Le "sale temps" qui s'abat sur une bonne partie de la France depuis plusieurs semaines ne doit pas faire illusion : le risque de sécheresse n'est pas complètement écarté. Le déficit de pluie "efficace", celle à même de recharger les nappes en sous-sol, atteint plus de 50% dans le grand Bassin Parisien (nord de la région Centre, Ile-de-France, Picardie, Champagne-Ardenne), en Midi-Pyrénées et pour une grande partie de Rhône-Alpes et de la basse vallée du Rhône, a indiqué jeudi Thierry Pointet, hydrologue au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).
"Il n'y a pas de situation alarmante, mais il faudra être vigilant dans les zones insuffisamment rechargées, qui risquent de connaître des arbitrages d'usage", a estimé pour sa part le directeur du service Eau du BRGM, Didier Pennequin. Il a rappelé que les nappes alimentent 46% de la consommation française tous usages confondus et même 60% du seul usage domestique.
En avril, les précipitations ont de nouveau manqué sur la majeure partie du territoire et sont donc restées sans effet sur la recharge des nappes qui, à cette époque, entament leur baisse estivale. Puis en mai, les pluies satisfont d'abord les besoins des plantes en pleine croissance avant de pénétrer le sol. Par conséquent, insiste le BRGM, "sauf conditions météorologiques exceptionnelles, les précipitations à venir ne contribueront plus à la recharge des nappes". Les géologues prennent également en compte "l'inertie" des nappes : ainsi, la nappe de Beauce qui a subi un stress hydrique (déficit) trois années de suite aura besoin d'autant pour se reconstituer avec des précipitations normales.
Une bande Est-Ouest épargnée
Certes, il y a quelques bonnes nouvelles : selon Thierry Pointet, hydrogéologue du BRGM, "le risque de sécheresse cet été est écarté pour la façade atlantique et la région Poitou-Charentes", particulièrement touchées l'an passé. Par ailleurs, après trois années déficitaires et un automne sec, les précipitations abondantes en pluies et neige de février et mars ont permis à la plupart des petites et moyennes nappes souterraines de se réapprovisionner en eau de façon "satisfaisante", a-t-il expliqué. Ainsi, toute une bande Est-Ouest, courant de la Lorraine au Poitou-Charentes, de la Franche-Comté au Massif Central, à l'Aquitaine et à la Bretagne devrait être à l'abri de restrictions.
Quant aux régions déficitaires, elles sont aussi des régions sédimentaires dans lesquelles la nappe superficielle est doublée par au moins une autre nappe plus profonde, mais accessible". "Si une nappe baisse de manière durable, on tentera d'approfondir le captage", poursuit-il. La ville de Paris peut ainsi compter, en cas de pénurie grave sur un forage à 650 m sous terre. Selon le BRGM, plusieurs grandes villes françaises ont de la même façon un réseau de secours en profondeur qui fait actuellement l'objet d'une révision.
Au 17 mai, sur six arrêtés préfectoraux de restrictions (Charente, Deux-Sèvres, Vienne, Oise, Seine-et-Marne et Val-de-Marne), trois concernent l'état des nappes (Seine-et-Marne, Val-de-Marne et Vienne).
photo : archives










