études sur cellules © LCIDans un article publié le 24 août dernier, Le Parisien décrit le "succès croissant" en France des tests de paternité proposés par des laboratoires étrangers via Internet. Il suffirait de leur envoyer quelques cheveux, un peu de salive, voire même une rognure d'ongles, pour que l'analyse puisse être menée. Ce qui n'est pas sans poser de nombreux problèmes, comme l'explique à LCI.fr Jean-Claude Ameisen, président du Comité d'éthique de l'Inserm et membre du Comité consultatif national d'éthique (CCNE).
LCI.fr : Le Parisien évoque une "ruée sur les tests de paternité" accessibles par Internet. Connaît-on le nombre de Français qui recourent à ces tests ?
Jean-Claude Ameisen : Non. On sait qu'il y a une mise à disposition croissante de ces tests sur internet mais on ne sait pas combien de personnes commencent à les utiliser en France. A partir du moment où les sites qui proposent ce service se multiplient, l'accès à ces tests s'élargit. Et avec des coûts de fabrications qui baissent et une automatisation qui augmente, il est vraisemblable que le prix de ces tests va baisser.
LCI.fr : Que reprochez-vous à ces tests disponibles via Internet ?
J.-C. A. : L'offre s'oriente vers les test de paternité et les tests de susceptibilité aux maladies génétiques. Dans les deux cas, il y a un problème de non-accompagnement et de non-prescription à l'égard des personnes qui se soumettent à ces tests : elles restent seules avec le résultat, parfois dans une grande détresse. L'absence de prescription augmente la sensation d'autonomie mais la prescription, par un médecin ou un juge, garantit la confidentialité et le fait que les résultats reçus sont bien ceux de vos tests.
Pour tout test génétique, la loi française impose le consentement informé, c'est-à-dire l'information au patient et l'obligation d'obtenir son consentement écrit. Or, il y a un risque d'effectuer des prélèvements à l'insu de l'enfant mais aussi du père ou de la mère. Il y a donc un risque important d'atteinte à la vie privée et au respect de la confidentialité.
LCI.fr : D'une manière générale, que pensez-vous de ce besoin qu'ont certains pères d'être rassurés sur leur paternité ?
J.-C. A. : Les tests de paternité se multiplient dans un contexte d'instrumentalisation : ce recueil de données ne renseigne pas tellement sur l'enfant mais sur le comportement de la mère. Une importance considérable est aujourd'hui portée sur l'origine et l'identité génétiques. Comme si une paternité se résumait à cela... Il y a également une obsession de la transparence qui est finalement dérisoire car elle ne va pas régler les problèmes existentiels qui la sous-tendent.
LCI.fr : Quelles mesures les autorités françaises doivent-elles prendre face à ce phénomène ?
J.-C. A. : Il faut faire comprendre au public les enjeux [que posent ces tests, NDLR] avant de faire une régulation. Celle-ci ne peut intervenir qu'au niveau européen et même international, car les laboratoires qui proposent ce service s'installent dans des pays où la réglementation est la plus souple. Le problème est qu'ils ne sont soumis à aucun contrôle, ni sur la qualité de leurs produits et de leurs installations, ni sur les conditions d'utilisation de leurs tests. S'il y avait contrôle, il y aurait responsabilisation de ces laboratoires.
Consentement obligatoire en France |
A consulter également : le projet d'avis du Comité d'éthique de l'Inserm sur les problèmes éthiques posés par les test génétiques de susceptibilité aux maladies sur le site de l'organisme.
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l'émission interactive de LCI, diffusée jeudi 31 août à partir de 9h10
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photo : archives LCI
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