Un Prix Nobel de chimie suggère de "manipuler le climat"

le 30 juin 2006 à 13h59 , mis à jour le 30 juin 2006 à 14h29

Paul Crutzen préconise de larguer du soufre dans l'atmosphère en cas de "réchauffement climatique plus brutal que prévu", ce qui aurait pour effet de réduire la température du globe. Il estime que le réchauffement climatique a peut être été "sous estimé".

climat environnement © INTERNE

Quel point commun entre la Bible et l'Odyssée pourrait aider à réduire la température moyenne du globe ? Réponse : le soufre. Pour lutter contre le réchauffement climatique, Paul Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995, propose de larguer un million de tonnes de ce corps simple dans l'atmosphère, dans un entretien publié dans la revue La Recherche.

Mais pour ce spécialiste de la couche d'ozone, il s'agirait là d'une "solution d'urgence, au cas où le réchauffement climatique se révélerait plus brutal que prévu". Il faudrait alors déployer des particules de sulfate dans l'atmosphère pour que celles-ci, en réfléchissant les rayons du soleil, entraînent en quelques années une réduction de la température moyenne du globe. Concrètement, "il s'agit de larguer du soufre ou du sulfure d'hydrogène dans la stratosphère, la couche de l'atmosphère située entre 10 et 50 kilomètres d'altitude, à l'aide de ballons", précise-t-il.

"Possible que nous ayons sous-estimé le réchauffement climatique"

Seul inconvénient, une fois brûlé, le soufre devient du dioxyde de soufre, substance qui peut causer de la pollution sous forme de pluies acides, voire engendrer des troubles respiratoires et des risques cardio-vasculaires chez les personnes fragiles.

Cette idée, reconnaît le Pr Crutzen, n'est pas nouvelle. "Elle a été discutée il y a une trentaine d'années par le scientifique russe Mikhaïl Budyko. Mais il me semble important de l'étudier désormais car tout ne peut être prévu en matière de climat. Il est possible que nous ayons sous-estimé le réchauffement climatique à venir", s'inquiète-t-il. "Nous devrions avoir une discussion sans hystérie sur cette question d'influencer artificiellement le climat", ajoute le professeur honoraire à l'université de Mayence en Allemagne et à l'institut américain d'océanologie Scripps, à San Diego. Ses propos figurent dans un dossier de la Recherche de juillet-août de consacré au changement climatique.

le 30 juin 2006 à 13:59
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