Un vent de contestation souffle sur les 70 bougies

Par , le 16 octobre 2009 à 09h09 , mis à jour le 02 novembre 2009 à 10h34

Dossier : 70 ans du CNRS

Le Centre national de la recherche scientifique célèbre à partir de lundi ses 70 ans, et donne le coup d'envoi d'une réforme en profondeur contestée par une partie des chercheurs.

Image d'archives. TF1/LCIImage d'archives © TF1/LCI

Soixante-dix bougies et une réforme en profondeur, que tous les chercheurs ne voient pas comme un cadeau. Le CNRS signe ce lundi un nouveau Contrat d'objectifs et de moyens avec l'Etat (2009-2013), en présence de la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse. Selon Arnold Mingus, le directeur général du CNRS, la réforme se base sur trois grands principes. Le rapprochement du CNRS avec les universités, la création de dix instituts du CNRS collaborant entre eux*, une gouvernance du CNRS renforcée et une politique d'alliances entre organismes de recherche.
 
Comme Isabelle This Saint-Jean, enseignante chercheuse et directrice du collectif "Sauvons la recherche", de nombreux chercheurs voient dans cette nouvelle organisation un "démantèlement" du CNRS, une "volonté de casser les organismes de recherche". Pour Arnold Migus, au contraire "beaucoup d'avancées scientifiques se situent à l'interface de plusieurs disciplines alors au lieu de se battre à changer les structures, on définit de nouvelles manières de travailler ensemble", justifie celui qui évoque des "missions d'intérêt national". Le démantèlement du CNRS ? Un "non-problème", selon lui.
 
Rentabilité 
 
Les chercheurs craignent aussi un affaiblissement de la recherche fondamentale et un pilotage plus étroit par les pouvoirs publics. Ils redoutent par exemple la montée en puissance de l'Agence nationale de la recherche (ANR) qui donne du financement aux chercheurs sur la base d'appel à projets limités dans le temps. Les membres de l'ANR étant nommés par le gouvernement, beaucoup craignent "une main mise du pouvoir politique" sur les projets de recherche. "Il fallait une agence indépendante", martèle Isabelle This Saint-Jean. "Que le pouvoir politique donne de grandes orientations ok mais une main mise permanente ce n'est pas possible. C'est une attaque pour les chercheurs et c'est dangereux pour la recherche".
 
Un faux débat pour Arnold Migus qui vante le système "compétitif" de l'ANR. Ce qui prime pour lui : l'évaluation des chercheurs par leurs pairs. Et de rassurer ceux qui craignent que la rentabilité vienne perturber la recherche : "La liberté, l'une des valeurs essentielles du CNRS, n'est pas mise en doute. Dans ce nouveau contrat nous maintenons d'ailleurs notre capacité à développer des sujets imprévus. La recherche, ça ne se programme pas", rassure-t-il.
 
Dans ce contexte de changement profond et d'inquiétude des chercheurs, la direction du CNRS fait parler les chiffres. "La recherche est très privilégiée dans le contexte actuel. Nos emplois sont préservés, des efforts sans précédents sont faits pour améliorer les carrières des chercheurs. Il y aura par exemple 50 % d'augmentation de promotion de chercheurs l'année prochaine". "En 70 ans, le CNRS a vécu des crises, il a évolué, s'adapte mais reste la quintessence du milieu scientifique français". Et quand on lui demande si le CNRS a encore 70 ans devant lui. Il répond, comme une évidence : "70 ans ? Je n'en doute pas !".  

Pour ou contre la réforme : paroles de chercheurs

Philippe Froguel : "Moi, je suis pour la recherche fondamentale à condition qu'elle soit de très bonne qualité. Et il ne faut pas oublier que c'est le contribuable qui paie les chercheurs [du secteur public] : c'est normal de penser davantage à lui et de rendre des comptes à la société. Donc je suis pour le CNRS mais je suis aussi pour les réformes" (lire l'article).
Philippe Askénazy : "La recherche publique fonctionne bien mais elle est déstabilisée par l'absence de perspectives : on ne sait pas où veut aller l'Etat" (lire l'article).

