Les risques des tests de paternité sur internet

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 31 août 2006 à 07h00 , mis à jour le 30 août 2006 à 18h17

Plusieurs laboratoires étrangers proposent des tests de paternité via internet. Une dérive que dénonce Jean-Claude Ameisen, président du Comité d'éthique de l'Inserm.

LCI-TF1, études sur cellulesétudes sur cellules © LCI

Dans un article publié le 24 août dernier, Le Parisien décrit le "succès croissant" en France des tests de paternité proposés par des laboratoires étrangers via Internet. Il suffirait de leur envoyer quelques cheveux, un peu de salive, voire même une rognure d'ongles, pour que l'analyse puisse être menée. Ce qui n'est pas sans poser de nombreux problèmes, comme l'explique à LCI.fr Jean-Claude Ameisen, président du Comité d'éthique de l'Inserm et membre du Comité consultatif national d'éthique (CCNE).

LCI.fr : Le Parisien évoque une "ruée sur les tests de paternité" accessibles par Internet. Connaît-on le nombre de Français qui recourent à ces tests ?

Jean-Claude Ameisen : Non. On sait qu'il y a une mise à disposition croissante de ces tests sur internet mais on ne sait pas combien de personnes commencent à les utiliser en France. A partir du moment où les sites qui proposent ce service se multiplient, l'accès à ces tests s'élargit. Et avec des coûts de fabrications qui baissent et une automatisation qui augmente, il est vraisemblable que le prix de ces tests va baisser.

LCI.fr : Que reprochez-vous à ces tests disponibles via Internet ?

J.-C. A. : L'offre s'oriente vers les test de paternité et les tests de susceptibilité aux maladies génétiques. Dans les deux cas, il y a un problème de non-accompagnement et de non-prescription à l'égard des personnes qui se soumettent à ces tests : elles restent seules avec le résultat, parfois dans une grande détresse. L'absence de prescription augmente la sensation d'autonomie mais la prescription, par un médecin ou un juge, garantit la confidentialité et le fait que les résultats reçus sont bien ceux de vos tests.

Pour tout test génétique, la loi française impose le consentement informé, c'est-à-dire l'information au patient et l'obligation d'obtenir son consentement écrit. Or, il y a un risque d'effectuer des prélèvements à l'insu de l'enfant mais aussi du père ou de la mère. Il y a donc un risque important d'atteinte à la vie privée et au respect de la confidentialité.

LCI.fr : D'une manière générale, que pensez-vous de ce besoin qu'ont certains pères d'être rassurés sur leur paternité ?

J.-C. A. : Les tests de paternité se multiplient dans un contexte d'instrumentalisation : ce recueil de données ne renseigne pas tellement sur l'enfant mais sur le comportement de la mère. Une importance considérable est aujourd'hui portée sur l'origine et l'identité génétiques. Comme si une paternité se résumait à cela... Il y a également une obsession de la transparence qui est finalement dérisoire car elle ne va pas régler les problèmes existentiels qui la sous-tendent.

LCI.fr : Quelles mesures les autorités françaises doivent-elles prendre face à ce phénomène ?

J.-C. A. : Il faut faire comprendre au public les enjeux [que posent ces tests, NDLR] avant de faire une régulation. Celle-ci ne peut intervenir qu'au niveau européen et même international, car les laboratoires qui proposent ce service s'installent dans des pays où la réglementation est la plus souple. Le problème est qu'ils ne sont soumis à aucun contrôle, ni sur la qualité de leurs produits et de leurs installations, ni sur les conditions d'utilisation de leurs tests. S'il y avait contrôle, il y aurait responsabilisation de ces laboratoires.

Consentement obligatoire en France

Selon la loi du 6 août 2004 relative à la bioéthique, "l'examen des caractéristiques génétiques d'une personne ne peut être entrepris qu'à des fins médicales ou de recherche scientifique". Le texte poursuit dans son article 16 : "Le consentement exprès de la personne doit être recueilli par écrit préalablement à la réalisation de l'examen, après qu'elle a été dûment informée de sa nature et de sa finalité. Le consentement mentionne la finalité de l'examen. Il est révocable sans forme et à tout moment". Le non-respect de la loi est "puni d'un an d'emprisonnement et de 15.000 euros d'amende".

