© AFPLe professeur Jean Bernard, médecin, spécialiste de renommée internationale d'hématologie et de cancérologie, est décédé lundi à Paris à l'âge de 98 ans, a annoncé son entourage. Ses obsèques ont lieu ce vendredi dans l'intimité familiale. Elu à l'Académie des sciences en 1972, à l'Académie de médecine en 1973 et à l'Académie française en 1975, Jean Bernard alliait à ses qualités de chercheur celles d'un philosophe et d'un poète. C'est grâce aux travaux de celui qui devait affirmer : "Plus je vais, plus la mort d'un enfant et la maladie me paraissent scandaleuses", qu'à partir des années 60, on est parvenu à guérir un enfant sur deux atteints de leucémie.
Né le 26 mai 1907 à Paris, élève du lycée Louis-le-Grand puis de la Faculté de médecine, il devint médecin des hôpitaux à l'hôpital Saint-Louis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle il avait dirigé un réseau de résistance dans le Sud-Est. Professeur agrégé de médecine (1949), il se vit confier en 1954 la direction du Centre de recherches expérimentales sur la leucémie et les maladies du sang. Nommé professeur de cancérologie médicale et sociale (1956) puis de clinique des maladies du sang (1965) à la Faculté de médecine de Paris, il présida de 1967 à 1980 l'Institut national de la santé et de la recherche médical (INSERM), dont il devait demeurer haut-conseiller auprès du directeur-général. Membre du conseil d'administration de l'Institut Pasteur (1967-70), il fut successivement membre (1972-80), vice-président (1980-82) puis président (1982-84) de l'Académie des sciences. En 1980, il quitta la direction du service d'hématologie et de cancérologie de l'hôpital Saint-Louis.
La sagesse face à la science
Homme de culture et humaniste à la manière d'un savant de la Renaissance, le professeur Jean Bernard s'était toujours préoccupé de "l'absence totale de progrès de la sagesse face aux prodigieux progrès de la science et des techniques". Une question plus que jamais d'actualité avec le développement des greffes d'organes et les manipulations génétiques. Grand-croix de la Légion d'honneur, Croix de guerre 39-45, Commandeur des Arts et Lettres, il est l'auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels L'homme changé par l'homme, De la biologie à l'éthique et Espoirs et sagesse de la médecine.
"L'honneur de la médecine et ses difficultés sont dans cette alliance du devoir de science et du devoir d'humanité", expliquait le professeur Bernard sur le site Internet de la FRM. "La médecine du XXIe siècle sera une médecine de prévention, de prédiction, écrivait-il encore. Elle parviendra, assez souvent, à éviter l'apparition des maladies, à remettre de l'ordre dans le corps, à corriger les cellules malignes au lieu de les détruire. Tout à la fois, elle reconnaîtra le caractère unique de chaque être humain et s'efforcera d'être universelle."
Jacques Chirac a rendu hommage vendredi au professeur Bernard. Dans une lettre à ses enfants rendue publique par l'Elysée, le chef de l'Etat a écrit : "Notre pays perd un grand médecin et un esprit pionnier", soulignant que la recherche médicale "doit beaucoup à ce médecin d'exception". Le professeur Jean Dausset, prix Nobel de médecine, a exprimé pour sa part sa "tristesse" à l'annonce de cette disparition. "C'était vraiment un maître qui a suivi et guidé toute ma carrière. Je lui en suis extrèmement reconnaissant," a-t-il déclaré.
photo : AFP
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