© INTERNEDes centaines de personnes, brandissant des chandelles et des oeillets, se sont rassemblées mercredi matin sur la place centrale de la ville ukrainienne de Slavoutitch, non loin de la centrale de Tchernobyl, pour marquer le 20e anniversaire du pire accident nucléaire de l'histoire.
Le 26 avril 1986, l'explosion du réacteur numéro quatre libère un nuage hautement radioactif, qui contaminera une grande partie de l'Europe. Les autorités soviétiques observent un mutisme complet pendant plusieurs jours avant de se décider à évacuer 135 000 personnes. Quelques 600 000 pompiers, soldats et civils, dits "liquidateurs" construisent ensuite un sarcophage, censé tenir 20 à 30 ans au dessus du réacteur endommagé.
A l'époque, on anticipe des dizaines de milliers de morts. Le dernier bilan de l'ONU, publié en septembre dernier, est beaucoup plus modeste, estimant à 4000 le nombre de décès avérés ou à venir en Ukraine, Bélarus et Russie par suite de cancers. "Les effets sanitaires de l'accident étaient potentiellement catastrophiques, mais une fois que vous les additionnez en vous basant sur des conclusions scientifiques (...) ils n'ont pas été aussi forts que l'on pouvait le craindre initialement", conclut l'un des auteurs du rapport, Michael Repacholi.
Des travaux pour 1 milliard de dollars
Ce bilan est toutefois très contesté. Selon une récente étude britannique, le nombre de décès liés à Tchernobyl devrait s'élever entre 30 000 et 60 000. L'impact sur la santé mentale et psychique des populations touchées est aussi jugé très sérieux, d'autant que cinq millions de personnes résident toujours dans les zones contaminées. "Au début, on avait peur de nous, on disait que nous étions sales, alors nous nous sommes sentis sales", explique Lioubov Sirienko, évacuée, qui avait 42 ans à l'époque. Une étude russe sur plus de 2000 "liquidateurs" montre que les deux-tiers d'entre eux souffrent de troubles psychiques. "Vu leur jeune âge à l'époque, les effets négatifs ne sont pas encore tous apparus", prévient l'étude.
Deux décennies après la catastrophe, les régions concernées restent socialement et économiquement dévastées. 350 000 personnes ont été évacuées en tout. 784 320 hectares de terres agricoles ont été interdites à l'agriculture et près de 700 000 hectares à la production de bois. Le coût de la catastrophe s'élève à des "centaines de milliards de dollars", selon l'ONU. Aujourd'hui, le sarcophage corrodé et fissuré menace de s'effondrer et nécessite la construction d'une "arche" hermétique, dont le coût dépassera le milliard de dollars, d'après la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).
Mutations génétiques
Quand le danger sera-t-il définitivement écarté à Tchernobyl ? "Pas avant un siècle au moins après la construction de l'arche", répond Ioulia Maroussitch, porte-parole de la centrale. Le stockage définitif de tonnes de déchets radioactifs emprisonnés dans les décombres "n'est pas même pas à l'ordre du jour", poursuit-elle. En vingt ans, Tchernobyl a fait avancer la science. Mais de nombreuses questions demeurent quant aux effets à long terme sur l'environnement et la santé publique.
Certains experts observent une recrudescence de certaines maladies comme le cancer de la thyroïde chez les adultes. Et les conséquences sont encore invisibles sur la nature. "Aujourd'hui, on ne voit rien, mais des modifications génétiques pourront apparaître dans 20, 50 ans", prévient le directeur de l'Institut de radiologie agricole de Moscou.
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