© INTERNELa Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) a été créée après l'accident de Tchernobyl, qui s'est produit le 26 avril 1986. Son président, Roland Desbordes, revient sur la bataille menée depuis vingt ans pour faire reconnaître "la réalité de la contamination" en France.
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L'Ukraine va organiser en 2011 une visite guidée du site contaminé par le réacteur nucléaire de la centrale nucléaire de Tchernobyl, le 26 avril 1986.
Publié le 14/12/2010
Quel a été l'impact de la catastrophe de Tchernobyl en France ?
Roland Desbordes : Il a été comparable à l'impact chez nos voisins européens. Les dépôts [de matières radioactives, NDLR] au sol ont été plus ou moins importants en fonction de la pluie, de la vitesse des vents, de l'altitude : le nuage radioactif se situait à 2.000 mètres d'altitude, son impact était donc plus important en montagne qu'en plaine. Autre donnée d'importance : le temps de présence du nuage au-dessus de chaque région ; il est resté un jour au-dessus de Paris, cinq au-dessus de la Corse. En France, ce sont surtout l'Est et le Sud-Est qui ont été touchés, notamment le Jura, les Vosges, les Alpes du Sud (le sud du Vercors, la Drôme provençale, le Mercantour...) et la montagne corse.
Dans l'Ouest de la France, les mesures de radioactivité au sol représentaient en moyenne 2.000 à 3.000 becquerels/m2 ; dans l'Est, elles oscillaient entre 2.000 et 50.000 becquerels/m2. Ces éléments radioactifs sont tombés sur l'herbe, qui a été consommée par les bêtes, et se sont donc retrouvés dans le lait, la viande... Les pays voisins ont retiré de la consommation des produits lorsque les doses de contamination ont été supérieures aux normes. En France, on a laissé consommer les gens, on les a même encouragé à ne pas changer leurs habitudes.
Reste-t-il des sols contaminés en France ?
R. D. : Aujourd'hui, on trouve encore du césium 137 : il a perdu 30% de son activité depuis mai 1986 et il disparaîtra complètement dans 300 ans. Il se trouve dans le sous-sol mais n'est pratiquement plus dans l'herbe, ni dans les légumes, la viande ou le lait. La situation est quasiment normale, à l'exception peut-être des champignons et des sangliers.
Quelles sont les conséquences sanitaires de la catastrophe en France ?
R. D. : C'est délicat de répondre à cette question car on ne peut jamais dire à 100% qu'un cancer de la thyroïde est dû à Tchernobyl. C'est la même chose pour beaucoup de problèmes environnementaux. Pour les pontes français de la médecine, il n'y a pas eu une seule victime de Tchernobyl en France. C'est totalement ridicule ! Chez les ruraux de l'Est et du Sud-Est de la France, il y a eu plusieurs milliers de morts par cancer. A partir de modèles, notamment ceux sur les survivants d'Hiroshima, on sait que les rayonnements ionisants induisent tous types de cancers. On n'a pas bien identifié les cas de leucémies mais en revanche, bien les cancers de la thyroïde car ce sont des cancers très rares.
Les autorités françaises ont mis du temps à reconnaître cette contamination...
R. D. : Le premier message sur le nuage qui n'a pas traversé les frontières a fait beaucoup rire. Un deuxième message indiquait que le nuage était passé par la France mais sans rien laisser. La Criirad a été créée en mai-juin 1986 en réaction à ces mensonges. Aujourd'hui, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) publie une carte des dépôts radioactifs sur laquelle nous sommes d'accord, à quelques détails près. Il aura fallu vingt ans pour arriver à cette carte ! Et encore s'agit-il de la mesure de radioactivité car les autorités ne reconnaissent toujours pas la réalité de la contamination.
Si une catastrophe identique à celle de Tchernobyl se produisait à nouveau, les réactions des autorités françaises seraient-elles différentes de celles de 1986 ?
R. D. : En 1986, il y avait le Service central de protection contre les rayonnements ionisants qui était très centralisé, très monolithique. L'existence de la Criirad a fait beaucoup bouger les choses. Mais aujourd'hui, l'IRSN monopolise à nouveau toute l'information. Par ailleurs, par un décret de 2003, en cas d'accident nucléaire, la gestion de la crise serait confiée à l'armée. Ce serait donc forcément pire qu'en 1986. Il y a eu les affaires de l'amiante, de la vache folle, du sang contaminé... Les citoyens n'ont plus confiance dans leurs autorités car elles se sont discréditées sans en tirer les leçons. Il faudrait qu'elles fassent leur autocritique pour Tchernobyl.
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