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En 2009, le CNRS fête ses 70 ans. Créé par le prix Nobel de physique Jean Perrin, cet organisme est devenu, au fil de l'histoire, un acteur incontournable de la recherche dans tous les domaines du savoir. L'économie est l'une de ces matières phares comme le montrent notamment les travaux de Philippe Askénazy.
LCI.fr : La crise actuelle affecte-telle tous les secteurs de l'économie avec la même intensité ?
Philippe Askénazy : On voit bien avec la crise que la destruction d'emplois est plus massive dans le secteur secondaire que dans le tertiaire. Nous vivons la dernière phase de désindustrialisation dans les grandes économies industrielles - en France, aux Etats-Unis... sauf en Allemagne. A priori, il n'y a pas de limite à la désindustrialisation mais il y a toujours un socle minimal. Par exemple, la production de béton. Il y aura toujours besoin d'une industrie locale. Par ailleurs, dans le tertiaire, se poursuit l'idée d'imprimer des méthodes venues de l'industrie manufacturière pour rechercher des gains de productivité. Il y a une plus grande automatisation du travail dans les services. C'est le cas dans la grande distribution avec la multiplication des caisses automatiques.
LCI.fr : Comment cela se traduit-il dans les relations sociales au sein des entreprises ?
P. A. : Au départ, on avait le sentiment que cette automatisation entraînait des progrès en termes de conditions de travail, de liberté plus grande donnée aux travailleurs. En fait, l'augmentation de la productivité augmente les contraintes physiques du métier et on assiste à une hausse des pathologies socioprofessionnelles. Pour reprendre le cas des caissières de supermarché, la mise en place des systèmes de scanners s'accompagne de normes strictes de produits à scanner en une minute. Mais à terme, le métier de caissière va disparaître avec l'arrivée de ces caisses qui scannent l'intégralité du chariot. Les caissières deviendront alors des agents de conseil aux clients dans les rayons.
LCI.fr : Quelles sont les personnes les plus touchées par le durcissement des conditions de travail ?
P. A. : L'augmentation de la pression sur les salariés est plutôt généralisée en France mais les cadres et les professions intellectuelles ont tendance à être moins touchés que les employés et les catégories sociales les plus basses. Au Royaume-Uni et en Allemagne, il y a au contraire un renversement de tendance : les salariés sont moins soumis à la pression qu'il y a cinq ans.
LCI.fr : En tant que chercheur, que vous inspire cette crise ?
P. A. : La crise de 2009 est assez singulière. Pour la première fois depuis la Libération, plus de la moitié des économies mondiales sont en récession simultanée. C'est un environnement inconnu pour les entreprises et les gouvernements. La grande question demeure le fonctionnement du marché du travail. Que font les entreprises vis-à-vis de leurs effectifs ? Elles les gardent ? Elles s'en séparent ? Et après la crise, vont-elles à nouveau embaucher ? Un nouvel horizon de réflexion se dessine pour nous, chercheurs.
| Les 70 ans du CNRS vus par Philippe Askénazy |
"Le CNRS est une grosse structure assez administrative mais dont les performances académiques sont tout à fait honorables et comparables à celles d'autres organismes étrangers. La recherche publique fonctionne bien mais elle est destabilisée par l'absence de perspectives : on ne sait pas où veut aller l'Etat. En tant qu'économiste, je constate une stigmatisation de la qualité de la recherche en France qui est totalement déplacée. Nous sommes plutôt bien placés sur le plan de la recherche fondamentale. Le problème de la recherche appliquée vient de l'absence d'investissement des entreprises françaises. Par ailleurs, le plus gros outil d'intervention de l'Etat, c'est le crédit impôt recherche. Or il n'a aucune efficacité alors que des milliards d'euros sont dépensés ! Il ne s'agit pas donc de donner davantage d'argent pour telle recherche particulière dans tel domaine. Le problème de la recherche publique en France, c'est plus un problème de pilotage fiscal qu'un problème de pilotage scientifique." |
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