© DRUne équipe internationale de chercheurs (1) a découvert un nouveau virus chez des gorilles sauvages, vivant dans des zones reculées de la forêt camerounaise. Le SIVgor, expliquent-ils jeudi dans la revue Nature, présente la particularité d'être génétiquement proche d'un variant du VIH-1, appelé le groupe O. "Bien que rarement retrouvé chez l'homme, ce variant est cependant à l'origine de cas de sida", notamment au Cameroun et dans les pays voisins, explique l'Institut de recherche pour le développement (IRD). Etant donné que ces grands singes sont toujours chassés pour leur viande ou à des fins de médecine locale, le SIVgor présente un risque de santé pour les humains.
Chimpanzé, réservoir
Les chercheurs, dirigés par Martine Peeters et Eric Delaporte (IRD-Université de Montpellier 1), ont mis en évidence des anticorps dirigés contre le SIVgor en analysant les excréments de différentes communautés de gorilles, dont certains vivant à plus de 400 kms les uns des autres. "Cette découverte de virus apparenté au VIH-1 chez les gorilles sauvages ne remet cependant pas en cause le fait que les chimpanzés soient le réservoir primaire des virus SIV/VIH que l'on retrouve chez les gorilles et chez les hommes", souligne l'institut. Il y a quelques mois, l'équipe de Martine Peeters et Eric Delaporte avait en effet montré que la sous-espèce de chimpanzé vivant dans le bassin du Congo était le réservoir du groupe M, à l'origine de la pandémie mondiale, et du groupe N, très rare, du VIH-1 (lire l'encadré ci-dessous). Le réservoir du troisième groupe de VIH-1 infectant l'homme, le groupe O, restait jusqu'à aujourd'hui non identifié.
Transmission inter-espèce
Pour Martine Peeters, "les virus du groupe M et N sont, très clairement, la conséquence d'une transmission inter-espèce du chimpanzé à l'homme". Celle-ci intervient par contamination de sang à sang, suite à une morsure subie par un chasseur ou à une blessure lors du dépeçage d'une carcasse. En revanche, "l'origine du VIH-1 groupe O est moins évidente, selon la biologiste. On ne peut exclure que des chimpanzés infectés par le VIH-1 groupe O aient pu contaminer l'homme et le gorille indépendamment, ou bien que le gorille, après avoir été contaminé par le chimpanzé ait contaminé l'homme." "Ces travaux ouvrent ainsi une véritable boite de Pandore sur les questions et spéculations concernant la capacité de ces virus à se transmettre d'une espèce à l'autre", pointe l'IRD. La question de la contamination des gorilles "reste d'autant plus [mystérieuse] que les gorilles sont herbivores et que les contacts entre chimpanzés et gorilles sont considérés comme rares".
Un virus à forte variabilité génétique |
"Les scientifiques savent depuis longtemps que le virus du sida présente une très forte variabilité génétique. Il existe deux principaux types de virus : le VIH-1 et le VIH-2. Le VIH-1, le plus répandu dans le monde, comprend trois groupes (M, N,O), qui présentent des caractéristiques génétiques différentes. A l'intérieur du groupe M, le plus fréquent, on distingue encore 9 sous-types (A, B, C, D, F, G, H, J, K), génétiquement proches mais néanmoins distincts. En 2005, 40,3 millions de personnes dans le monde, dont 25,8 millions en Afrique subsaharienne, vivaient avec le VIH." (source : IRD)
(1) L'équipe internationale, conduite par Martine Peeters et Eric Delaporte (IRD-Université de Montpellier 1), comprend également des chercheurs des universités d'Alabama (Etats-Unis) et de Nottingham (Royaume-Uni) ainsi que du projet Presica (Prévention du sida au Cameroun).
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