La santé n'est pas au menu des géants de l'alimentaire

Par Par Matthieu DURAND, le 04 avril 2006 à 12h19 , mis à jour le 04 avril 2006 à 13h30

Les 25 plus grandes sociétés du secteur alimentaire n'intègrent pas suffisamment les recommandations de l'OMS en termes de santé et de diététique. Pour les auteurs britanniques de cette étude, ces résultats sont "inquiétants".

[Expiré] [Expiré] Céréales rayons supermarché commerce déjeuner (AFP) © AFP

"Les 25 principales entreprises mondiales du secteur alimentaire (1) ne prennent pas assez la santé au sérieux". Parmi elles, trois sociétés françaises : Danone, Carrefour et Sodexho. Telle est la conclusion d'un rapport publié mardi par des chercheurs de la City University de Londres.

Les scientifiques ont voulu savoir si ces géants de l'alimentaire - qu'ils soient industriels (Danone, Coca-Cola, Nestlé, Kraft, Cadbury-Schweppes, Unilever...), commerçants (Carrefour, Tesco...) ou restaurateurs (McDonald's, Sodexho...) - avaient intégré dans leur fonctionnement et dans leurs produits les recommandations de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Recommandations qui ont donné lieu en mai 2004 à la publication d'une "Stratégie globale sur le régime alimentaire, l'exercice physique et la santé".

Les résultats de cette étude sont "inquiétants", selon les mots des chercheurs. Malgré d'"honorables exceptions", "le tableau d'ensemble est assez pauvre, avec trop d'entreprises pas un brin impliquées", écrivent-ils. "Le manque de ressources financières ne peut être utilisé comme une excuse", préviennent-ils : "la plus petite entreprise sur laquelle nous avons enquêté a un chiffre d'affaires cinq fois supérieur au budget annuel de l'OMS".

Critiquer et auditer

Ainsi, la grande distribution, "qui se présente souvent comme l'ami du consommateur", note l'équipe britannique, représente "le secteur le moins performant" sur ces questions de santé publique. A l'inverse, le rapport montre que les industriels et les restaurateurs, qui ont été souvent attaqués pour leurs pratiques, sont les plus actifs. Pour que les professionnels de l'alimentation prennent la santé au sérieux, il faut donc les harceler de critiques, en déduisent les chercheurs. Avec toutefois un "danger à éviter" : se concentrer sur quelques entreprises connues plutôt que sur les secteurs économiques entiers.

Avec l'aide d'analystes financiers, l'équipe de la City University a épluché rapports annuels et sites Internet, passant en revue les "politiques, actions et engagements" de chaque compagnie sur des questions liées à la santé. Un travail de fourmis qui a amené les chercheurs à s'intéresser aux budgets consacrés à la recherche et au développement, au marketing, à la publicité et au sponsoring, à la qualité des produits ainsi qu'à leurs étiquettes mais aussi aux politiques de santé que ces entreprises ont mises en place pour leurs employés. Objectif affiché des chercheurs : “encourager les investisseurs, les consommateurs, les ONG, les autorités sanitaires et les gouvernements à auditer sur les questions de santé les entreprises basées dans leurs pays".

Quelques données marquantes de l'étude

  • Seules 10 entreprises sur 25 ont fait part de leurs efforts pour réduire la part de sel dans leurs produits, dont Cadbury Schweppes, Kraft, Nestlé, PepsiCo, Unilever et Carrefour.
  • Seules 5 entreprises ont indiqué agir sur la part de sucre dans leurs produits, dont Kraft, PepsiCo et Unilever.
  • Seules 4 entreprises ont fait part de leurs efforts pour réduire la part de graisses dans leurs produits, dont Kraft et PepsiCo.
  • 8 entreprises ont fait part de leurs efforts pour réduire la part des acides gras trans dans leurs produits, dont Cadbury-Schweppes, Danone, Kraft, Nestlé, PepsiCo et Unilever.
  • Seules 2 entreprises ont fait part de leurs efforts pour réduire les portions de leurs produits : Kraft et McDonald's.
  • Seules 11 entreprises font référence à la santé en tant que valeur interne, dont Danone, Kraft, PepsiCo, Unilever, Carrefour et McDonald's.
  • Seules six entreprises ont un membre dirigeant en charge des questions de santé.

(1) Cadbury Schweppes (R-U), Coca-Cola (USA), ConAgra (USA), Danone (F), Kraft (USA), Masterfoods/Mars (USA), Nestlé (Sui.), PepsiCo (USA), Tyson (USA), Unilever (P-B/R-U), Ahold (P-B), Aldi (All.), Carrefour (F), Ito-Yokado (Jap.), Kroger (USA), Metro (Alle.), Rewe (Alle.), Schwarz (Alle.), Tesco (R-U), Wal-Mart (USA), Burger King (USA), Compass (R-U), McDonald's (USA), Sodexho (F), Yum! (USA).

