Tchernobyl : "La réalité de la contamination n'est toujours pas reconnue en France"

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 25 avril 2006 à 07h00 , mis à jour le 24 avril 2006 à 16h54

Les autorités françaises ne reconnaissent toujours pas l'impact de l'accident de Tchernobyl en France. C'est ce qu'affirme à LCI.fr Roland Desbordes, président de la Criirad, un organisme indépendant créé au lendemain de la catastrophe.

Tchernobyl : la bête est morte © INTERNE

La Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) a été créée après l'accident de Tchernobyl, qui s'est produit le 26 avril 1986. Son président, Roland Desbordes, revient sur la bataille menée depuis vingt ans pour faire reconnaître "la réalité de la contamination" en France.

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Quel a été l'impact de la catastrophe de Tchernobyl en France ?

Roland Desbordes : Il a été comparable à l'impact chez nos voisins européens. Les dépôts [de matières radioactives, NDLR] au sol ont été plus ou moins importants en fonction de la pluie, de la vitesse des vents, de l'altitude : le nuage radioactif se situait à 2.000 mètres d'altitude, son impact était donc plus important en montagne qu'en plaine. Autre donnée d'importance : le temps de présence du nuage au-dessus de chaque région ; il est resté un jour au-dessus de Paris, cinq au-dessus de la Corse. En France, ce sont surtout l'Est et le Sud-Est qui ont été touchés, notamment le Jura, les Vosges, les Alpes du Sud (le sud du Vercors, la Drôme provençale, le Mercantour...) et la montagne corse.

Dans l'Ouest de la France, les mesures de radioactivité au sol représentaient en moyenne 2.000 à 3.000 becquerels/m2 ; dans l'Est, elles oscillaient entre 2.000 et 50.000 becquerels/m2. Ces éléments radioactifs sont tombés sur l'herbe, qui a été consommée par les bêtes, et se sont donc retrouvés dans le lait, la viande... Les pays voisins ont retiré de la consommation des produits lorsque les doses de contamination ont été supérieures aux normes. En France, on a laissé consommer les gens, on les a même encouragé à ne pas changer leurs habitudes.

Reste-t-il des sols contaminés en France ?

R. D. : Aujourd'hui, on trouve encore du césium 137 : il a perdu 30% de son activité depuis mai 1986 et il disparaîtra complètement dans 300 ans. Il se trouve dans le sous-sol mais n'est pratiquement plus dans l'herbe, ni dans les légumes, la viande ou le lait. La situation est quasiment normale, à l'exception peut-être des champignons et des sangliers.

Quelles sont les conséquences sanitaires de la catastrophe en France ?

R. D. : C'est délicat de répondre à cette question car on ne peut jamais dire à 100% qu'un cancer de la thyroïde est dû à Tchernobyl. C'est la même chose pour beaucoup de problèmes environnementaux. Pour les pontes français de la médecine, il n'y a pas eu une seule victime de Tchernobyl en France. C'est totalement ridicule ! Chez les ruraux de l'Est et du Sud-Est de la France, il y a eu plusieurs milliers de morts par cancer. A partir de modèles, notamment ceux sur les survivants d'Hiroshima, on sait que les rayonnements ionisants induisent tous types de cancers. On n'a pas bien identifié les cas de leucémies mais en revanche, bien les cancers de la thyroïde car ce sont des cancers très rares.

Les autorités françaises ont mis du temps à reconnaître cette contamination...

R. D. : Le premier message sur le nuage qui n'a pas traversé les frontières a fait beaucoup rire. Un deuxième message indiquait que le nuage était passé par la France mais sans rien laisser. La Criirad a été créée en mai-juin 1986 en réaction à ces mensonges. Aujourd'hui, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) publie une carte des dépôts radioactifs sur laquelle nous sommes d'accord, à quelques détails près. Il aura fallu vingt ans pour arriver à cette carte ! Et encore s'agit-il de la mesure de radioactivité car les autorités ne reconnaissent toujours pas la réalité de la contamination.

