Quand les écologistes deviennent terroristes

Par Par Matthieu DURAND, le 11 mars 2006 à 07h00 , mis à jour le 12 mars 2006 à 15h32

Deux romans américains, le dernier Michael Crichton et la réédition d'un livre culte, mettent en scène des écologistes qui recourent à la violence pour défendre l'environnement. Avec un bonheur inégal.

crichton abbey

Auteur prolifique de thrillers à succès (Sphère, Harcèlement, Le 13e guerrier...), Michael Crichton a su marier avec plus ou moins de bonheur les récits à rebondissements avec des réflexions sur l'usage de la science et l'action de l'homme sur la nature. Dans Jurassic Park déjà, il prenait le contre-pied du discours écologiste en affirmant que la Terre se remettrait des dommages infligés par les activités humaines, quand bien même cela lui prendrait des millions d'années. A l'inverse, l'homme serait la première victime de ses propres excès.

Dans Etat d'urgence (1), Crichton enfonce le clou : "L'homme, défini autrefois comme le grand perturbateur de l'ordre naturel, ne l'est aucunement, explique l'auteur par la voix d'un de ses personnages. L'environnement est, de toute façon, soumis à des perturbations constantes." Etudes et graphiques à l'appui, dûment référencés, l'écrivain incite ses lecteurs à ne pas prendre pour argent comptant les propos alarmistes que répandent les organisations écologistes et certains scientifiques, grâce à la complaisance des médias.

C'est cet état de peur (State of fear est le titre original de l'ouvrage) et sa fonction politico-sociale que Crichton dénonce fermement. Et plutôt lourdement. Au point de plomber le rythme de son récit par d'interminables échanges sur le réchauffement climatique. Les travaux scientifiques sont "cités complètement hors propos", indique même à LCI.FR Jean Jouzel, spécialiste du climat dont une des études est évoquée dans le livre. En clair, Crichton a retenu de ces recherches les phrases qui lui permettaient d'appuyer sa démonstration. Certes, on passe de bons moments ; certes, on est amené à revenir sur des lieux communs de l'écologie. Mais on ne peut qu'être dubitatif devant une thèse qui prétend que l'inquiétude sur l'état du monde est exagérée. Il suffit d'aller se promener dans un coin de nature ou de passer quelques jours près d'un littoral pour s'en convaincre.

Bonheurs fugaces

Autre époque, autre approche. Réédité dans une traduction révisée (lire l'encadré ci-dessous), Le gang de la clé à molette (2) a été écrit par Edward Abbey en 1975. Une période marquée par la guerre du Vietnam et le Flower Power. Le gang en question naît de l'association improbable de quatre individus — un toubib, une baba cool, un mormon et un vétéran du Vietnam — révoltés de voir routes, ponts, barrages et industries gangrener l'Ouest des Etats-Unis. Aussi décident-ils d'unir leurs efforts, sans parvenir à faire taire leurs divergences, pour saboter les arrogants monstres de béton et d'acier qui prennent d'assaut les étendues sauvages.

Pour faire passer son message, Abbey ne s'en remet à aucune théorie : ses descriptions d'un monde en voie de disparition suffisent à nous convaincre. Un feu de camp au milieu d'arbres centenaires, la descente d'un fleuve indompté, le cri d'un rapace planant dans les hauteurs, la lune qui se lève au-dessus d'un canyon... Abbey nous fait partager les bonheurs fugaces de ses héros, branquignols attachants engagés dans un combat perdu d'avance. C'est beau, drôle, pathétique. A sa mort, en 1989, Abbey demanda à être enterré dans le désert. Nul ne sait où se trouve sa tombe. Réjouissons-nous : ses écrits sont encore bien vivants.

Un éditeur dédié aux écrits de nature

Lorsqu'Olivier Gallmeister a décidé en janvier dernier de lancer sa propre maison d'éditions, c'était pour combler un manque. Les récits et romans sur la nature sont quasiment absents des librairies françaises alors que sous la dénomination de nature writing, ils constituent un genre à part entière dans les pays anglo-saxons. Un pari payant selon l'éditeur puisque Le gang de la clé à molette a reçu un bon accueil. Un second tirage est d'ores et déjà prévu.

(1) Michael Crichton : Etat d'urgence, éditions Robert Laffont, 646 pages, 22 euros.
(2) Edward Abbey : Le gang de la clé à molette, éditions Gallmeister, 496 pages, 24,50 euros.

photo : DR

Par Par Matthieu DURAND le 11 mars 2006 à 07:00
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8 Commentaires

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  • Julien, le 15/03/2006 à 10h29

    A Terry, Dallas. C'est bien de politiser les choses. C'est bien d'avoir des idées. C'est bien de croire en quelque chose. Mais la science, vois-tu, ne croit pas. Elle démontre et prouve. Je travaille dans un labo qui étudie les climats passés. On n'avance pas des idées. On émet des hypothèses, et on les teste. Celui qui prouve ou démontre a raison. La communauté scientifique est unanime sur le sujet: le réchauffement climatique par l'homme est un fait, pas uen hypothèse, avec des données à l'appui. La seule question qui est débattue, c'est quelle est la proportion de l'action humaine par rapport à l'évolution "naturelle" du climat et vers quel climat cela va nous mener (en gros, les modèles climatiques divergent quand à l'ampleur de l'augmentation de température d'ici 2100). Les contestataires de cette thèse sont, pour la plupart des chercheurs employés par les grands lobbys pétroliers (Exxon pour citer le plus virulent). S'il ne rencontrent aucun crédit hormis auprès de leurs réseaux respectifs et des gens qui "croient", c'est que les données climatiques historiques, malheureusement, leur donne tort. Point final.

