Objectif du programme PastoraLoup : faciliter la cohabitation entre le loup, les moutons et les hommes (photo : Brice Gautriaud, WWF France). © INTERNESale temps pour les grands prédateurs en France. Les ministères de l'Ecologie et de l'Agriculture ont publié jeudi au Journal officiel "l'arrêté fixant les modalités d'effarouchement et de prélèvement de loups pour 2006". En clair, les autorités autorisent l'abattage d'un maximum de six loups dans neuf départements (1) du Sud-Est de la France.
Ces "prélèvements sur la population des loups" peuvent intervenir dans la mesure où "il est nécessaire de prévenir des dommages importants aux élevages" et où "il n'existe pas d'autre solution satisfaisante", précise l'arrêté. Selon les autorités, le "tir de défense peut être déclenché plus rapidement qu'en 2005 : après sept jours de réalisation effective de l'effarouchement et à la suite de deux attaques faisant au moins une victime" alors qu'en 2005, "il fallait attendre trois semaines effectives d'effarouchement et quatre attaques faisant des victimes".
Parmi les autres allègements : pour qu'il y ait "attaque", il faut avoir identifié "au moins une victime indemnisée", et non plus des victimes. "Ce niveau de prélèvement ne portera pas atteinte à l'état de conservation de l'espèce dans notre pays", assurent encore les ministères. Une espèce protégée tant en France qu'au sein de l'Union européenne.
Possible recours devant le Conseil d'Etat
La fédération France Nature Environnement envisage un recours devant le Conseil d'Etat contre l'arrêté gouvernemental. La FNE a regretté que le gouvernement se soit ainsi engagé dans "une logique de régulation de l'espèce", au lieu de "privilégier une logique de coexistence entre le prédateur et les activités humaines". L'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) a également dénoncé la décision du ministère de l'Ecologie, "une mesure inutile qui ne fera qu'endommager une population de loups loin d'être stable et qui ne résoudra pas les problèmes des éleveurs".
Ferus, qui se présente comme "l'association nationale qui protège les loups, les ours et les lynx", admet la nécessité de "quelques tirs ponctuels de défense des troupeaux" mais "sous strictes conditions". A savoir : "quand le nombre de loups est assez élevé, et quand toutes les mesures de prévention des attaques et d'effarouchement ont été mises en place et ont échoué". Or, l'association "estime qu'avec une centaine d'individus présents en France (à plus ou moins 30% près), le loup est encore très fragile". Elle craint que dans certains cas, tuer un loup revienne à "éliminer le [prédateur] de tout un massif".
Manifestation sous tension
Quant au Plan ours, qui doit permettre d'introduire en France cinq ours slovènes, il subit un nouveau revers. Le deuxième lâcher d'ours prévu sur la commune de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) a été suspendu, à la demande du ministère de l'Ecologie. Une décision justifiée par "volonté d'apaisement de Mme [Nelly] Olin [la ministre de l'Ecologie], compte tenu des événements", selon le maire de la ville, Rolland Castells (UDF). La commune avait déjà accueilli l'ourse Franska, fin avril. Mais les trois lâchers de plantigrades qui ont déjà eu lieu en France ont été perturbés par les éleveurs. Les manifestations d'opposants à l'ours, soutenus par certains élus, ont parfois dégénéré. Des ports de miel contenant des morceaux de verre ont même été retrouvés dans les Pyrénées.
Rolland Castell avait alors appelé à un "moratoire" sur le Plan ours. Le 4e ours slovène pourrait ainsi être relâché dans une des trois autres communes ayant accepté de participer au plan : Arbas, Burgalays, Luchon. Une manifestation des "pro-ours" doit d'ailleurs se dérouler samedi dans cette dernière commune. Pour empêcher que des opposants ne perturbent le défilé, un escadron de gendarmes mobiles (80 hommes) sera notamment mobilisé. Dans une lettre ouverte, le maire de Luchon, René Rettig (UMP), dénonce mercredi les actes de violence commis par certains "anti-ours" et s'en prend aux "députés, conseilleurs généraux, élus consulaires" qui se servent de l'ours et des éleveurs comme un "alibi à l'inaction". Appelant à la reprise du dialogue, le maire milite pour "donner leur place au pastoralisme et à notre faune sauvage".
(1) Les départements concernés sont l'Ain, les Alpes-de-Haute-Provence, les Hautes-Alpes, les Alpes-Maritimes, la Drôme, l'Isère, la Savoie, la Haute-Savoie et le Var.
photo : Brice Gautriaud (WWF France)
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