La grande misère des hôpitaux français

le 20 avril 2006 à 15h25 , mis à jour le 20 avril 2006 à 22h54

1,5 milliard d'euros : c'est la somme qui manque aux hôpitaux publics pour assurer leurs missions cette année, affirme Claude Evin. L'ex-ministre de la Santé, aujourd'hui président de la Fédération hospitalière de France, accuse : "En nous mettant cette chape de plomb, on est en train de tuer les réformes".

urgentiste hopital © INTERNE

Claude Evin, ancien ministre de la Santé et président de la Fédération hospitalière de France, n'hésite pas à parler d'une "dégradation historique" des finances des hôpitaux publics. "Hier (mercredi), le ministre de la Santé Xavier Bertrand disait que la décélération des dépenses d'assurance maladie était "historique". Moi je dis que la dégradation de la situation financière des hôpitaux est aussi historique", a déclaré Claude Evin, lors d'une conférence de presse. "Il manque un milliard d'euros pour le démarrage de l'exercice budgétaire et si on rajoute les plans de santé publique (...), il manque 1,5 milliard d'euros aux établissements pour assurer l'ensemble des missions", a-t-il poursuivi, alors que la FHF, qui représente la quasi-totalité des établissements publics, tire depuis plusieurs mois la sonnette d'alarme.

"Certes le ministre de la Santé dit qu'il a donné deux milliards de plus, c'est vrai. Mais pour maintenir les missions imposées et l'emploi, il nous faudrait avoir 1,5 milliard supplémentaire", a ajouté Claude Evin. A ses côtés, le président de la conférence des directeurs généraux des CHU (Centres hospitalo-régionaux) de France, Paul Castel, a jugé la situation "extrêmement préoccupante" : selon lui, 18 CHU sur 31 s'apprêtent à présenter un compte de résultats en déficit.

"Geler les postes, geler l'investissement ou s'endetter"

"En nous mettant cette chape de plomb, on est en train de tuer les réformes" engagées depuis trois ans, telles que la tarification à l'activité et la réforme de la gouvernance (organisation interne)", a encore déploré Claude Evin. "Or nous avons besoin de ces réformes", même si "nous contestons les modalités de leur mise en place. Nous souhaitons que la T2A, la gouvernance réussissent", a-t-il dit.

Selon Francis Fellinger, représentant les médecins hospitaliers des hôpitaux généraux, les établissements n'ont "que trois ou quatre alternatives : geler les postes, geler l'investissement ou s'endetter pour l'avenir, ou encore augmenter leur activité, mais ce qui se traduirait par la suite par une baisse des prix" remboursés par l'assurance maladie aux établissements pour leur activité. 

Photo d'ouverture : archives 

le 20 avril 2006 à 15:25
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25 Commentaires

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  • Juan, le 21/04/2006 à 15h29

    Hospitalier depuis 20 ans je peux témoigner de cette dégradation. Les conditions de travail deviennent catastrophiques et on ne peut que s'étonner du peu d'accidents, cela relève du miracle. Du gachis il y en a : perte continuelle de temps à réclamer les moyens (parfois de simples compresses ou du linge propre), à tout justifier, des marchés signés sur le seul critère du prix, etc ... la liste est longue. Pire, les pseudo démarches qualité d'accréditation et les réformes proposées n'arrangent rien : c'est du flan. Pendant que les infirmières sont occupées à rédiger des procédures qualité elles ne sont pas dans la rue en train de manifester. La nouvelle gouvernance proposée pour réorganiser l'hôpital intensifie l'administratisation des soignants qui passeront encore plus de temps à soigner le papier que le patient. La tarification à l'activité engendre des incohérences : plus rentable de réaliser certains actes que de faire de la prévention, ou de réaliser des examens pour les extérieurs que pour les hospitalisés. Sans oublier la mise en place précipitée des 35 heures tout simplement pour des fins purement électorales. Il faut vraiment s'accrocher à ses valeurs professionnelles pour ne pas craquer et croire encore que nous pouvons oeuvrer pour le mieux être du patient mais c'est chaque jour de plus en plus dur. Quant aux salaires et à ceux qui pensent que l'on fait fortune dans la santé publique je les invite à consulter les fiches métiers sur le site du Ministère ... au regard des responsabilités et du temps consacrés je n'ai franchement pas l'impression que nous soyons justement récompensés. Enfin pour recadrer les propos de Jean concernant les médecins étrangers : nous ne serions sans doute pas obliger d'y avoir recours si un bon nombre de nos chers médecins étaient moins préoccupés par la gestion de leurs publications, leur absentéisme pour congrés aux quatre coins de la planète que d'être présent et actif dans leur service.