  • Terry, le 13/03/2006 à 16h26

    "En clair, Crichton a retenu de ces recherches les phrases qui lui permettaient d'appuyer sa démonstration." On apprecie beacoup l'analyse critique du livre, mais on aimerait bien que les partisans de la these du rechauffement climatique d'origine humaine soient soumis au meme standard, car ils ne sont pas exempts de la meme critique et ont egalement tendance a ne citer que les parties d'etudes et elements d'informations qui appuient leur these, et a taire les faits qui vont a leur encontre. Vincent, Lyon: non, il n'y a pas d'unanimite au sein de la communaute scientifique sur cette question. Il y a des partisans d'une these largement relayee par les medias, et leurs opposants, qui ont des arguments de poids scientifique tout aussi valable, qui eux ne trouvent aucun echo dans la presse (car vois-tu, le catastrophisme est beaucoup plus vendeur). Le sensationalisme ne mene a rien. Ouvrez les yeux ! Aussi, comment expliquer les phases de rechauffement et refroidissement rapide qu'a connue la Terre bien avant l'apparition de l'homme ? Latapie, Paris: en effet, bien vu pour le hors sujet.

  • Vincent, le 13/03/2006 à 13h42

    A Alain de Grenoble. "Pourquoi auraient-ils tort ? Pourquoi les bien-pensants écologistes actuels auraient-ils raison ???" Vous avez confiance en la voiture que vous utilisez pour vous rendre au travail ? Vous avez confiance à votre réfrigérateur pour conserver vos aliments ? Eh bien ayez confiance en une communauté scientifique de milliers de chercheurs et spécialistes, communauté à la base de vos voiture et réfrigérateur, qui disent unanimement que l'Homme est responsable pour beaucoup dans le dérèglemet climatique. L'obscurantisme n'amène à rien. Ouvrez les yeux !

  • FR, le 12/03/2006 à 22h50

    Il faut reconnaître que la Terre a connu des changements climatiques dramatiques bien avant l'apparition de l'Homme moderne et sa pollution, mais ce n'est pas une raison pour polluer à tout va. Non seulement il est probable que l'Homme est en train d'influencer le climat, mais la pollution a des conséquences plus directes: ses effets sur notre santé (air, eau, nourriture...). Environnement et écologie ne sont pas la même chose, mais dans les 2 cas, l'Homme a une influence néfaste, même si les degrés de cette influence sont très différents.

  • Dan, le 12/03/2006 à 21h30

    Il se pourrait bien que le fameux "choc des civilisations" que l'on nous promet ne soit pas, finalement, le choc des religions mais le choc entre les partisans d'une civilisation en harmonie avec la nature et les partisans d'une civilisation qui prétend la dominer...Sauf à considérer que certaines religions pourraient, dans les valeurs traditionnelles qu'elles défendent,se retrouver d'une certaine façon, des alliés objectifs de la pensée écologiste....

  • Latapie, le 12/03/2006 à 20h49

    On se demande si vous avez lu le livre de Crichton : quand vous dites " Il suffit d'aller se promener dans un coin de nature ou de passer quelques jours près d'un littoral pour s'en convaincre..", c'est hors de propos, le thème central du livre étant la corrélation réchauffement clmatique (supposé) et effet de serre.

  • Jacques, le 12/03/2006 à 01h44

    C'était prévisible depuis longtemps, quand la patience et l'action pacafique n'ont pas de résultats il reste la violence. Les politiques existent pour assurer la paix et un qualité de vie aux citoyens et c'est la contraire qui se passe. La Terre est à tout le monde et nous devrions tous nous la partager au Nord comme au Sud.

  • Alain, le 11/03/2006 à 21h08

    J'ai lu le livre de Crichton "état d'urgence" et il m'a emballé. Bien sûr il prend à contre-pied la bien pensance actuelle qui veut que les catastrophes écologiques à venir sont causés par l'homme et exclusivement par l'homme. Et il a raison. Votre article reprend donc les clichés actuels en traitant Crichton de nul.Il est facile de dire que son texte est émaillé d'affirmations de scientifiques sur le réchauffement climatique, affirmations qui précisent que la part de l'homme dans ce réchauffement est vraiment minime. Pourquoi auraient-ils tort ? Pourquoi les bien-pensants écologistes actuels auraient-ils raison ??? Bravo Crichton pour avoir eu le courage de dénoncer une méga imposture.

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