
Les amateurs de crabes, huîtres, rougets et autres délices de la mer risquent bientôt de trouver leur assiette vide. Si les tendances actuelles se poursuivent, la pêche excessive et la pollution menacent en effet de faire disparaître la quasi totalité des espèces de poissons et de crustacés pêchés pour la consommation avant 2050. Des écologistes et économistes sonnent l'alarme dans un rapport paru vendredi dans la revue américaine Science.
Leur recherche, la plus étendue à ce jour sur le sujet et conduite sur une période de quatre ans, révèle également que la disparition d'une seule espèce accélère le dérèglement de l'ensemble de l'écosystème. A l'inverse, toute espèce qui retrouve un taux normal de reproduction contribue nettement à la santé et à la stabilité des océans ainsi qu'à leur capacité d'absorber des chocs comme la pollution et le réchauffement du climat.
Ecosystème marin en danger
Les scientifiques expliquent que la perte de biodiversité réduit notamment la capacité des océans à produire des poissons et des crustacés, à résister au développement des parasites ainsi qu'à produire de l'oxygène. "Que l'on regarde les résultats d'expérimentations en laboratoires ou des études portant sur l'ensemble des océans, on fait le même constat, à savoir que la productivité et la stabilité de tout l'écosystème marin diminuent", explique Boris Worm, biologiste à l'université canadienne d'Halifax, un des co-auteurs de ce rapport.
Au Japon, la moitié des espèces marines "sont à un niveau très bas de préservation", a confirmé l'agence de l'industrie de la pêche. A Hong Kong, selon l'ONG WWF, l'industrie de la pêche est dans un "état critique" et près de disparaître faute de poissons, après des décennies de pêche trop intensive et de pollution. En Thaïlande aussi, la pêche intensive a causé une forte diminution des populations de poissons de mer, tandis que la pollution et la déforestation menacent les espèces d'eau douce, selon un expert local du WWF.
Improbable?
Les réactions ne se sont pas faites attendre. La solution, pour la Commission européenne, passe par une coopération internationale renforcée "pour mettre fin aux pêches illégales, qui sont un fléau international". Greenpeace a réclamé pour sa part l'inscription de 40% des océans au titre de sanctuaires marins. Le Royaume-Uni a rejeté l'idée d'un moratoire total sur le cabillaud car il signifierait "la fin de toute pêche" dans le pays.
De son côté, la ministre norvégienne de la Pêche Helga Pedersen a déclaré : "Je ne pense pas que les océans seront vidés dans 50 ans. Ceci dit, nous devons travailler plus dur pour gérer de façon durable les réserves de poisson".
Toutefois, la FAO (Organisation mondiale pour l'Alimentation et l'Agriculture) a remis en cause cette étude. Tout en admettant que la situation actuelle en matière de conservation des espèces de poisson et crustacés dans le monde "n'était pas acceptable", l'organisation a estimé que ce scénario catastrophe était improbable. "Cette étude demande encore à être examinée et validée par les scientifiques", a déclaré le directeur de la division halieutique.
D'après agence
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