© INTERNELCI.fr : Des criquets s'abattent sur des exploitations en Saône-et-Loire et dans la Nièvre (lire l'article) ; à Samatan, dans le Gers, ce sont les coléoptères carabiques qui sont particulièrement nombreux, selon le quotidien Sud-Ouest ; ici, on se plaint des guêpes, là, des moustiques. Les fortes chaleurs ont-elles provoqué des proliférations d'insectes en France ?
Michel Martinez (1) : Ce genre de phénomène a toujours plus ou moins existé mais il faut rester prudent et ne pas faire d'amalgame. Sur les 41.000 espèces d'insectes que l'on suppose vivre en France, il y en a quelques centaines seulement qui prolifèrent en cas de fortes chaleurs mais nous y prêtons davantage d'attention car parmi celles-ci, se trouvent des espèces qui gênent, qui piquent ou qui viennent à la lumière. Les gens sont de moins en moins confrontés et sensibilisés à la nature donc chaque fois qu'ils voient une bestiole, ils en viennent à trouver cela anormal.
Pour schématiser, lorsqu'il fait 20 degrés et que vous déjeunez dans votre jardin, une guêpe viendra une ou deux fois à votre table ; s'il fait 35 degrés, elle passera sans arrêt car la chaleur la rend plus active, elle recherche davantage ses proies qu'elle a des difficultés à trouver. De nombreux insectes sont perturbés par la chaleur : beaucoup d'espèces ont besoin d'humidité pour éclore, d'autres consomment des végétaux, lesquels sont mis à mal par la sécheresse.
LCI.fr : Concernant les nuages de criquets, s'agit-il d'une conséquence de la chaleur ?
M. M. : Ces populations de criquets viennent du Sud de la France et sont "remontées" à la faveur de conditions météo plus favorables, en Saône-et-Loire, dans la Nièvre mais aussi ailleurs en France. C'est pour cela que l'on peut voir des mantes religieuses jusqu'en région parisienne. Mais après un ou deux hivers froids, l'invasion va régresser.
Ces nuages de criquets s'expliquent également par les pratiques culturales actuelles : il y a beaucoup de jachères alors qu'autrefois, les prairies étaient pâturées et entretenues, ce qui contribuait à limiter les populations de criquets. Un exemple : il y a quelques années, les prairies étaient limitées par des haies et lorsque les bergers y emmenaient leurs moutons, ils commençaient par les faire brouter par les bords [près des haies, NDLR]. Les criquets se retrouvaient donc concentrés dans un cercle de plus en plus réduit au milieu de la prairie. Ils ne pouvaient plus s'échapper et du fait de la surpopulation, ils ne parvenaient plus à se reproduire.
LCI.fr : Donc selon vous, il n'y a pas plus d'insectes cet été que l'an passé...
M. M. : Ce qui est paradoxal, c'est que tous les entomologistes constatent qu'il y a moins d'individus et d'espèces d'insectes au fil des ans. Outre les conditions climatiques et les pratiques culturales, on peut évoquer les pollutions de toute nature et tout ce qu'on rejette dans l'air. Quand vous roulez en voiture sur quelques dizaines de kilomètres, vous tuez des milliers d'insectes et des dizaines ou des centaines d'espèces. Donc imaginez les dégâts que provoque la circulation depuis des années et des années.
Or beaucoup de ces insectes participent à la dégradation des matières organiques, servent d'alimentation à d'autres animaux ou participent à la pollinisation... Cette perte de biodiversité, on en mesure pas encore tous les effets.
(1) Michel Martinez est entomologiste à l'Institut national de la recherche agricole (Inra).
Retour MYTF1
Chargement en cours...





