26 avril 1986, la catastrophe

le 25 avril 2006 à 07h14 , mis à jour le 26 avril 2006 à 19h46

Le 26 avril 1986, le réacteur numéro quatre de la centrale de Tchernobyl explosait. Vingt ans après, des millions de personnes restent affectées par la plus grande catastrophe du nucléaire civil et de nombreuses interrogations demeurent sur ses effets à long terme.

tchernobyl 5 © INTERNE

Des centaines de personnes, brandissant des chandelles et des oeillets, se sont rassemblées mercredi matin sur la place centrale de la ville ukrainienne de Slavoutitch, non loin de la centrale de Tchernobyl, pour marquer le 20e anniversaire du pire accident nucléaire de l'histoire.

Le 26 avril 1986, l'explosion du réacteur numéro quatre libère un nuage hautement radioactif, qui contaminera une grande partie de l'Europe. Les autorités soviétiques observent un mutisme complet pendant plusieurs jours avant de se décider à évacuer 135 000 personnes. Quelques 600 000 pompiers, soldats et civils, dits "liquidateurs" construisent ensuite un sarcophage, censé tenir 20 à 30 ans au dessus du réacteur endommagé.

A l'époque, on anticipe des dizaines de milliers de morts. Le dernier  bilan de l'ONU, publié en septembre dernier, est beaucoup plus modeste, estimant à 4000 le nombre de décès avérés ou à venir en Ukraine, Bélarus et Russie par suite de cancers. "Les effets sanitaires de l'accident étaient potentiellement catastrophiques, mais une fois que vous les additionnez en vous basant sur des conclusions scientifiques (...) ils n'ont pas été aussi forts que l'on pouvait le craindre initialement", conclut l'un des auteurs du rapport, Michael Repacholi.

Des travaux pour 1 milliard de dollars

Ce bilan est toutefois très contesté. Selon une récente étude britannique, le nombre de décès liés à Tchernobyl devrait s'élever entre 30 000  et 60 000. L'impact sur la santé mentale et psychique des populations touchées est aussi jugé très sérieux, d'autant que cinq millions de personnes résident  toujours dans les zones contaminées. "Au début, on avait peur de nous, on disait que nous étions sales, alors nous nous sommes sentis sales", explique Lioubov Sirienko, évacuée, qui avait 42 ans à l'époque. Une étude russe sur plus de 2000 "liquidateurs" montre que les deux-tiers d'entre eux souffrent de troubles psychiques. "Vu leur jeune âge à l'époque, les effets négatifs ne sont pas encore tous apparus", prévient l'étude.

Deux décennies après la catastrophe, les régions concernées restent socialement et économiquement dévastées. 350 000 personnes ont été évacuées en tout. 784 320 hectares de terres agricoles ont été interdites à l'agriculture et  près de 700 000 hectares à la production de bois. Le coût de la catastrophe s'élève à des "centaines de milliards de dollars", selon l'ONU. Aujourd'hui, le sarcophage corrodé et fissuré menace de s'effondrer et nécessite la construction d'une "arche" hermétique, dont le coût dépassera le milliard de dollars, d'après la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).

Mutations génétiques

Quand le danger sera-t-il définitivement écarté à Tchernobyl ? "Pas avant un siècle au moins après la construction de l'arche", répond Ioulia Maroussitch, porte-parole de la centrale. Le stockage définitif de tonnes de déchets radioactifs emprisonnés dans les décombres "n'est pas même pas à l'ordre du  jour", poursuit-elle. En vingt ans, Tchernobyl a fait avancer la science. Mais de nombreuses questions demeurent quant aux effets à long terme sur l'environnement et la santé publique.

Certains experts observent une recrudescence de certaines maladies comme le cancer de la thyroïde chez les adultes. Et les conséquences sont encore invisibles sur la nature. "Aujourd'hui, on ne voit rien, mais des modifications génétiques pourront apparaître dans 20, 50 ans", prévient le directeur de l'Institut  de radiologie agricole de Moscou.

le 25 avril 2006 à 07:14
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10 Commentaires

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  • Yann, le 26/04/2006 à 14h32

    Réponse à Thomas de Rosny. Attention à vos propos Thomas !! Non "on ne ressort" pas Tchenobyl aprés la grippe aviaire pour faire de l'info à 2 balles selon vos propos. Je ne connais pas votre âge, mais j('ai vécu ça en 86, avec mes deux enfants, et malgré le black out de nos courageux politiques (comme d'habitude) on a bien senti que c'était un catastrophe gravissime, dont on ne mesurerai que bien plus tard les conséquences. J'espère que mes enfants, qui étaient petits alors, et nous mêmes n'avons pas trop été touchés par la radioactivité monstrueuse de ce nuage qui, prétendument, s'était gentillement arrêté à nos frontiéres (quelle culot et quel cynisme criminel !!) J'ajoute comme cet autre rédacteur, bravo et chapeau à tous ces malheureux sacrifiés qui ont bousillé leur santé et leur vie pour nous éviter une plus grande catastrophe encore. Hommage à eux et à leurs proches.

