Maylin Madé, éleveuse du Haut-Béarn, venue témoigner devant le Conseil d'Etat des problèmes liés à la présence de l'ours Pour la première fois, samedi, devant le Conseil d'Etat, éleveurs de moutons et ministère de l'Ecologie ont confronté leurs points de vue sur l'introduction de cinq ours slovènes dans les Pyrénées alors que les anti-ours maintenaient la pression en manifestant en Haute-Garonne (lire "Les anti-ours manifestent dans le calme"). "C'est peut-être un dialogue qui va s'instaurer pour la première fois", espérait Me Pierre Cambot, avocat des éleveurs, en arrivant au Conseil d'Etat.
Une trentaine d'associations et de communes des Pyrénées et le Conseil général de l'Ariège ont saisi en référé (en urgence) le Conseil d'Etat pour obtenir la suspension de l'introduction de trois nouveaux ours slovènes dans les Pyrénées. Ils ont également déposé une requête en annulation de la décision ministérielle d'introduire au total cinq nouveaux ours dans les Pyrénées. Le Conseil d'Etat doit dire s'il existe des "doutes sérieux" sur la légalité de cette mesure pouvant justifier sa suspension jusqu'à ce qu'il statue sur le fond du dossier. Il rendra sa décision le 9 mai.
"Lorsque l'ours attaque, le seul rempart que j'ai à opposer, c'est ma personne"
La ministre de l'Ecologie Nelly Olin avait annoncé le 13 mars un plan de renforcement de l'ours dans les Pyrénées qui prévoit l'arrivée de quatre femelles et d'un mâle. Les lâchers dans la nature des deux premiers plantigrades, Palouma le 25 avril et Franska le 28, ont suscité manifestations et actes de malveillance, comme le dépôt de pots de miel contenant des morceaux de verre. Samedi au Conseil d'Etat, trois représentants des éleveurs et quatre du ministère se sont opposés devant le juge Bruno Genevois. "Nous sommes là pour faire du droit pas pour faire un débat d'ordre public", a prévenu le juriste.
Pour les éleveurs, la décision d'introduction des ours ne respecte pas certaines dispositions de la directive européenne sur la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvage. Celle-ci prévoit notamment que les mesures prises pour le maintien de la biodiversité tiennent compte des exigences économiques et sociales des secteurs concernés et n'interviennent qu'après une consultation appropriée du public concerné. Or, les éleveurs n'ont pas été directement consultés, affirme Me Elisabeth Baraduc, l'une de leurs avocats. "Lorsque l'ours attaque, le seul rempart que j'ai à opposer, c'est ma personne", a témoigné une éleveuse du Haut-Béarn, Maylin Madé, en racontant combien la surveillance permanente des troupeaux en raison de la présence des ours la privait de toute vie sociale.
"A-t-on le droit de laisser disparaître une espèce animal protégée sur notre territoire, la réponse de l'administration est non", a résumé Patrice Blanchet, sous-directeur chasse, faune et flore sauvage au ministère de l'Ecologie. Or, "à défaut de ces réintroductions, l'espèce est condamnée à disparaître", a-t-il fait valoir. "Deux cents moutons sont tués chaque année dans la chaîne pyrénéenne pour une population actuelle de 14 à 18 ours", a ajouté le fonctionnaire expliquant que "l'essentiel de l'alimentation de ces omnivores ne se fait pas sur le dos des troupeaux domestiques". De plus, les cinq introductions compensent en partie les disparitions des ours Claude (1995), Melba (1997) et Cannelle (2004), a-t-il conclu.
Photo d'ouverture : Maylin Madé, éleveuse du Haut-Béarn, venue témoigner devant le Conseil d'Etat des problèmes liés à la présence de l'ours - DR
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