OGM : "Il y a de l'illégalité des deux côtés"

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 06 novembre 2006 à 17h02 , mis à jour le 06 novembre 2006 à 17h15

La culture et la commercialisation des OGM s'effectuent en dehors d'un cadre légal, selon le professeur Séralini. Selon cet expert en OGM, les actions des opposants à ces cultures s'inscrivent dans le cadre d'une lutte syndicale.

TF1/LCI colza agricultureUn champ de colza en Europe. © Médiathèque Commission européenne

Gilles-Eric Séralini est professeur de biologie moléculaire à l'université de Caen et expert en OGM auprès du gouvernement français et de l'Union européenne (1). Il est également directeur du conseil scientifique du Comité de recherche et d'information indépendante sur le génie génétique (Crii-Gen).

LCI .fr : Quel jugement portez-vous aux actions de certains opposants aux OGM qui, tel José Bové, détruisent illégalement des récoltes ?

Gilles-Eric Séralini : Il y a de l'illégalité des deux côtés. Autant la dénaturation du bien d'autrui est un délit, autant la France est en délit pour ne pas avoir retranscrit [dans les lois nationales, NDLR] la directive européenne 2001-18 sur l'évaluation des OGM au niveau de l'environnement et de la santé. La France a été condamnée par le Conseil d'Etat pour des expérimentations d'OGM sur des sites dont l'environnement n'avaient pas fait l'objet de descriptions. D'une manière générale, l'Europe s'est opposée à l'importation d'OGM américains mais laisse faire leur commercialisation ; il s'agit d'un manque de courage politique.

Les lois actuelles ne mettent pas en cause la responsabilité des fabricants d'OGM en cas de contamination. Si des lots de cultures sont contaminés, les exploitations seront déclassées en agriculture conventionnelle ou biologique et personne sera responsable. C'est le principe du pollué-payeur !

LCI .fr : L'arrachage ou la destruction d'OGM n'est donc pas condamnable, selon vous ?

G.-E. S. : Il y a toujours d'autres moyens. Leur action s'inscrit dans une lutte syndicale alors que l'Etat a abdiqué sa responsabilité. Ce n'est pas plus un délit qu'une grève de la SNCF ou des routiers, sauf qu'ils s'en prennent directement au responsable et pas aux citoyens. Mais je ne veux pas dire que les uns ou les autres ont raison.

LCI.fr : Au Crii-gen, comment avez-vous décidé d'agir ?

G.-E. S. : D'abord en démontrant qu'il y a eu des malversations de la part des fabricants d'OGM, qui ont caché des tests démontrant les effets significatifs des OGM sur la santé. Nous allons devant la justice pour avoir accès aux données brutes [de ces tests, NDLR]. Nous avons déjà gagné par trois fois. Deuxième type d'action : nous refaisons ces tests grâce à divers crédits, dont ceux du ministère de la Recherche. Enfin, nous demandons que les lois soient appliquées.

LCI .fr : Connaît-on les effets exacts des OGM sur la santé ?

G.-E. S. : Ce sont des effets à moyens et longs termes attendus sur le foie, les reins et la composition sanguine mais je ne peux pas vous en dire davantage car nous allons bientôt publier nos travaux. Ce qui est certain, c'est que les OGM sont faits pour contenir des pesticides qui n'ont pas été évalués.

(1) Le professeur Séralini est l'auteur de Génétiquement incorrect et de Ces OGM qui changent le monde, tous deux publiés chez Flammarion.

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 06 novembre 2006 à 17:02
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1 Commentaires

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  • Armand, le 06/11/2006 à 17h50

    "Toute personne doit, dans les conditions définies par la loi, prévenir les atteintes qu'elle est susceptible de porter à l'environnement ou, à défaut, en limiter les conséquences." Non respecté de la part des producteurs d'OGM, évidemment, pas encore de loi (comme dit dans l'article). "Toute personne doit contribuer à la réparation des dommages qu'elle cause à l'environnement, dans les conditions définies par la loi." Tjrs pas de loi et donc, pas plus respecté. "Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l'amélioration de l'environnement." Pas besoins de loi, mais là par contre, on dit que les faucheurs sont hors la loi ! Notre constitution est pourtant claire. Les faucheurs la respecte... contrairement aux producteurs d'OGM ! D?un point de vu constitutionnel, les fauteurs sont uniquement du coté des producteurs d?OGM !

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