"Toujours plus de pression sur les salariés"

Par Matthieu DURAND, le 14 octobre 2009 à 10h32 , mis à jour le 02 novembre 2009 à 10h32

Dossier : 70 ans du CNRS

L'économiste Philippe Askénazy analyse les effets de la crise sur l'emploi et l'organisation du travail. A l'occasion des 70 ans du CNRS, LCI.fr a interviewé quelques uns de ses chercheurs emblématiques.

trader marché finance stress © TF1/LCI

En 2009, le CNRS fête ses 70 ans. Créé par le prix Nobel de physique Jean Perrin, cet organisme est devenu, au fil de l'histoire, un acteur incontournable de la recherche dans tous les domaines du savoir. L'économie est l'une de ces matières phares comme le montrent notamment les travaux de Philippe Askénazy.

LCI.fr : La crise actuelle affecte-telle tous les secteurs de l'économie avec la même intensité ?

Philippe Askénazy : On voit bien avec la crise que la destruction d'emplois est plus massive dans le secteur secondaire que dans le tertiaire. Nous vivons la dernière phase de désindustrialisation dans les grandes économies industrielles - en France, aux Etats-Unis... sauf en Allemagne. A priori, il n'y a pas de limite à la désindustrialisation mais il y a toujours un socle minimal. Par exemple, la production de béton. Il y aura toujours besoin d'une industrie locale. Par ailleurs, dans le tertiaire, se poursuit l'idée d'imprimer des méthodes venues de l'industrie manufacturière pour rechercher des gains de productivité. Il y a une plus grande automatisation du travail dans les services. C'est le cas dans la grande distribution avec la multiplication des caisses automatiques.

LCI.fr : Comment cela se traduit-il dans les relations sociales au sein des entreprises ?

P. A. : Au départ, on avait le sentiment que cette automatisation entraînait des progrès en termes de conditions de travail, de liberté plus grande donnée aux travailleurs. En fait, l'augmentation de la productivité augmente les contraintes physiques du métier et on assiste à une hausse des pathologies socioprofessionnelles. Pour reprendre le cas des caissières de supermarché, la mise en place des systèmes de scanners s'accompagne de normes strictes de produits à scanner en une minute. Mais à terme, le métier de caissière va disparaître avec l'arrivée de ces caisses qui scannent l'intégralité du chariot. Les caissières deviendront alors des agents de conseil aux clients dans les rayons.

LCI.fr : Quelles sont les personnes les plus touchées par le durcissement des conditions de travail ?

P. A. : L'augmentation de la pression sur les salariés est plutôt généralisée en France mais les cadres et les professions intellectuelles ont tendance à être moins touchés que les employés et les catégories sociales les plus basses. Au Royaume-Uni et en Allemagne, il y a au contraire un renversement de tendance : les salariés sont moins soumis à la pression qu'il y a cinq ans.

LCI.fr : En tant que chercheur, que vous inspire cette crise ?

P. A. : La crise de 2009 est assez singulière. Pour la première fois depuis la Libération, plus de la moitié des économies mondiales sont en récession simultanée. C'est un environnement inconnu pour les entreprises et les gouvernements. La grande question demeure le fonctionnement du marché du travail. Que font les entreprises vis-à-vis de leurs effectifs ? Elles les gardent ? Elles s'en séparent ? Et après la crise, vont-elles à nouveau embaucher ? Un nouvel horizon de réflexion se dessine pour nous, chercheurs.
 

Les 70 ans du CNRS vus par Philippe Askénazy 

"Le CNRS est une grosse structure assez administrative mais dont les performances académiques sont tout à fait honorables et comparables à celles d'autres organismes étrangers. La recherche publique fonctionne bien mais elle est destabilisée par l'absence de perspectives : on ne sait pas où veut aller l'Etat. En tant qu'économiste, je constate une stigmatisation de la qualité de la recherche en France qui est totalement déplacée. Nous sommes plutôt bien placés sur le plan de la recherche fondamentale. Le problème de la recherche appliquée vient de l'absence d'investissement des entreprises françaises. Par ailleurs, le plus gros outil d'intervention de l'Etat, c'est le crédit impôt recherche. Or il n'a aucune efficacité alors que des milliards d'euros sont dépensés ! Il ne s'agit pas donc de donner davantage d'argent pour telle recherche particulière dans tel domaine. Le problème de la recherche publique en France, c'est plus un problème de pilotage fiscal qu'un problème de pilotage scientifique."

