elle va revendiquer pour le droit à connaitre le fonctionnement de son propre cerveau... mais même pour revendiquer ce genre de chose il faut être conscient que l'on peut penser par soi-même ou pour soi-même...

  • Pascal, le 02/04/2006 à 11h00

    La mauvaise foi française dans toute sa splendeur...si la France avait été classée 1ere, cette interview, qui tombe un peu trop à pic, aurait t'elle été organisée? Il suffit de voir le niveau des étudiants, lycéens et autres jeunes français interrogés en marge des manifs anti cpe pour se rendre compte de leur niveau intellectuel proche de 0; et il suffit de voyager en Europe pour constater que dans bon nombre de pays de l'Est ou du Nord, l'intelligence moyenne de la population est bien plus élevée qu'ici.

  • Guillemain, le 02/04/2006 à 10h52

    Il n'y a pas de fumée sans feu. Les résultats démontrent la faillite de notre système scolaire et confirment une étude plus ancienne sur l'illéttrisme en Europe et qui classait la France au dernier rang. La politique de l'autruche qui consiste à dénigrer les auteurs de telles études n'est certainement pas la solution. Elle nous conforte dans notre médiocrité.

  • Carla, le 02/04/2006 à 09h54

    Je réponds à Pierre qui explique que sans de tels résultats cet article n'aurait pas été là. En effet Pierre, tu as raison, puisque de manière générale nous nous défendons que lorsque nous sommes attaqués. Si nous avions été mieux placés, sache que d'autres auraient prouvé ce fait pour se défendre à leur tour. C'est juste une question de logique. Quand à Ismaël, pour moi, tu t'es trompé de combat, et de ce fait, d'argument. Il est quand même étrange d'avoir une retombée de sondage de ce type au même moment ou les états unis, pour ne citer qu'eux, porte un oeil critique sur l'attitude plus que justifiée à mon sens, des français face aux gouvernement quant aux évenements qui font bonne part de l'actualité de notre pays aujourd'hui.

  • Christian, le 01/04/2006 à 11h39

    N'en déplaise à Michel Duyme, les charlatans sont légions dans le monde de la recherche, et il la décrédibilise chaque jour un peu plus. Le dernier en date étant ce chercheur coréen Hwang Woo-suk. Publier dans des revues comme Nature ne sont plus gage de sérieux depuis belle lurette (la preuve, ils publient les travaux de chercheurs eugénistes aux études biaisées...) C'est la course à la gloire, la célébrité, l'argent, où s'y mêle toute la vanité et l'orgueil qu'on trouve dans n'importe quel milieu.

  • Ismael, le 01/04/2006 à 11h32

    Il est difficile d'accuser ce genre de personne d'être eugéniste lorsque la société l'est dans la pratique quotidienne... L'avortement n'est-il pas une forme d'eugénisme puisqu'il permet d'améliorer l'espèce humaine en supprimant des êtres malformés ?

  • Nicolas, le 01/04/2006 à 11h08

    A part cette excellente interview et un autre article très intéressant sur le sujet, lu à l'adresse http://www.francetests.com/mag/intelligence127-1.asp , l'étude Lynn a été reprise de façon consensuelle par la plupart des médias en ligne, sans réel esprit critique ! Offrant ainsi une formidable caisse de résonance aux élucubrations de ce monsieur Lynn...

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