Si une catastrophe identique à celle de Tchernobyl se produisait à nouveau, les réactions des autorités françaises seraient-elles différentes de celles de 1986 ?

R. D. : En 1986, il y avait le Service central de protection contre les rayonnements ionisants qui était très centralisé, très monolithique. L'existence de la Criirad a fait beaucoup bouger les choses. Mais aujourd'hui, l'IRSN monopolise à nouveau toute l'information. Par ailleurs, par un décret de 2003, en cas d'accident nucléaire, la gestion de la crise serait confiée à l'armée. Ce serait donc forcément pire qu'en 1986. Il y a eu les affaires de l'amiante, de la vache folle, du sang contaminé... Les citoyens n'ont plus confiance dans leurs autorités car elles se sont discréditées sans en tirer les leçons. Il faudrait qu'elles fassent leur autocritique pour Tchernobyl.

Vers un proces ?

Pour faire reconnaître cette "réalité de la contamination" due à l'accident de Tchernobyl, une plainte contre X pour administration de substances nocives a été déposée le 1er mars 2001 au Tribunal de grande instance de Paris. "La justice l'a requalifiée en coups et blessures involontaires", indique Roland Desbordes. L'instruction, menée par la juge Bertella-Geffroy, "avance petit à petit", souligne le président de la Criirad. "J'ai bon espoir que l'on aille vers des mises en examen puis un procès", déclare-t-il, affirmant vouloir s'en prendre à "tout un système" plutôt qu'à des hommes.

photo : Tchernobyl (archives)
Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 25 avril 2006 à 07:00
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23 Commentaires

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  • Franck, le 26/04/2006 à 15h10

    Juste pour préciser la dose reçu lors d'un Paris-NewYork A/R (cF. 1er avis): 0.06 millisieverts (msv), soit 3 fois la dose reçue annuellement en France due les retombées de essais nucléaires atmosphérique (0.02 msv). La radioactivité naturelle occasionne en moyenne 2.4 msv par an en France (10 fois plus dans certaines régions du monde). Une radiographie occasionne 0,5 msv. Autant savoir de quoi on parle. Le seivert est une mesure d'énergie produit par rayonnement (radioéléments pour le nucléaire, particules cosmiques lors des voyages en avion, etc.). Merci de me publier !

  • MarcRP, le 26/04/2006 à 13h41

    Le problème avec le nucléaire c'est que les gens ne savent rien sur le sujet et ne cherchent pas à comprendre. Tous les gens qui crient au loup après Tchernobyl, ont peut être du radon dans leur cave depuis 20 ans et n'ont rien fait, ce qui les intoxique 10 000 fois plus que le passage du nuage, mais ils ne sont pas au courant. Les braves écolos qui vont en avion à des forums dans le monde entier se prennent sans doute 30 x l'équivalent dose éventuellement reçu lors du passage du nuage à chaque déplacement. Mais ils ne s'en vantent pas. Il faut exliquer aux gens que l'unité en radioactivité est le Sievert que le béquerel ca ne veut rien dire tout seul, un béquerel de césium d'iode ou de polonium ca fera pas le même effet sur le corps, 50 000 béquerels en alpha ou en béta ça n'a rien à voir. Les gens sont radioactifs eux mêmes si je vous met un compteur sur le corps, je compterai aussi quelques Béquerels de Phosphore 32, mon dieu tout le monde est radioactif ? ben oui vous ne le saviez pas ? Bien sur les journalistes sont loin d'êtres conaisseurs en la matière mais qu ils essayent un peu de donner des points de comparaison que l'on puisse enfin se marrer des propos ahurissants de la CRIIRAD...

  • Jack, le 26/04/2006 à 12h20

    Mais au fait, de quel bord était le PRESIDENT de l'époque ? Ha oui c'est vrai . . . . il ne gouvernait pas !! Jack - Anvers

  • Lohey, le 26/04/2006 à 08h34

    Est-ce que les médias reconnaissent d'avoir menti autant que les politiques et de leur être soumis ?

