© INTERNEComment la vie est-elle apparue sur Terre et comment a-t-elle évolué ? La communauté scientifique, à la suite des travaux de Darwin, a en partie répondu à ces grandes questions. Et pourtant, depuis plusieurs années, le mouvement créationniste, qui explique l'histoire de l'humanité par une intervention divine (un "dessein intelligent") et conteste certaines données scientifiques, tend à prendre de l'ampleur, notamment aux Etats-Unis. Cette situation a incité l'IAP, une organisation internationale qui réunit la plupart des académies scientifiques dans le monde (1), à publier mercredi une déclaration sur "l'enseignement de l'évolution". Explication de son co-président, le Français Yves Quéré, physicien et membre de l'Académie des sciences.
LCI.fr : Pourquoi l'IAP a-t-il décidé de faire une déclaration sur l'évolution de la vie sur Terre ?
Yves Quéré : Il nous est apparu que ce sujet, qui fait débat principalement aux Etats-Unis mais aussi en Europe, en valait la peine. Notre déclaration porte sur l'enseignement de l'évolution, et non sur l'évolution. Sur cette dernière, nous rappelons qu'il y a un certain nombre de faits scientifiques qui ont été établis par des mesures et des observations pluridisciplinaires qui concordent. Par exemple, la Terre s'est formée il y a approximativement 4,5 milliards d'années. Si quelqu'un enseigne que notre planète a 10.000 ans, il dit des choses fausses.
Par ailleurs, il y a beaucoup de points qui n'ont pas ou pas encore été démontrés. Dans la "chaîne de l'évolution", il y a des chaînons manquants : sur des millions d'années, on ne sait pas très bien comment on est passé d'une espèce à une autre.
LCI.fr : La déclaration de l'IAP reconnaît la contribution de la philosophie et de la religion, entre autres, à la compréhension du monde. Est-ce une manière de rester prudent dans un débat sensible ?
Y. Q. : Nous n'avons pas agi par prudence mais avec le désir réel de ne pas rallumer des querelles périmées. Par le passé, la science et la religion ont marché sur les plates-bandes de l'autre. Aujourd'hui, scientifiques et religieux admettent que chacun travaille pour le bien de l'humanité. Enfin, normalement ! La philosophie et la religion ont leur mot à dire sur les valeurs et les buts [de l'humanité, NDLR], sur lesquels la science est silencieuse.
LCI.fr : Est-ce suffisant pour lutter contre ceux qui s'opposent farouchement à l'explication scientifique de l'évolution ?
Y. Q. : Notre propos est ferme mais pas agressif. Peut-être provoquera-t-il des réactions. Si nous assistons à des crispations terribles, si nous constatons que ces tendances se répandent dramatiquement sur la planète, alors nous passerons à la vitesse supérieure. Mais, vous savez, les créationnistes ne représentent pas des forces considérables et on ne peut pas dire que les enfants français soient menacés par leurs théories.
LCI.fr : Aux Etats-Unis, le débat est vif. Le président Bush a même proposé que les thèses créationnistes et darwinistes soient présentées sur le même plan aux enfants...
Y. Q. : On ne peut pas demander à un enfant de choisir entre des connaissances qu'il ne maîtrise pas : c'est une ineptie, c'est même scandaleux. Le mythe d'Adam et Eve est une magnifique histoire qui peut être enseignée. Il n'est pas question de le rayer de la carte de la pensée humaine. Mais la science n'en a pas besoin dans son champ d'action.
(1) Située à Trieste, en Italie, l'Interacademy panel (IAP) est "une assemblée de 92 académies des sciences du monde", selon Yves Quéré, qui en est le co-président au côté du Chinois Chen Zhu. 67 d'entre elles, dont les académies française, chinoise, iranienne et américaine, ont signé la déclaration sur l'enseignement de l'évolution.
photo : archives
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