Par Par Matthieu DURAND le 04 avril 2006 à 12:19
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12 Commentaires

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  • Fée, le 05/04/2006 à 11h43

    Est-ce qu'il y a une relation à faire entre la nourriture proposée par ces géants de l'alimentaire et les fautes d'ortographe de ceux qui consomment et donnent leur avis ??

  • Antho, le 05/04/2006 à 06h23

    Bravo, à force de vouloir faire rentrer du pognon, vous retrouverez vos consomateurs à l'hôpital !!! Se faire du fric importe donc plus que de garantir la santé de ceux qui vous le donne???

  • Sab, le 04/04/2006 à 20h26

    Il est impératif que les marchands de sucre en poudre réduisent la part de sucre dans leurs paquets en y additionnant de la farine ou du platre . Et les marchands de sel de table doivent aussi réduire la quantité de sel dans le sel . Ah mais ! Assassins .

  • Sab, le 04/04/2006 à 20h22

    Réduire la part de sel dans le coca-cola où au départ il n'y en a pas , c'est pas sérieux . De toutes façons c'est encore et toujours la faute des autres , y compris les actionnaires bien entendu quand on a le cerveau qui fonctionne uniquement sur le lobe de gauche , dans cette civilisation de l'infantilisme où les gens sont par avance supposés ne pas pouvoir prendre en compte tout seuls leurs besoins nutritifs ou ne pas savoir lire les étiquettes .

  • J-Yves, le 04/04/2006 à 20h19

    Heureusement qu'une societe cherche a gagner de l'argent. Si le but d'une societe est de perdre de l'argent, quel est l'interet de creer une entreprise ?

  • Dan, le 04/04/2006 à 18h56

    A terry,dallas, texas...Vous avez raison, mais en partie...Les besoins se créent aussi, entre autres par la publicité... les multinationales,savent très bien en "profiter" et heureusement d'ailleurs car sinon, le portable et internet n'existeraient pas...C'est vrai pour l'agro alimentaire...Vous parlez de Mac Do...En France le "besoin", la "demande", n'existaient pas...Par une pub intelligemment orchestrée, on a suscité ce besoin....

  • Armand, le 04/04/2006 à 17h33

    Tant que l'on fonctionnera en mode "faisons du fric", les sociétés ne chercherons qu'à... gagner plus d'argent. Etre responsable n'est pas leur but, et ne peut l'être, puisqu'elles gagneraient moins d'argent. Il faudrait donc créer une TVA spécial "ce produit vient d'une entreprise (d')irrésponsable". Et voilà comment produir *bien* pourrait faire gagner *plus*.

  • David Winter, le 04/04/2006 à 16h53

    Sans vouloir accuser, je pense que le principal but de ces sociétés est la consommation, donc la rentabilité à court terme. Ceci n'est pas toujours compatible avec la qualité requise pour une santé garantie. Ceci dit, le consommateur est libre de lire les ingrédients de ce qu'il achète et de préférer telle ou telle marque. Le problème, c'est qu'on ne peut pas toujours savoir ce qu'il y a de bon et de mauvais, certains termes restent obscure, comme les colorants, souvent listés sous forme de code que pratiquement personne ne connaît. Une solution viserait à normaliser la nouriture, de façon à disposer d'une documentation officielle de tout ce qui peut exister dans les aliments, que ce soit au niveau naturel ou chimique. A suivre....

  • Terry, le 04/04/2006 à 16h47

    Les professionels de l'agro-alimentaire ne font que repondre a une demande. Le jour ou les gens iront chez McDonald's pour y manger une salade, alors McDonald's offrira plus de salade a son menu. Les multi-nationales font sans cesse des etudes sur les desirs des consommateurs afin de mieux pouvoir y repondre. Ce ne sont pas les multi-nationales qui nous imposent ce que nous mangeons, mais le comportement des consommateurs qui dicte ce que les multi-nationales doivent vendre pour rester sur le marche. La balle est donc dans le camps des consommateurs: lisez bien les etiquettes avant d'acheter. Rendre les multi-nationales responsable de nos propres choix individuels est un faux probleme.

  • Antoine, le 04/04/2006 à 15h10

    Vous savez, quand on voit à quoi ressemblent les pdg de ses entreprises ,niveau santé sa doit pas être térrible alors ne leurs demander pas de faire gaffe sà ce que pourrais manger leurs clients! Cassés!

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