  • Alain, le 26/04/2006 à 13h20

    Encore un sujet sur lequel Chirac nous a menti et sur lequel les médias se sont comportés en beni-ouioui.

  • Mensonges, le 26/04/2006 à 12h36

    Qui peu etre assez naif pour croire le chiffre de 4000. Car si c'est effectivement le bon chiffre, cela signifie donc que le nucleaire c'est pas dangereux (nous avons 5000 deces sur la route et 10000 suicide par an) J'aimerais bien également que l'on nous rappelle les noms de tous les politiciens qui nous ont menti à l'époque. J'aimerais que les medecins ayant menti soit puni par leur conseil de l'ordre (ou plutot conseil de protection de l'ordre). Dormez Francais, tout ca tres bien, ...

  • ML, le 26/04/2006 à 12h05

    Hommage à tous ces gens qui se sont sacrifiés pour contenir la catastrophe. Plutot que de critiquer le sensationnisme fait sur ce sujet, observez une minute de silence en leur memoire...

  • Geronimo, le 26/04/2006 à 11h13

    Les journalistes nous ont diffusé des météos bidonnés pour que le nuage s'arréte au Rhin. Pasqua était Ministre de l'intérieur et Mitterrand président. Mais ça a changé ?. Désinformation totale sur Paris Outreau et sa pollution pour sans doute répondre à la pression syndicale et politique. Y a t-il eu un seul article sur le role des media en france et le nuage de Tchernobyl ?

  • Xx, le 26/04/2006 à 11h03

    Voila ou mene le laxisme en matiere de securité et de traitement des dechets. Cela fait 40 ans qu'on marche on nuclaire, tant qu'on ne s'amuse pas a rogner sur la securite, les delais, le traitement des dechets, la recherche R&D, en tant que fournisseur europeen, ca s'autofinance tout seul, on risquera pas d'avoir un tchernobyle, ou un three mile island, l'energie sera toujours prioritaire sur la vie des hommes, quoi qu'il en coute, le nucleaire va enormement se developper.

  • Pollué, le 26/04/2006 à 10h19

    Au dela du débat pour ou contre le nucléaire, je tiens a saluer en ce jour anniversaire, la mémoire, le courage, la volonté, de tous ces gens qui se sont sacrifiés aprés cette catastrophe, pour nous éviter pire encore. Je pense que l'Europe leurs doit une fière chandelle, et ces gens méritent d'être aidés par nous. Merci a eux, de leur sacrifice.

  • Vladimir, le 26/04/2006 à 09h23

    Bonjour, j'ai deux remarques à faire: 1) le nombre de 4000 décès est riducule, rien que parmi les liquidateurs, il y en a des dizaines de milliers qui sont en train de mourir de cancers 2) des "troubles psychiques" ? C'est une blague ? Allez voir en Biélorussie, dans les territoires contaminés, les milliers d'enfants qui ont des cancers et qui naissent avec des malformations horribles. Pour tous ceux qui veulent une vraie information sur la catastrophe de Tchernobyl, je vous reccomande de lire "La supplication" de Svetlana Alexievitch. Si vous avez le courage d'arriver jusqu'à la fin. Bonne journée à tous.

  • Thomas, le 26/04/2006 à 07h45

    Ben tiens, plus de grippe aviaire alors on nous deterre Tchernobyl, puis après quoi ? C'est du sentiationalisme à 2 francs heureusement qu'il y a le nucléaire.

  • Claude POSTEL, le 25/04/2006 à 11h48

    Tchernobyl est une immense catastrophe mais j'aimerais savoir si les médias , en géneral , développent , avec une si grande ardeur , les problèmes "éventuellement à venir " ? pour attirer l'attention des gouvernements ou pour faire du "chiffre " ? C'est souvent à la limite de la décence , surtout que ce genre de "nouvelles" est souvent lue par des gens déjà inquiets , et ne parlons pas des russes ou des autres établis das cette région ; peut-être un peu plus de pudeur serait-elle positive ?

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