
Après le député UDF Jean Lassalle, une commerçante à Frioul, un SDF à Paris et 136 clandestins au centre de rétention des étrangers de Vincennes mènent actuellement une grève de la faim. Médecin-psychiatre à l'hôpital parisien Saint-Anne, Christophe André (1) livre son analyse du phénomène à LCI.fr.
Comment interpréter les grèves de la faim d'un point de vue psychiatrique ?
Christophe André : Je serai très prudent. Selon moi, il s'agit davantage d'un phénomène sociologique que psychologique. Dans les sociétés occidentales, on est arrivé à un moment où les droits de l'individu semblent prendre le dessus sur les droits du groupe. Les personnes ont conscience de leur pouvoir pour faire pression sur la société. Une grève de la faim, c'est une forme de mouvement suicidaire lent auquel le gréviste de la faim fait participer les autres de gré ou de force, avec pour message : "Vous serez responsable de ma mort si vous ne faites rien". C'est une forme de violence faite à la société par culpabilisation et, comme toute violence, c'est aussi une forme d'échec car la personne en grève de la faim n'a pas pu faire aboutir sa demande. C'est par ailleurs un acte très symbolique dans une société d'abondance alimentaire : cela interpelle notre confort.
Qu'est-ce que cet acte nous enseigne sur l'état psychologique du gréviste de la faim ?
C. A. : Rien ! Lorsqu'un tel acte est politisé, médiatisé, c'est juste un outil pour faire passer une demande. Il n'y a pas grand-chose à voir entre le psychisme du député et celui du SDF ou des clandestins. Le seul ressort psychologique commun aux grévistes de la faim, c'est un sentiment d'impuissance, de désespoir.
Une grève de la faim entraîne-t-elle des séquelles psychologiques ?
C. A. : Ce type d'acte abîme le corps, dont le cerveau, et peut donc laisser une certaine fragilité psychologique chez le gréviste de la faim. Si l'acte n'a servi à rien, cela peut aussi augmenter le degré de ressentiment et d'incompréhension mais, une fois de plus, il faut être très prudent car il n'existe aucune étude scientifique sur ce sujet.
Plusieurs grèves de la faim sont menées actuellement en France, faut-il y voir un simple concours de circonstances ou l'expression d'un malaise social ?
C. A. : Le premier réflexe consiste à dire que la multiplication de ces actes est bien un mauvais symptôme de l'état du dialogue social en France. Mais paradoxalement, ce comportement, qui ne peut se dérouler que dans une société démocratique et médiatisée, est également un symptôme de la bonne santé de notre société : quand les faibles se manifestent, on veut les préserver. Nous avons toujours un souci de justice et de ne pas être trop inégalitaires.
(1) Christophe André est l'auteur de nombreux ouvrages, dont le récent Imparfaits, libres et heureux : pratiques de l'estime de soi, aux éditions Odile Jacob (480 pages, 22,90 euros).
photo : le député Jean Lassalle pendant sa grève de la faim, à l'Assemblée nationale (TF1/LCI)
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