La médecine chinoise au service des généralistes

Par Par Matthieu DURAND, le 16 mars 2006 à 07h10 , mis à jour le 02 novembre 2006 à 16h16

Les médecins généralistes français s'intéressent à la médecine traditionnelle chinoise. Une conférence a souligné mercredi à Paris les bienfaits de ces traitements connus et reconnus depuis 3.000 ans.

acupuncture aiguilles cou médecine traditionnelle © INTERNE

Les médecins généralistes français pourraient étoffer leurs compétences en adoptant les pratiques de la médecine traditionnelle chinoise (MTC). C'est l'idée qu'a défendu mercredi le professeur Jean-Raymond Attali au Medec, le congrès des professionnels de la santé qui se tient depuis mardi à Paris. Responsable du service Endocrinologie-diabétologie-nutrition de l'hôpital Jean-Verdier, en région parisienne, le spécialiste est intervenu surtout en tant que directeur du seul cursus universitaire français permettant l'obtention d'un diplôme de MTC (lire l'encadré ci-dessous).

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Vieille de 3.000 ans, la médecine traditionnelle chinoise repose sur une philosophie et des concepts qui, de prime abord, ont de quoi dérouter le praticien occidental puisqu'elle repose notamment sur des souffles et qu'elle est liée à cinq agents (bois, feu, terre, métal, eau), qui sont eux-mêmes associés à une multitude de catégories (5 saisons, 5 planètes, 5 couleurs, 5 émotions, 5 saveurs...).

Préserver ou retrouver l'harmonie

Pour les Chinois, la bonne santé est d'abord une affaire d'harmonie, d'équilibre entre des forces, des mouvements qui s'opposent, s'alternent et se complètent tout à la fois — ce qu'illustre le Yin et le Yang. Là où le médecin occidental se concentre sur la cause d'une maladie pour y opposer un traitement unique, son confrère chinois intègre le malade et ses maux dans un plus vaste ensemble d'interrelations : pour le soigner, il établit un traitement personnalisé dans lequel il associe de nombreux remèdes. Lesquels pourront évoluer dans le temps, en fonction des saisons même.

Comme le souligne avec malice le professeur Miansheng Zhu, spécialiste de MTC présente à la conférence : "En France, on dit que l'on respecte les personnes [en tant qu'individus, NDLR] mais dans les soins, l'approche est très collective !" En Chine, à chaque patient, son traitement. Le médecin chinois dispose ainsi d'un arsenal de techniques thérapeutiques : acupuncture, pharmacopée, gymnastique (Qi Gong ou Taï Chi), massages mais aussi saignées ("en toutes petites quantités", assure le Pr Attali) et ventouses entre autres.

Certaines actions de la MTC ont été scientifiquement prouvées et intégrées dans la médecine occidentale (acupuncture), remarque le Pr Attali, même si ces thérapies ont parfois du mal à être analysées dans le cadre d'essais cliniques. "La base de la pharmacopée chinoise est de mélanger des plantes (1) et il est difficile d'isoler les principes actifs" qui ont un effet sur le malade, note-t-il.

Mieux vaut prévenir que guérir

"En France, on privilégie le traitement curatif alors que la MTC est avant tout une médecine de préservation de la santé", déclare le docteur Michelle Spiroux, généraliste à Evreux et diplômée en MTC. "Sans renier la médecine occidentale", cette praticienne, qui est également acupunctrice et diététicienne, propose à ses patients une approche mixte. Après avoir fait un examen clinique "classique" du malade, elle prend son pouls, à trois points différents (un par organe), sur chacun de ses poignets. Autre approche "orientale" : elle étudie l'état de la langue — sa couleur, la nature de ses fissures... Le dialogue avec le patient est très important : "Je m'intéresse aux signes évolutifs, explique-t-elle. Je prends en compte les données personnelles du patient — âge, sexe, antécédents — mais aussi des données générales sur les années, les saisons, les heures car il existe des variations saisonnières de pathologie."

En complément ou en remplacement des médicaments, elle propose des traitements à base d'acupuncture ou de phytothérapie "mais c'est plus difficile car il n'y a pas beaucoup de produits en France", indique-t-elle à LCI.FR. "Certains clients refusent, d'autres sont parfois déconcertés mais en général, ils sont plutôt réceptifs", souligne-t-elle. La généraliste insiste aussi sur la nutrition et la gymnastique. Et de pointer qu'au cœur de la médecine traditionnelle chinoise, il y a "une pensée complexe mais très riche qui est porteuse de confort pour nos patients".

Se former à la MTC

Le diplôme universitaire de médecine traditionnelle chinoise (Dumetrac) a été créé en 1997, à la Faculté de médecine de Bobigny (Paris XIII), avec le soutien des autorités chinoises. Il s'adresse aux personnes diplômées en médecine ou pharmacie. L'enseignement, qui comporte également une initiation à la langue et la civilisation chinoises, se déroule sur deux ans, une troisième année étant consacrée à la rédaction d'un mémoire. Chaque année, 20 étudiants obtiennent le diplôme.