 

*Chimie, écologie et environnement, physique, physique nucléaire et physique des particules, sciences biologiques, sciences humaines et sociales, sciences informatiques et leurs interactions, science de l'ingénierie et des systèmes, sciences mathématiques et leurs interactions, sciences de l'univers.

LCI.fr s'associe à cet évènement en publiant chaque jour de la semaine un papier pour mieux comprendre le CNRS et ses enjeux, découvrir le métier de chercheur et comprendre la réforme (voir le dossier).

Retrouvez le programme et toutes les infos
sur les soixante-dix ans du CNRS
sur le site officiel

Par Stéphanie Morbois le 16 octobre 2009 à 09:09
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14 Commentaires

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  • Dédé, le 20/10/2009 à 11h20

    @ Hc, Paris: la recherche en France n'est pas "sans aucun contrôle" comme vous dites mais elle est évaluée (comme dans le monde entier) par les articles écrits par les chercheurs. Si un chercheur du CNRS ne publie plus d'articles il doit changer de sujet de recherche. Grâce à cela, la France se classe parmi les 6 meilleurs nations du monde. Si certains chercheurs travaillent sur la dentition des lézards (véridique) c'est qu'ils renouvellent leur dents en permanence et que si on comprend quels gènes interviennent dans ce mécanisme, un jour on pourra refaire pousser une dents chez l'homme ! C'est bien de juger quand on n'y connaît rien.

  • Hc, le 20/10/2009 à 09h34

    Expliquez -moi pourquoi le contribuable doit financer des études sur:-la dentition des lezards en papouasie-nouvelle guinée septentrionale ou encore-l'influence de la consommation de cidre sur la vie sexuelle de Victor Hugo.Et tout celà sans aucun contrôle

  • Cc, le 19/10/2009 à 15h59

    Le CNRS est déjà en état de mort clinique : il ne participe presque plus au financement de la recherche publique, laquelle est financée par l'ANR, les collectivités locales et surtout l'argent privé.

  • Eric, le 19/10/2009 à 15h40

    On peut supprimer toute recherche en France (ou du moins l'amputer fortement comme actuellement) sans que cela ait des conséquences à court ou moyen terme et on économisera de l'argent. Par contre dans 30 ou 40 ans on sera devenu un pays du tiers-monde !! Mais comme d'habitude les français s'en moquent et ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, de toute façon ce seront nos enfants ou nos petits enfants, et non pas nous, qui en souffriront...

  • Dom, le 19/10/2009 à 14h02

    Et s'il y avait un vrai débat d'idées sur ce forum? Ca changerait des citations éculées (surtout celles attribuées à de Gaulle en matière de science, n'est ce pas Céttois et Fdd66?...) et des idées reçues (Michel d'Asnières; Alain de Grenoble)...

  • Richard, le 19/10/2009 à 12h44

    Rodolphe: comment un président d'université peut gérer correctement une UMR ou une partie du personnel dépend de l'université et l'autre d'une entité tierce ? C'est simple, c'est le bordel actuel avec des directeurs, ingénieurs et chargés de recherche et de l'autre coté des maitres de conférence et professeurs... bien sur, les personnels du CNRS peuvent cumuler des fonctions interdites aux personnels de l'université, et tout cela est la cacophonie actuelle. Le CNRS doit disparaitre et le système éducatif doit être sérieusement chamboulé parce que ce n'est pas efficace.

  • Michel, le 19/10/2009 à 11h28

    Au CNRS, il n'y a que des directeurs. Et ils sont nombreux. Dissolution.

  • RODOLPHE, le 19/10/2009 à 11h12

    Est ce que les internautes qui réagissent sur votre site connaissent le CNRS ? j'en doute....le CNRS travaille déjà avec les universités depuis longtemps. Quand à la suppression demandée c'est une habitude surtout venant de gens qui veulent tout privatiser dans ce pays !

  • Alain, le 19/10/2009 à 11h09

    Comme d'hab. il y a d'un côté le chercheur qui fait de la politique et qui ne veut rien savoir du gouvernement actuel et de l'autre le chercheur mandarin qui ne veut surtout pas que ses privilèges changent. Donc il n'y a pas de problème, le gouvernement doit faire cette réforme.

  • Cettois, le 19/10/2009 à 10h38

    Il nous faut des trouveurs ,pas des chercheurs(Ch De Gaulle)

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