© Damien Eloire (Université Pierre et Marie Curie/Ifremer)De Nice à Marseille, les vacanciers oscillent entre exaspération et résignation : les méduses pullulent, au point que la baignade a dû être interdite sur certaines plages. Le drapeau rouge a ainsi flotté mercredi une partie de la journée sur les plages très fréquentées de Borély et de Bonneveine, à Marseille. En Espagne, la prolifération est telle que les autorités ont créé un nouveau drapeau, avec méduses bleues sérigraphiées sur fond blanc, pour avertir le public.
La méduse en question est la pélagie ou Pelagia noctiluca. Absente des côtes méditerranéennes françaises depuis 1998, elle a fait un retour remarqué en 2003, la revue La Recherche annonçant alors qu'elle "s'installerait" au large de nos rivages "pour au moins quatre ans". Cette prédiction, confirmée par les faits, s'appuyait sur les travaux de Jacqueline Goy, chercheuse à l'Institut océanographique de Paris : d'une manière générale, "les pullulations interviennent après trois années d'un printemps chaud et sec". Celles-ci débutent tous les 12 ans et durent de quatre à six ans.
"Plus que d'années à méduses, il faut parler de périodes à méduses", commente Gabriel Gorsky, biologiste marin à l'Observatoire océanographique de Villefranche-sur-Mer. "Un déficit prolongé de pluviométrie associé à une hausse des températures de l'eau et de l'air ainsi que des hautes pressions atmosphériques sont des facteurs favorables à la pullulation", explique-t-il à LCI.fr. "Il y a corrélation mais on ne sait pas s'il y a causalité", s'empresse-t-il d'ajouter, en s'appuyant sur les recherches de sa collègue parisienne. La décroissance des populations de méduses est également en phase avec les variations climatiques et alimentaires, ajoute-t-il.
"Hécatombe" à Nice
A la nuit tombée, les pélagies remontent à la surface pour se nourrir. Elles sont alors à la merci des courants et du vent, qui peuvent les rabattre par milliers vers le littoral. Justement, un courant marin, qui "part" d'Italie vers l'Espagne, longe les côtes françaises. Criques, baies et anses deviennent alors des réservoirs à méduses, comme c'est le cas actuellement.
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| Le 24 mai dernier, un essaim de millions de pélagies s'est échoué au pied de l'Observatoire océanologique de Villefranche-sur-mer (photo : Damien Eloire, Université Pierre et Marie Curie/Ifremer). |
En 2007, les populations de méduses pourraient décroître, si le "cycle des méduses" s'avère exact. Mais à plus long terme, pointe Gabriel Gorsky, les scientifiques émettent l'hypothèse que le zooplancton gélatineux, dont font partie les méduses, pourrait mieux s'adapter au réchauffement climatique que le reste de la faune marine. Certaines zones de la Méditerranée pourraient ainsi être désertées par les poissons au profit des méduses, qui se nourrissent des mêmes ressources. Ce qui ne serait pas sans conséquences pour les pêcheurs, les consommateurs... et les baigneurs.
photo : Damien Eloire (Université Pierre et Marie Curie/Ifremer)
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