
"Pourquoi a-t-on attendu la fin des vacances pour lâcher une information aussi importante ? Pourquoi les services sanitaires n'ont-ils pas communiqué plus tôt au niveau des médias ?" Il se pose des questions, mais il n'a pas beaucoup de réponses. Le maire PS de Lens Guy Delcourt a dénoncé jeudi "la faute" des services de l'Etat pour ne pas avoir informé "en temps réel" les élus du Nord-Pas-de-Calais de l'ampleur de l'infection nosocomiale ayant causé la mort de 14 personnes dans la région depuis début 2006. "Ce qui est grave dans cette affaire (...) c'est que l'Institut de veille sanitaire sorte un rapport sur internet sans avoir alerté préalablement les élus", a-t-il déclaré, indiquant que les services préfectoraux ont "eux-mêmes été surpris" de ce mode de publication.
Depuis début 2006, 227 personnes ont été touchées par une bactérie, le clostridium difficile, dans une quinzaine d'établissements hospitaliers du Nord-Pas-de-Calais. Neuf des 14 décès liés à cette bactérie se sont produits à l'hôpital de Lens. La souche virulente de cette bactérie, le clostridium difficile, est apparue pour la première fois en France en cas groupés en 2006, selon un bilan communiqué jeudi par les autorités sanitaires. Les quatorze décès sont "au moins partiellement imputables" à cette bactérie qui provoque des diarrhées, selon l'InVS, qui avait fait état mercredi de 12 décès.
Patients âgés et fragilisés
Les victimes sont en majorité des "patients âgés, qui ont reçu des antibiotiques et sont en général fragilisés par une pathologie sous-jacente, une insuffisance d'un organe (le rein, le coeur, le foi...) ou qui ont un cancer", a expliqué le Dr Anne Carbonne, du centre de coordination de la lutte contre les maladies nosocomiales dans l'interrégion Nord.
Détectée en 2003 au Canada et aux Etats-Unis, où elle a été responsable d'épidémies sévères en 2004, la souche 027 de cette bactérie s'est manifestée depuis en Grande-Bretagne, en Belgique et aux Pays-Bas. Face à cette situation, l'InVS a sensibilisé depuis janvier 2006 les différents établissements de santé et alerté les autorités sanitaires compétentes.
Appel à de "lourdes sanctions"
L'association Droits des victimes (ADV) a demandé vendredi au ministère de la Santé de "diligenter une enquête administrative pour déterminer les responsabilités" de chacun. L'ADV, créée en 1999 pour défendre notamment les victimes d'infections nosocomiales, a estimé dans un communiqué que "toutes les mesures de prévention n'ont pas été prises afin de contenir ces infections". "Je crois qu'on n'a pas pris la mesure de cette épidémie, ni de ce qui s'était passé dans les autres pays", a précisé son président, Fabrice Rouderies. L'association "s'étonne" notamment de "l'information très tardive" sur l'épidémie. "Il est parfaitement inadmissible que les responsables des établissements hospitaliers de la région Nord-Pas-de-Calais, pourtant informés de ce qui se passait dans leurs établissements, aient attendu 14 décès pour alerter les patients-usagers", a souligné l'ADV.
Dès jeudi, l'association le Lien, qui lutte également contre les infections nosocomiales, avait appelé toute personne touchée à se signaler auprès de la mission d'information et de médiation sur les infections nosocomiales, Idemin (tél: 0810 455 455 ou www.infonosocomiale.com) rattachée à l'HAS (Haute Autorité de Santé) présidée par le fondateur du Lien. Elle a aussi réclamé au ministère de la Santé la mise en place de "lourdes sanctions" contre le non signalement d'infections graves à déclaration obligatoire par les établissements de santé concernés et le lancement "sans délais, d'une étude exhaustive tant en milieu hospitalier qu'en ville, au niveau national, afin de s'assurer qu'il n'existe pas d'autres foyers inconnus sur le territoire".
D'après AFP
(Image d'archives TF1/LCI)
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