  • BRIGITTE, le 21/04/2006 à 14h49

    A Jean de Lyon, vs avz raison, les hopitaux en ce moment c'EST TRES GRAVE, mais le problème des salaires existent bien ''peut être moins en Province?" Alors avec la reforme de notre Ministre, la porte de sortie pour faire des economies est de prendre des medecins etrangers, et de ne pas les rémunérés à leur juste valleur, au lieu de dire à ceux qui sont en place ''maintenant réduction des côuts donc vs n'allez plus avoir tel avantage ect" CA C'EST DE LA GESTION MINISTERIEL.. et les petits medecins, infirmières payent plein pot. bon week end bb

  • Jean, le 21/04/2006 à 12h12

    Réponse à Brigitte: De nombreux postes d'infirmier(e)s et de médecin restent vacants dans les hopitaux faute de candidats...d'où le recours à des médecins étrangers sous payés et moins bien formés...alors ça me parait bizarre qu'il y ait si peu de candidats avec tous les avantages que vous mentionnez. En fait la médecine en hopital devient un métier tellement déconsidéré et privé de moyens que les français ne veulent plus le faire...faites un tour aux urgences rien que pour voir... les animaux me semblent mieux traités dans les cliniques vétérinaires...

  • Brigitte, le 21/04/2006 à 10h27

    SVP Afficher donc rien que les salaires des medecins et les chirurgiens + les avantages+ Les primes etc.. Deja vs avs une partie de la réponse. C'est comme dans les entreprises (les grandes surtout) il faut faire des économies et oui, mais par contre à côté vs avs des salaires très correctes,(à la rigeur) mais vous avez tous les avantages (note de frais, + voitures+ primes+ des asurances, les avantages des Cies aériennes, les assurances, même la mutuelle prise en charge) ces avantages SONT TRES COUTEUX pour la SOCIETE, OU L'HOPITAL? Merci BB

  • JAMAL, le 21/04/2006 à 10h18

    Je suis médecin spécialiste en exercice dans une clinique privée. Il y a à peine 2 ans j'étais en poste en CHU. J'aimerai apporter deux observations au débat: (1) la première concerne la tarification à l'activité qui a été imposée à 100% du jour au lendemain en mars 2005 au secteur privé alors que la même réforme est étalée sur 10 ans (!!) à l'hôpital public. (2) le problème principal de l'hôpital public n'est pas financier mais managérial. Le pouvoir est éclaté au niveau d'individus non formés pour la gestion d'entreprise. La première conséquence est une baisse du moral ( et donc de la productivité) du personnel qui a beaucoup donnée pour l'hôpital public. Quel remède?? Un changement profond de la hiérarchie de pouvoir et une formation management adéquate et obligatoire.

  • Neikung, le 21/04/2006 à 09h09

    Coïncidence ou non : on apprenait il y a 2 ou 3 jours que certains blocs opératoires n'était pas "aux normes".... Maintenant les hôpitaux manque d'argent... hummm...

  • Alain, le 21/04/2006 à 09h01

    La France continue sa progression vers le pire, le pays est au bord du gouffre et tous nos politiques de droite et de gauche jouent les fanfarons à qui aura le pouvoir, nous sommes seulement aux yeux de ces gens des électeurs obéissants et aveugles. 2007 Français réveilles-toi!

  • Camille, le 21/04/2006 à 08h42

    Nous sommes un pays en faillite... Ainsi cela est répercuté sur les budgets. Il manque 1.5 milliards d'euros aux hopitaux cette année et la dette de la France s'alourdit tout les ans ( à peu prés 1000 milliards aujourd'hui), le pire reste donc a craindre... La solution ne consiste donc pas a rogner 1.5 milliards sur les autres budgets ni d'alourdir un peu plus la dette, mais de remettre la France sur de bons rails..

  • Anne, le 21/04/2006 à 01h02

    J'ajoute que les 35 heures ont ete une catastrophe economique et par consequent humaine, a tous les niveaux dont celui de la sante. Bravo la gauche (ironique).

  • Anne, le 21/04/2006 à 01h01

    Je pense que c'est vrai, en France on a un des meilleurs systemes, mais helas, comme aux US par exemple une medecine a deux voire trois vitesses.

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