LCI.fr s'associe à cet évènement en publiant chaque jour de la semaine un papier pour mieux comprendre le CNRS et ses enjeux, découvrir le métier de chercheur et comprendre la réforme (voir le dossier).

Retrouvez le programme et toutes les infos
sur les soixante-dix ans du CNRS
sur le site officiel

Par Matthieu DURAND le 14 octobre 2009 à 10:32
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9 Commentaires

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  • Kal, le 21/10/2009 à 16h14

    Je voudrais bien avoir les sources de ceux qui affirment que la frnace fournit moins de brevet que les autes pays. Quand au prix nobel merci de ne pas affirmer de betises, la plupart des prix nobels français font partie du cnrs.

  • Alex, le 21/10/2009 à 09h39

    A Nicos, c'est un tout, ca rla recherche sans argent n'avance pas beaucoup plus vite non plus !!! Arretez de trouver des boucs émissaires à vos problèmes, et retroussez tous les manches dans ce pays, vous ferez les comptes à la fin !!!

  • Claude, le 21/10/2009 à 09h37

    A tous mes "détracteurs" je réponds: comment se fait-il que la France,avec tous ces chercheurs de talent du CNRS, soit le pays qui dépose le moins de brevets,comparativement à l'Allemagne? le problème,c'est que ces chercheurs sont des fonctionnaires...ils ont peut-être galéré pour avoir leur place,mais peuvent se reposer ensuite sur leurs lauriers...

  • Jean, le 20/10/2009 à 14h18

    @Kal:Il y a recherche et recherche.Il ne faut pas mélanger la recherche sur le bien-être au Honduras britannique à l'ère victorienne et celle sur le genome humain.Comme chef d'entreprise je suis prêt à financer le CNRS mais pas sur n'importe quoi.Il y a Science et science.

  • Marc, le 20/10/2009 à 14h12

    Si les meilleurs chercheurs français sont au CNRS,pourquoi l'immense majorité des prix Nobel français depuis 30 ans n'en fait pas partie

  • Yvan, le 20/10/2009 à 13h02

    A claude de Strasbourg : Encore une parole pleine de bon sens ! Alors expliquez pourquoi les pays les plus industrialisés et les pays en pleine croissance (Chine, Inde, Brésil,...) investissent un maximum dans la recherche fondamentale et appliquée ? Pourquoi ces mêmes pays demandent-ils des transferts technologiques ?

  • Kal, le 20/10/2009 à 10h24

    @ claude de strasbourg, on voit que c'est votre expérience et votre connaissance du CNRS qui parle. C'est fou tous ces gens qui ont un avis sur ce qu'ils ne connaissent pas et qui l'affirme avec force bétise. Le CNRS est composé des meilleurs chercheurs français, il faut passer un concours extremement sélectif pour pouvoir y rentrer, et quantité de découverte scientifique de premier ordre ont été faite par des chercheurs de cet organisme. Arretez de répéter betement ce que certains essaient de faire croire car leur seul but est de tuer la recherche française. Le CNRS manque surtout de partenariat avec des entreprises française qui sont d'uen frilosité ahurissante à la différence des entreprises américaines par exemple qui embauche meme des chercheurs pour faire de la recherche fondamentale. L'avenir est dans le savoir, la connaissance, ne pas comprendre ca c'est ca "etre d'un autre temps".

  • Nicos, le 20/10/2009 à 09h41

    Bien sur Claude, vaut mieux rajouter des banques et des bourses. Une société evolue grace à ses scientifiques et ses techniciens et pas grace à l'économie.

  • Claude, le 20/10/2009 à 07h53

    Combien de "chercheurs" qui ne trouvent jamais rien ? beaucoup de postes improductifs et inutiles dans cette organisation d'un autre temps...

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