  • TIRON66, le 25/04/2006 à 22h17

    Que les pro-nucléaires se dévouent pour être liquidateurs, s'ils continuent à prétendre que le nucléaire civil ou militaire ne présente que peu de risque pour la santé. Qu'ils se portent volontaires pour aller construire le nouveau sarcophage indispensable au dessus de la centrale ukarinienne, sans protection ni période de repos bien sûr ! Merci ausx 500 000 liquidateurs russes qui se sont sacrifiés pour nous. Ne les oublions jamais...

  • Momo, le 25/04/2006 à 20h54

    A MELCHIOR de Montpellier, Vous avez gagné une raison de taper sur CHICHI, mais c'est pas mieux avec les autres: pensez aux transfusés du CNTS c'était Fabius au gouvernement non? et hélas il y a encore plus de défunts

  • Lolo, le 25/04/2006 à 18h49

    Juste pour l'anecdote...quand le SCPRI a annoncé qu'un anticyclone était sur la France et donc que le nuage radioactif n'étais pas passé au dessus de notre territoire, il faut savoir qu'à cette époque tous les portails de sécurité à l'entrée des centrales nucléaires se sont mis à sonner (alerte, alerte, radioactivité dépassé !), ouuu , les menteurs !

  • Grosjean, le 25/04/2006 à 18h13

    C'est beau un nuage mais que de dégâts si c'est celui de TCHERNOBYL ....20 ANS déjà et moi 17 ans que je suis malade , j'ai perdu ma santé mon travail une qualité de Vie ...j'ai moi une analyse de sang qui démontre que ma thyroide fonctionnait avant TCHERNOBYL je suis en droit de me poser des questions ! 20 ans plus tard les Russes disent ce qui sait passé...mais en FRANCE , Mr MADELIN sur france 2 le 18 avril tiens toujours les mêmes propos c'est difficile de reconnaître qu'en France on n'a pas été capable de gérer TCHERNOBYL ...alors que tous les autres pays européens prenaient des mesures draconniennes...Il est temps que les pouvoirs publics prennent en considération les souffrances physiques , morales en 1986 la France n'a pas voulu n'a pas su protéger les enfants de son pays blessés meutries par la maladie ...Il y a de + en + de malades de la thyroide ...TCHERNOBYL ou pas le résultat est là ! Nous sommes en droit d'attendre les meilleurs soins , hors il faut le savoir le médicament EUTHYRAL n'est plus dans les pharmacies nous sommes à présent victimes des firmes pharmaceutiques ...ces hormones sont necessaires à notre équilibre ! tout comme les diabétiques ont besoin de leur insuline nous avons besoin de nos hormones...nous devrions avoir une qualité de soins ...c'est loin d'être le cas. Pourquoi ne parle ton pas des effets mutagénes? TCHERNOBYL dans le temps et dans l'espace ...invisible , nuisible ...détruit au passé , au présent au futur...le passé? n'oublions pas les liquidateurs, les mineurs , les enfants ...morts au présent ? tous les malades qui apprennent à vivre ...à vivre! non a survivre car le monde médical n'a pas de recul ...et le futur? PLUS JAMAIS CA !!! Mme GROSJEAN

  • Fredy, le 25/04/2006 à 17h45

    Sang contaminé = tous blanchis avec mensonge du gouvernement ! Hormone de croissance = tous blanchis avec mensonge du gouvernement ! Tchernobyl = mort, malade, cancer, malformation et j’en passe…….. avec bien sur mensonge du gouvernement ! du style : non pas de cause à effet sur la France !! Vous êtes franchement une belles bandes de voyous !!! Les associations devraient faire comme pour le CPE tous le monde dans la rue pour savoir la vérité ! Merci de publier.

  • Citoyen, le 25/04/2006 à 17h23

    Aux vues des reactions, l'administration n'est pas honnete et jamais responsable. Et pourtant, le liberalisme reste un gros mot en France. Il va falloir choisir son camp un jour. On ne peut pas toujours reclamer d'etre assiste comme des bebes et se plaindre de ne pas etre responsabilise et respecte.

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