Al Gore expose l'impact du réchauffement climatique dans le documentaire "Une vérité qui dérange", sortie le 11 octobre 2006. © Eric Lee-Paramount Classics/UIPDans le documentaire Une vérité qui dérange, Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis, présente avec beaucoup de convictions les effets du réchauffement climatique. Spécialiste du climat, Jean Jouzel est directeur de l'Institut Pierre-Simon Laplace et membre du groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (IPCC/ONU). Il donne son avis sur ce film choc.
LCI.fr : Al Gore appuie sa démonstration sur le réchauffement climatique sur de nombreux chiffres et graphiques. Ces données font-elles l'unanimité au sein de la communauté scientifique ?
Jean Jouzel : Concernant les sources qu'il utilise, je n'ai aucun reproche à lui faire ; tout ce qu'il dit est exact. Les informations scientifiques sont de qualité et à jour. Par exemple, les courbes d'émissions de gaz carbonique et de températures qu'il compare sont tirées de trois études, dont je suis le co-auteur, qui ont été publiées en 2004 et 2005. Ce qui prouve qu'il est vraiment au faîte de l'actualité scientifique. Depuis 20 ans au moins, Al Gore est assez proche de la communauté scientifique et s'appuie sur elle.
LCI.fr : Que pensez-vous de sa présentation, un show à l'américaine qui mélange informations sérieuses, humour, émotion, sens du spectacle ?
J. J. : Il est indispensable de capter l'attention du public et je trouve qu'il le fait plutôt élégamment. J'ai trouvé ce film très réussi et très attachant.
LCI.fr : On cherche en vain un homme politique français de l'envergure d'Al Gore qui serait autant impliqué sur les questions environnementales...
J. J. : Il y a des politiques de tous bords qui sont impliqués sur ces questions, je pense notamment à Jean-Yves Le Déaut et Nathalie Kosciusko-Morizet [députés respectivement membres de l'UMP et du PS et auteurs d'un rapport parlementaire sur l'effet de serre, NDLR]. Nous, communauté scientifique, nous aimons bien interagir avec les politiques. Nous allons d'ailleurs être sollicités dans les derniers mois de la campagne présidentielle ; notre rôle, c'est de répondre à toutes les questions des candidats. J'accepterai quelle que soit leur couleur politique, enfin, sauf pour Le Pen. Mais je ne sens pas un grand intérêt des candidats potentiels pour le réchauffement climatique. Ils n'ont pas mis cette question sur leur agenda. Il n'y a pas d'équivalent d'Al Gore en France.
LCI.fr : Est-il encore possible d'éviter le pire en matière de réchauffement climatique, comme l'affirme Al Gore ?
J. J. : Il n'existe pas de solution pour garder notre climat mais avec les technologies existantes, il y a quand même des solutions pour limiter l'impact du réchauffement climatique. L'objectif européen est de ne pas dépasser une augmentation de 2 degrés Celsius des températures. Alors, oui, si on s'y met, c'est possible. On estime que 10% de la population française fait des efforts de façon volontariste. Mais le politique a aussi un rôle important à jouer. En France, ce qui est affiché, c'est une diminution d'un facteur 4 des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2050. C'est bien dans le fil des recommandations formulées par les scientifiques. Maintenant, pour mettre ces principes en œuvre, il faut une volonté politique.
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