A consulter également : le projet d'avis du Comité d'éthique de l'Inserm sur les problèmes éthiques posés par les test génétiques de susceptibilité aux maladies sur le site de l'organisme.

Réagissez sur ce sujet dans On en parle,
l'émission interactive de LCI, diffusée jeudi 31 août à partir de 9h10
Laissez votre témoignage en adressant un mail
 ici

photo : archives LCI

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 31 août 2006 à 07:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Sciences
  

9 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Etienne, le 02/09/2006 à 02h09

    Comment, quel "droit", celui que vous avez décidé, ou celui qui a été voté dans notre pays (où vous décidez de rester vivre) ? Parce que, je réponds aussi à "Dr Watson, Lyon", allez voir "Bienvenue à Gatacca" ou autre livre/film, et si vous voulez d'un monde open-adn, allez-y seuls. Mais pensez-y avant ; jouer avec l'adn, c'est prendre de grands, grands risques, éthiques et humains, médicaux, etc. Aujourd'hui, l'opinion s'y refuse. Je prie pour que ça ne change pas. et la liberté, on y pense ? Et, avec un de tes cheveux, si je veux savoir si t'es malade, ce que tu vaux génétiquement, et si je veux te refuser un job ? J'ai, aussi, "le droit de savoir" qui j'emploie ? De quel droit, décidé par qui, tu parles exactement ?

  • Alain, le 31/08/2006 à 21h39

    Au delà de ce que peut dire cet individu du "Comité d'étique...", chaque enfant devrait avoir le droit de connaître ses vrais parents. De même, chaque homme a le droit de savoir pour qui il s'investit, est-ce pour ses vrais enfants ou pour les enfants des autres... Heureusement que la toile contribue à la transparence...

  • Kuri, le 31/08/2006 à 20h48

    Le pere qui a des doutes peut toujours s'adresser au juge. Les problemes de ces tests est que n'importe qui etranger a la famille peut faire verifier que Mr. X n'est pas le pere biologique des enfants qu'il eleve et aller le crier sur tous les toits.

  • Un veau, le 31/08/2006 à 18h00

    Un exemple de plus qui montre le fossé entre les autorités bien pensantes de ce pays(juges,medecins,politiques...)et nous les veaux!!!je ne vois pas pourquoi ces test nous seraient interdits,sommes-nous trop abrutis????

  • Dodo, le 31/08/2006 à 17h05

    Pourtant un pere est censé être résponsable de leurs enfants, donc ils n'ont pas beson d'obtenir leurs consentements préalables....Et puis un pere ayant un doute ale droit quand meme de savoir si il doit assumer son enfant ou celui d'un autre!!!!

  • Regis, le 31/08/2006 à 14h36

    Je trouve legitime que le pere veuille savoir si l'enfant est bien de lui, afin de reconnaitre ou non l'enfant et de lever tout doute eventuel sur la fidélité de son conjoint... pour savoir s'il doit reconnaitre l'enfant par exemple....

  • Dr Watson Jr, le 31/08/2006 à 11h41

    Dommage cette approche des choses. L'analyse ADN est une découverte fantastique qui devrait être mis au service de chaque citoyen, au lieu de rester le joujou privé de quelques juges intouchables.

  • Belahcen, le 31/08/2006 à 11h28

    Les propos de ce médecin sont incroyables; Au nom de quel principe un père n'aurait pas le droit de savoir ? (Pour ce Médecin : "l'origine" de l'enfant ce n'est pas important... !). Il déplore que les tests sont pratiqués "pour pas cher" (cela change de la France évidemment), dans des Pays supposés "exotiques". Non : dans des Pays libres tout simplement, comme l'Allemagne et la Suisse, par exemple... Au lieu de donner des leçons de déontologie douteuses ce médecin devrait précher pour la liberté de vérifier, en France...

  • EB, le 31/08/2006 à 11h04

    "Il n'y a qu'elles qui savent": époque révolue

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience