© Mars Express / ESALes deux sondes Viking de la Nasa pourraient avoir découvert et détruit par ignorance des organismes martiens lors de leur mission d'exploration il y a trente ans. Telle est la thèse avancée par deux astrobiologistes lors de la conférence de la Société américaine d'astronomie, qui se clôt ce mercredi à Seattle.
Dirk Schulze-Makuch et son collègue Joop Houtkooper de l'université Justus-Liebig à Giessen en Allemagne partent de l'hypothèse que Mars abrite des micro-organismes qui utilisent un mélange d'eau et de peroxyde d'hydrogène (H2O2) comme fluide interne. Un tel mélange présenterait plusieurs avantages dans l'environnement très froid et sec de Mars, expliquent-ils. Selon sa concentration dans l'eau, le H2O2 reste liquide à une température de -56,5°C. En outre le peroxyde d'hydrogène a la propriété d'attirer la vapeur d'eau se trouvant dans l'atmosphère, une caractéristique vitale sur la planète rouge où l'eau liquide est rare.
Erreur fatale
Les deux astrobiologistes relèvent également que les expérimentations utilisées par les scientifiques de la mission Viking pourraient avoir détruit les micro-organismes martiens. Les scientifiques qui travaillaient sur les sondes Viking dans les années 70 ne cherchaient pas des micro-organismes dépendant de H2O2 car à cette époque-là personne ne savaient qu'ils pouvaient exister. L'eau versée sur les échantillons de sol martien aurait été fatale à des organismes dont le métabolisme dépendrait du H2O2 en les noyant ou en provoquant leur combustion, une hypothèse appuyée par les résultats chimiques d'une série de tests conduits à l'époque, soulignent les deux chercheurs.
"De récentes découvertes sur la Terre de micro-organismes vivant dans des conditions extrêmes ainsi que notre meilleure compréhension de Mars apportent un nouvel éclairage sur les informations récoltées par les sondes Viking", a souligné Dirk Schulze-Makuch dans un résumé de cette présentation publié sur le site internet de l'université de l'Etat de Washington, où il est professeur. Sur la Terre, des microbes dans le sol tolèrent une forte concentration de H2O2 dans leur environnement et les acétobacters, des micro-organismes, utilisent le peroxyde d'hydrogène dans leur métabolisme.
Les recherches sur les "extrêmophiles", des organismes capables de vivre dans des conditions extrêmes — dans les grands fonds marins, par exemple, près de cheminées volcaniques —, ne se sont développées que dans les années 90. La future mission américaine Phoenix d'exploration de Mars, dont le lancement est prévu en août 2007, offre de bonnes chances de vérifier ces hypothèses. Des hypothèses qui suscitent le débat au sein de la communauté scientifique.
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