
Six hommes sont toujours en soins intensifs depuis mercredi, dans l'hôpital londonien de Northwick Park, après l'essai clinique d'un nouveau médicament qui a mal tourné. Leur état est stationnaire : deux d'entre eux sont dans un état critique, quatre toujours dans un état grave.
Les deux malades les plus atteints présentent "quelques premiers signes de réaction au traitement, mais leur état demeure très grave et complexe. Il ne serait pas raisonnable de formuler un pronostic" a précisé le docteur Ganesh Suntharalingam, chef du service des soins intensifs du Northwick Park Hospital. Les quatre autres patients "sont dans un état grave mais sont complètement conscients", a-t-il indiqué par ailleurs. "Certains ont fait des progrès notables et nous avons pu réduire le soutien apporté au fonctionnement de leurs organes", a indiqué vendredi le médecin-chef. "Mais il est encore tôt et ils leur faudra des soins spécialisés pendant une très longue période".
"Nous continuons à traiter le trouble inflammatoire provoqué par le médicament et les effets qui en ont résulté", a précisé le responsable de l'unité de soins intensifs de l'hôpital. "Nous donnons des traitements pour le système immunitaire et les patients continuent de recevoir tout l'éventail de traitements que le service de soins intensifs offre", a-t-il ajouté. Et d'indiquer : "Nous continuons de coopérer étroitement avec les familles et amis qui sont de toute évidence inquiets et angoissés pour leurs proches et nous faisons notre possible pour les soutenir", a-t-il poursuivi.
Test d'un médicament contre la leucémie
Les six hommes, tous jeunes, en bonne santé, participaient à un essai clinique rémunéré. Il s'agissait de tester pour la première fois sur des humains un médicament destiné à traiter la leucémie et la sclérose en plaques, développé par la compagnie allemande TeGenero. Aussitôt après avoir reçu le produit, les hommes ont commencé à transpirer, à avoir de très violents maux de tête, se sont évanouis, et ont été transportés en soins intensifs, selon l'un des deux participants à l'essai qui ont reçu un placebo.
L'un des malades, un gérant de bar de 28 ans, a la poitrine et le visage enflé au point de ressembler "à Elephant Man", a rapporté son amie Myfanwy Marshall. "Une machine lui vide les poumons. Sa poitrine est gonflée, son visage tout enflé", a-t-elle raconté en pleurant. "Ils n'ont pas de remède. C'est un médicament qu'ils n'ont jamais testé sur des humains auparavant, donc ils ne savent pas à quoi ils ont affaire. Il a besoin d'un miracle, c'est le mot qu'ils ont employé", a-t-elle dit. Un autre des hommes hospitalisés, Ryan Wilson, 21 ans, risque de mourir prochainement, selon ses proches. "Sa tête a enflé jusqu'à tripler de volume. Son cou aussi et sa peau est devenue violet foncé", a raconté au Sun sa belle-soeur Jo Brown, qui lui a rendu visite à l'hôpital.
Enquêtes en cours
L'Agence britannique de régulation des médicaments et produits de santé (MHRA) a immédiatement ordonné la suspension de l'essai clinique, étape de la procédure légale précédant la mise sur le marché de tout nouveau médicament. Elle a alerté ses homologues européens, car le médicament pourrait être actuellement testé dans d'autres pays, et a ouvert une enquête pour déterminer l'origine du problème. Scotland Yard a également ouvert une enquête.
Le test était réalisé sous la supervision de l'américain Parexel International, un organisme sous-traitant les essais cliniques pour des laboratoires pharmaceutiques, et se déroulait dans une unité de recherches indépendante de l'hôpital de Northwick Park. Le MHRA a indiqué que le médicament avait suivi l'ensemble des procédures réglementaires avant cet essai, dit de phase 1, lorsqu'un produit est testé pour la première fois sur des humains.
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