(1) Interrogé sur le recours dans la pharmacopée chinoise à des organes ou substances prélevés sur des animaux (bile d'ours, pénis de tigre, cornes de rhinocéros...), le Pr Attali a reconnu que la sensibilité écologique était récente en Chine mais qu'elle progressait et il a précisé que ces ingrédients pouvaient être remplacés par d'autres produits.

photo : archives LCI
Par Par Matthieu DURAND le 16 mars 2006 à 07:10
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15 Commentaires

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  • Picpic, le 05/05/2009 à 15h20

    Je suis praticien en médecine chinoise et ai pris des cours avec des gens formés en allopathie. Je peux vous dire qu'ils ont du mal à intégrer les concepts de la médecine chinoise... Comment font ils en deux ans pour remplacer cinq années d'étude, car l'académie Wang de toulouse fait le cursus supérieur sur 5ans et non 4. Je souhaiterais savoir comment font ils pour apprendre à la fois la théorie fondamentale, l'acupuncture, le tui na, la pharmacopée chinoise, avec en plus un d'histoire et les bases de la langue.... Est ce qu'ils font ensuite un diagnostic à l'européenne (comme font certains docteurs"acupuncteur") ou bien font ils un vrai bian zheng ???

  • Bertrand, le 22/03/2006 à 10h38

    (Précision : ma précédente réaction concernait l'avis d'Eric du Canada). A Seb, de Rennes : je ne sais pas si les chinois ont effectivement en moyenne 9 ans de moins que nous à vivre, mais il faut tout de même rappeler que ce ne sont pas tout à fait les mêmes conditions, la vie là bas étant dans l'ensemble "plus risquée" (niveau d'hygiène différent...). Cependant, tout dépend de l'état dans lequel on se trouve, aussi : si c'est pour finir sa vie en se traînant lamentablement pendant dix ans tel un décérébré abruti par des médicaments pas toujours bien apdaptés (ce n'est pas forcément le cas général, mais c'est sûrement bien plus courant en France qu'en Chine, toutes proportions gardées), je préfère encore mourir moins vieux !

  • Desgrées du Lou Florence, le 21/03/2006 à 15h37

    Je suis très interessée par cette double manière de soigner. Comment peut-on avoir la liste de ces praticiens dans notre secteur Ile de France?

  • Seb, le 21/03/2006 à 13h47

    Je ne dirai qu'une chose : l'espérance de vie d'un français est de 80 ans et celle d'un chinois est de 71 ans. A vous de voir quelle médecine vous préférez ...

  • Bertrand, le 20/03/2006 à 20h50

    Si Eric a la chance de ne jamais être malade, il n'est pas concerné par ce problème. S'il lui arrive de l'être, et que la médecine classique lui convient, tant mieux pour lui. MAIS QU'IL F*** LA PAIX AUX AUTRES ! On a tout de même le droit de se soigner comme on l'entend, et ce que sa science n'explique pas (le + souvent faute de chercher, il faut bien le dire), le bon sens l'explique, lui, très bien et donne la préférence aux médecines douces et préventives dans la plupart des cas. Franchement, pour prendre une image, si je me retrouve à la porte de chez moi, je préfère généralement aller chercher un (bon) serrurier qui va appliquer une méthode "homéopathique", plutôt qu'un grand costaud qui va me défoncer la porte "allopathiquement"... et me laisser sans défense tant qu'elle n'aura pas été (coûteusement) réparée. Sauf en cas d'urgence manifeste, bien sûr (exemple bébé enfermé à l'intérieur). Reste que la meilleure solution est la "chinoise", consistant à avoir des clefs de réserve ! Non ?

  • Jacques, le 20/03/2006 à 13h47

    Je suis tout a fait d accord avec Feawing concernant le forfait annuel, (Je suis praticien en medecine traditionnelle chinoise...)

  • Eric, le 20/03/2006 à 13h32

    La MTC oui, pourquoi pas, mais alors selon le même fontionnement que là-bas : une ou deux visites par an du praticien et on ne paye que l'on a pas été malade la période précédente...Soyez sûr, que bcp moins de médecins serait d'accord ! Pourtant cela améliorerait notoirement le trou de la sécu !!!!

  • Jacques, le 16/03/2006 à 22h55

    Les medecins allopathes se rendent enfin compte que la MTC fonctionne!!! Mais est-ce pour celà que l ordre des medecins reconnaitra les praticiens non-medecins allopathes qui e sont payes 4 années d etudes privees, reconnues par la communaute europeenne et l'OMS? Celà m etonnerai beaucoup. Tout comme serait surprenant que les medecins s'essayant à cette discipline passent 1h30 à 2h00 par patient comme celà doit se faire

  • Feawing, le 16/03/2006 à 16h34

    Il y a quelques esprits obtus ici! Accessoirement pour vous qui ne semblez pensez qu'à vos finances, que diriez vous d'un système de paiement des mèdecins 'à la chinoise'? Vous payez un forfait annuel, et le rôle de votre mèdecin n'est pas de vous soigner une fois que vous êtes malade mais de vous empêcher de tomber malade par des moyens préventifs... Personellement, je suis 100% pour! Et dans ce cadre les mèdecines traditionnelles (chinoise ou occidentale ou autre) dont l'efficacité préventive est avérée s'imposent.

  • Lio, le 16/03/2006 à 16h24

    Mais bien sur ... la médecine occidentale soigne à postériori alors que la medecine chinoise préviens. ce n'est pas parceque le traitement ne porte pas de nom scientifique incompréhensible et qu'il ne sort pas d'un labo sous la forme d'un comprimé qu'il ne marche pas. la preuve un chinois se soignant avec leur médecine tombe bien moins souvent malade qu'un européen. on a découvert il y a deux-trois ans les bienfaits d'une infusion des feuilles d'un arbre pour notre santé (une espece vivant plusieurs milliers d'années) alors que les chinois l'utilisent depuis des ... millénaires.

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