En 2000, un comité interministériel a confié à l'Ifremer et à l'Ineris (1) l'étude du suivi des conséquences écologiques et toxicologiques de la marée noire de l'Erika. Le chercheur Daniel Cossa a été en charge du dossier à l'Ifremer.
LCI.fr : Quel a été l'impact de la marée noire de l'Erika sur la faune et la flore de la côte Atlantique ?
Daniel Cossa : Le pétrole répandu était particulièrement résistant à la dégradation. On en a retrouvé des concentrations très élevées dans les coquillages puis celles-ci ont baissé au printemps-été 2000 avant de remonter à l'automne, en raison des tempêtes. Il a fallu attendre trois ans avant un retour aux niveaux d'hydrocarbures [dans les coquillages] d'avant la catastrophe. La mortalité a été importante chez les mollusques, étoiles de mer et oursins au début de la catastrophe puis il y a eu recolonisation de ces espèces deux ans plus tard.
Pour les poissons, nous n'avons pas vu d'atteinte aux nurseries, les différentes zones où les espèces se reproduisent, ni de variation dans les stocks mais les soles ont pu être en contact avec le pétrole.
LCI.fr : Et qu'en a-t-il été pour les oiseaux et les mammifères ?
D. C. : Selon les chiffres de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), 70.000 à 150.000 volatiles ont été décimés, notamment 80% des populations de guillemots. Aucune mortalité particulière n'a en revanche été constatée entre 2000 et 2002 chez les phoques et les dauphins.
LCI.fr : Que sait-on sur les conséquences toxicologiques de la catastrophe ?
D. C. : Nous avons constaté la toxicité de l'ADN — ou génotoxicité — des mollusques et des rats de laboratoire ayant consommé ces mollusques. C'est-à-dire que l'ADN a été attaqué par les produits [hydrocarbures, NDLR]. Il peut y avoir des "cassures" dans l'ADN mais les processus normaux de réparation fonctionnent. Nous n'avons pas noté de mutation [chez les mollusques et les rats].
LCI.fr : Par rapport à d'autres marées noires, l'impact de la catastrophe d'Erika est-il plus ou moins important ?
D. C. : Il est à peu près le même que pour celle du Sea Empress, au Royaume-Uni (1996), ou de l'Exxon-Valdez, en Alaska (1989). Il faut environ quatre à six ans pour que l'écosystème du littoral retrouve son état normal. Le pétrole de l'Erika était très visqueux ; il a donc pénétré un peu moins les sables mais il a fait un séjour plus long dans des sites difficiles d'accès. D'une manière générale, nous avions très peu de références sur la situation [de certaines espèces] avant la marée noire. D'où la nécessité d'un suivi permanent des écosystèmes.
(1) Respectivement l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) et l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris).







